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LA
REGION DE BEDARIEUX DEPUIS L’EPOQUE CELTIQUE
JUSQU’AU Xe SIECLE Il est probable que la vallée de l’Orb, placée en dehors des grands
chemins géographiques, environnée de montagnes hautes, escarpées et
couvertes de bois, devait être peu peuplée. Peut-être quelques tribus
de ces Volsces Tectosages, dont nous parle la primitive histoire,
habitaient-elles ces montagnes, vivant au milieu des bois, adorant et
craignant à la fois toutes les forces naturelles : « Les
Celtes voisins des rochers du Cebennus contemplèrent avec respect
les masses imposantes que présentent ces montagnes, les épaisses forêts
qui en peuplent les déclivités, les fleuves et les métaux que leurs
flancs recèlent. Ils divinisèrent ces vastes soulèvements des couches
supérieures du globe, honorant dans quelques-unes de ces parties les
plus remarquables, la Nature, cette déesse antique qui, par la bouche
de ses prêtres, disait : je suis tout ce qui est, tout ce qui a été,
tout ce qui sera et nul mortel n’a pu lever le voile qui me
couvre ; vierge myrionime qui, suivant un de ses adorateurs, était
une et toutes choses. » A ces lointaines époques, le lieu sur lequel devait plus tard se fonder
Bédarieux était-il habité ? C’est une question à laquelle il
est impossible de répondre. Quelques auteurs ont essayé de fixer l’origine de Bédarieux
en recherchant l’étymologie de ce nom. Grâce à ce système,
on remonte haut dans l’histoire et jusqu’à l’époque Celtique. D’après Joanne, Bedarioe, le nom de la ville tel qu’on l’écrivait
au XIIe siècle, dénoterait une origine Celtibérienne, parce qu’il a
une grande analogie avec Bétarra, ou Betarratic, le nom celtibérien de
Béziers. Astruc partagerait la même opinion puisque d’après lui le nom de Bédarieux
serait venu d’un diminutif de Beterroe : Bittarivoe ou petit Béziers. M. Fournier, dans son manuscrit sur l’Histoire de la Baronnenie de
Boussagues et de ses environs, est encore du même avis. D’après les
dictionnaires latin-breton de Daviès et Celto-breton de Legoni, Bès
signifie : bois, colline ou habitation élevée : Ris ou Res
veut dire gué ou passage de rivière, dans l’idiome des gals méridionaux.
Il résulterait de là que l’étymologie du nom de Bédarieux serait
le nom celtibérien de Bès des ris ou Bès de rez ; ce qui
signifierait : bois, colline ou habitation du gué. La plus extraordinaire de ces étymologies se trouve dans l’histoire générale
du Languedoc. D’après un document de l’Hôtel de ville de Narbonne,
remontant à l’année 1222, Bédarieux serait désigné sous le nom de
Bidanum de Aleriis (demeure d’oiseaux). La vérité oblige à reconnaître qu’on en est réduit à des
suppositions. Rien d’authentique ne permet d’affirmer que le
confluent de Vèbre et de l’Orb ait été habité à l’époque
celtique. Les premières peuplades étrangères qui parcoururent ces régions
furent des peuplades d’origine grecque, les Doriens et les Phocéens.
Après elles, les Romains vinrent occuper cette partie de la Gaule que
les latins appelaient la Gallia Braccata. La Province du Languedoc, occupée la première en Gaule par les Romains
vers l’an de Rome 633, porta d’abord le nom de Province Romaine.
Sous l’Empereur Auguste, elle prit le nom de Narbonnaise. Sa prospérité
égala celle de la République, selon l’expression de Pline « c’était
plutôt l’Italie même qu’une province ». La haute vallée de l’Orb ne participa guère au début au développement
économique de la partie basse du pays. Pendant longtemps, cette région
forma la frontière des possessions romaines, frontière que les généraux
de Rome avaient jalonnée de défenses le long du Tarn, des Monts de
Lacaune et des Cévennes. D’après M.J. Sahue, une voie romaine
passant par Mourcairol, Combes, Douch et l’Espinouse aurait relié à
cette époque la Narbonnaise aux rives du Tarn. D’après M. Fournier, une seconde voie romaine partant de Lodève, ou
peut-être de Forum Neronis près de Clermont, passant par Lunas,
St-Xist, Frangouille, l’Aire Raymond, Boussagues, Clairac, le Pradal
et Taussac, aurait rejoint la première de ces deux voies sur le
territoire de Villecelle. Plusieurs auteurs, dont M. Fournier, déjà cité, pensent que les gîtes
métallifères nombreux qui existent aux environs d’Avène, de
Boussagues, de Villemagne et du Pradal ont été découverts et exploités
à l’origine par les peuplades venues des colonies grecques de l’Asie
Mineure, les Phocéens ou les Doriens. Ces navigateurs, industrieux et
commerçants, qui avaient fondé des comptoirs sur plusieurs points des
côtes de la Méditerranée, notamment à Marseille et à Agde, étaient
aussi des prospecteurs. La courte distance qui sépare Agde des premiers
contreforts des Cévennes rend cette hypothèse fort plausible. Les Romains qui vinrent après les Phocéens furent, comme ces derniers,
des grands chercheurs de métaux précieux et il est très probable
qu’ils continuèrent l’exploitation des mines. Néanmoins, il faut
reconnaître encore qu’il n’existe aucun témoignage probant, ni
aucun document sérieux, permettant de transformer en fait historique
ces deux hypothèses. Comme on vient de le voir, la Narbonnaise, sous la domination des
Romains, atteignit une prospérité et un degré de civilisation que
certaines régions de l’Italie auraient pu lui envier. Tout le bas
Languedoc, de Toulouse à Nîmes, se couvrit de villes florissantes.
Dans la région, on peut citer : Substantion sur le Lez, Forum
Neronis près de Clermont, Boetarra, le berceau de Béziers, Agatha, le
port déjà ancien à l’embouchure de l’Hérault. Les campagnes
sillonnées de grandes voies étaient exploitées par des colons
Gallo-Romains ou des vétérans des légions auxquels des terres avaient
été concédées. Temples, ponts, aqueducs, tous ces monuments qui font
connaître, aussi bien que des écrits, l’histoire véritable d’une
époque, se retrouvent dans la région Bitteroise jusqu’au pied des
premiers contreforts des Cévennes. Des traces incontestables de
l’existence de colonies romaines, aux environs de Laurens et de Gabian,
en sont une preuve. C’était de la source de la Reclause, près Gabian,
que partait ce fameux aqueduc amenant l’eau dans la ville de Béziers.
De très curieux vestiges de cet ouvrage se retrouvent sur presque tout
son parcours, notamment près de Magalas. La montagne était beaucoup moins peuplée que la plaine si l’on en
juge par le peu de traces que les Romains y ont laissé. Elle ne
renfermait probablement à cette époque qu’un nombre restreint de
stations militaires, telles que Dias ou Capracia et quelques établissements
agricoles dans lesquels les Romains élevaient de grands troupeaux
(telle est, du moins, l’opinion de quelques personnes autorisées,
notamment celle de M.J. Sahuc de St-Pons. La partie de la vallée de l’Orb comprise entre le Bousquet et le
Poujol était assez fertile et assez arrosée, pour posséder
quelques-unes de ces exploitations agricoles ou villoe. Des débris de colonnes, des amphores, des tuiles à rebord et des
monnaies, trouvés dans cette région semblent venir à l’appui de
cette assertion. Quelques vestiges du même genre ont été découverts
sur les bords de l’Orb du côté de Labastide et autour de Palagret,
dans la commune de Bédarieux. Aucune monnaie de l’époque romaine n’avait été encore trouvée sur
le territoire de Bédarieux, lorsque, à la fin de l’année 1910, au
cours des travaux de déblaiement exécutés dans le quartier des rues
basses, un ouvrier mit à jour quelques pièces de monnaie dont une en
très bon état de conservation. Cette pièce en bronze, à l’effigie
de l’empereur romain Constance, a dû être frappée dans la première
partie du IVe siècle, puisque ce souverain, né en 317 et mort en 361
(cette pièce porte à l’avers l’effigie de l’empereur Constance
avec cette exergue : D.N. CONSTANTIUS. P.F. AUGUSTUS. Au revers, l’empereur est représenté en habit
militaire, debout sur un vaisseau, tenant une Victoire et le Labarum ;
à droite une victoire est assise au gouvernail). On verra au début du IIè chapitre que le quartier des rues basses, dont il vient d’être question, n’a été construit que huit cents ans plus tard. Un acte de l’année 1195, que nous trouverons plus loin, nous apprend en effet que ce terrain était occupé avant cette époque par un champ et un pré. Si une station gallo-romaine a existé, dans l’angle formé par le fleuve d’Orb et le ruisseau de Vèbre, on peut conjecturer que son importance était peu considérable. Un ensemble de bâtiments d’habitation et d’exploitation agricole, occupé par des colons gallo-romains ou des vétérans des légions concessionnaires de terres, voilà ce que pouvait être Bédarieux au IVè siècle de notre ère. L’absence de tout débris de monuments datant de cette époque paraît
confirmer notre hypothèse et empêche de croire qu’une agglomération
importante ait existé sur l’emplacement de Bédarieux pendant la période
romaine. Les villoe qui s’y trouvaient durent être détruites et rasées
au cours des siècles de guerres, d’invasions et de troubles qui
suivirent et un champ s’étendit plus tard sur le terrain qui avait
porté les habitations des colons romains. Peut-être en continuant le déblaiement des rues basses trouvera-t-on
d’autres vestiges de ces âges reculés qui permettront de fixer des
points intéressants de l’histoire de la ville. En tout cas, il serait
désirable que des recherches sérieuses soient faites tant dans ce
quartier qu’aux environs du hameau de Palagret, sur les hauteurs qui
dominent la rive gauche de l’Orb, en aval de la ville de Bédarieux. Au IVè et au Vè siècles, le flot des invasions barbares vint à
diverses reprises balayer la Province. L’occupation romaine prit fin
vers l’année 475. A cette époque, les Wisigoths succédant aux
Vandales furent définitivement les maîtres du pays et l’antique
Narbonnaise prit bientôt sous leur domination le nom de Septimanie. Invasions et guerres se succédèrent pendant plusieurs siècles. Les
Wisigoths luttèrent contre les Francs jusqu’au VIIIè siècle, tandis
que les invasions des Sarrazins ruinaient le pays à diverses reprises.
Vers 761, après les longues guerres qui désolèrent encore la
Septimanie, Pépin le Bref réunit cette province à la Couronne. L’histoire de cette époque, muette au sujet du sort de la région de Bédarieux,
ne donne des détails que sur le fondation des Abbayes. Depuis longtemps
déjà les premiers Evêques avaient paru en Gaule. Saint Aphrodise,
premier évêque de Béziers, était venu évangéliser cette ville vers
le milieu du IIIè siècle et Agritius, son successeur, vivait en 314.
L’Eglise faisait de rapides progrès et dès le VIè siècle, la
Septimanie était presque entièrement convertie. Les Seigneurs Goths donnèrent de nombreuses terres pour fonder des
abbayes ; plusieurs monastères du pays étaient déjà construits
lorsque Charlemagne monta sur le trône. On lit dans l’Histoire du
Languedoc que l’abbaye de Joncels, connue autrefois sous le nom de
St-Pierre de Lunas, existait avant le règne de Pépin le Bref (760),
qu’elle aurait été détruite par les Sarrazins et que ce prince
l’aurait rétablie. Au cours des innombrables guerres qui désolèrent le pays, on ne voit
figurer parmi les localités de la région que les noms de Dio et de
Cabrières. En 533, Théodobert, fils de Clotaire, marchant contre les
Wisigoths, s’empara du Rouergue et se dirigea de là vers Béziers.
Sur son passage, il se rendit maître des châteaux de Dias et de
Capraria. C’est vraisemblablement vers le VIIIè siècle que fut fondée l’Abbaye
de Villemagne, sous les auspices de St Benoît d’Aniane. Louis le Débonnaire
tint à Aix-la-Chapelle, en l’an 817, un concile qui s’occupe entre
autres choses de la réforme et des statuts des monastères. Parmi ces
monastères ceux de Joncels et de Villemagne sont cités, ils sont donc
de construction antérieure à l’an 817. L’abbaye de Villemagne a
joué dans l’histoire de Bédarieux un rôle si considérable qu’il
est nécessaire de dire quelques mots de sa propre histoire. Le monastère de Villemagne fut bâti sur le lieu appelé anciennement :
Cogne. Sa primitive église était placés sous le vocable de
Saint-Martin. En 896, les religieux ayant transporté à Villemagne les
restes de Saint-Martin qui avaient été enlevés de Lombez, sur la
Save, l’église de l’abbaye fut placée sous l’invocation de ce
Saint. Le monastère prospéra rapidement ; les dons et largesses des
grands de l’époque favorisèrent ce développement. En 990, Adélaïde
de Narbonne, lui laissa diverses terres ; en 1005, Ermengaud, évêque
de Narbonne lui abandonna par testament une partie de son argenterie ;
en 1092, le vicomte de Béziers lui fit diverses donations ; en
1156, le roi Louis le Jeune accorda aux Abbés de Villemagne le droit de
rendre la justice et celui de fortifier le bourg. Vers cette dernière
époque des mines d’argent furent exploitées dans les environs immédiats
de l’abbaye et rapportèrent à celle-ci des revenus considérables.
En 1210, Philippe-Auguste étendit encore les privilèges du monastère.
La fin du XIIè siècle et le commencement du XIIIè marquèrent
l’apogée de la puissance et de la richesse de la célèbre abbaye.
Les abbés de Villemagne étaient maîtres d’un vaste territoire sur
lequel ils avaient droit de haute, moyenne et basse justice ; ils
possédaient de nombreux fiefs au dehors et ils figuraient dans les
conciles et assemblées provinciales. A partir de cette époque la prospérité de l’abbaye diminua. Son
domaine était déjà fort amoindri, lorsqu’elle fut prise par les
Calvinistes en 1562. Le monastère fut dévasté et les archives incendiées.
Sa détresse avait dû être grande puisque le 30 juillet 1565, un de
ses abbés, Jean II de Chambert, fut obligé de racheter le château de
Bédarieux qui avait été aliéné pour payer les impositions royales.
Dans la suite, une lutte de près d’un demi-siècle contre la famille
de Thémines et les barons du Poujol, acheva la ruine de l’Abbaye.
Villemagne qui avait, paraît-il usurpé à l’origine des terres de
Boussagues, eut aussi des démêlés avec les Seigneurs de ce lieu. Un dénombrement des fiefs de l’abbaye, établi en 1687, donne les
indications suivantes : l’abbé de Villamagne tient le lieu de Bédarieux
avec haute, moyenne et basse justice ; il a dans cette communauté
un fief appelé Courbesou, la métairie de Canals et deux fours dans la ville ; il a un fief à Alignan du Vent et
un autre à Pémisson. Plusieurs gentilshommes tiennent foi et hommage
des abbés de Villemagne pour les justices ou fiefs qui suivent :
le château et le village de Madale, le Seigneur de Clermont ; la
justice du lieu de Clairac, le Seigneur de Gaujal ; la terre et
juridiction du Pradol, le Seigneur du Poujol ; les villages de
Beauvegals et de Marignac, le Seigneur de Faugères ; la moitié de
la justice de Tournegal, le Seigneur d’Hérépian. En 1788, à la veille de la Révolution, l’abbaye avait perdu la
plupart de ses domaines, elle ne possédait plus sur ses vassaux que des
droits honorifiques et le monastère privé de son abbé qui depuis
longtemps ne résidait plus à Villemagne, ne comptait que quelques
religieux. Son revenu total était estimé à 2 700 livres. C’est sur les terres de l’abbaye de Villemagne que se créa et
grandit la communauté de Bédarieux.
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