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ORIGINE
DE BEDARIEUX – BEDARIEUX PENDANT LE
MOYEN-AGE ET JUSQU’AU XVIè SIECLE La reconstitution de l’histoire de Bédarieux au Moyen-Age a présenté
pour ces différents motifs de sérieuses difficultés. Les recherches
ont été longues et ont eu un faible résultat. On a vu dans le précédent chapitre que si rien d’authentique
n’autorise à fixer d’une façon même approximative l’époque de
la création de la Ville, on
peut cependant admettre que le lieu de Bédarieux était habité aux
premiers siècles de notre ère sous la domination romaine. Que devint Bédeïra
au cours des siècles qui suivirent, c’est ce qu’il est impossible
de dire. Le voile, probablement impénétrable, qui couvre l’histoire
de notre ville à cette époque nous oblige à franchir un demi-millénaire,
pour arriver à la fin du Xè siècle. Si les premiers actes que nous allons trouver ne remontent pas à l’An
Mil, ils laissent deviner cependant ce que devait être Bédarieux en ce
temps là. Deux actes importants, que l’on trouvera plus loin et qui remontent à
1164 et 1195, permettent d’établir en effet, d’une façon à peu près
indiscutable, qu’une petite agglomération existait déjà au XIe, et
peut-être au Xè siècle, à l’issue du vallon de Vèbre et à peu de
distance de l’embouchure de ce ruisseau. A ces lointaines époques les
pentes des montagnes environnantes et les bords mêmes de l’Orb étaient
boisés, quelques sentiers peu praticables menaient aux passages guéables
de la rivière. Un petit nombre de serfs appartenant aux seigneurs du
Mourcaïrol, de Boussagues, de Faugères et à l’abbé de Villemagne,
occupaient sur les bords de Vèbre quelques misérables constructions,
bien peu nombreuses, si l’on en juge par l’exiguïté de la première
enceinte fortifiée qui abrita les habitants du vallon. Deux ou trois
moulins à blé existaient déjà sur Vèbre. Cette industrie naissante
et la culture de quelques parcelles de terre, sur les rives fertiles de
l’Orb, occupaient les bras de cette primitive population. Il semble que le premier document historique faisant mention du lieu de Bédarieux
soit l’accord conclu au mois de juillet 1164 entre Raymond Trencavel,
Vicomte de Béziers et Ermengarde, vicomtesse de Narbonne. Cet accord ou
transaction établit les droits respectifs des deux signataires de
l’acte et des abbés de Villemagne sur les mines qui existent ou qui
seront découvertes dans les environs de Villemagne. Le territoire minier est délimité d’une façon précise et Bédarieux
ou Bedeira fait partie des localités formant les bornes de ce
territoire. Cette limite, partant de Faugères, passe par le château de
Mourcaïrol, le château de Poujol, les montagnes de Montmare (montagnes
de Graissessac), Maurian, Boussagues, Bédarieux, le village de
Soumartre et Faugères. Un tiersdes droits dûs au vicomte de Béziers
sur ces mines devait revenir aux abbés de Villemagne. Nous allons essayer de déterminer quelles étaient les limites et
l’importance du lieu de Bédarieux à cette époque. On lit dans l’Histoire
du Languedoc que Bérenger II, abbé de Villemagne, autorisa en 1195 les
habitants de cette localité à élever des fortifications pour se
mettre à l’abri des attaques des barons du voisinage. Un acte trouvé
par l’auteur dans les archives départementales, fonds de Villemagne,
va prouver que les fortifications de Bédarieux existaient déjà en
1195, contrairement à l’opinion de l’historien du Languedoc. « Pour fuir les ravages, dégâts et larcins commis par les gens de
guerre, Guillaume de Canals et Jean de Rivez syndicts, Estienne de
Bobals et Jehan Coudéran, conseillers, au nom des habitants de la terre
foraine de Bédarieux et Courbezou, supplient leurs seigneurs Guillaume
de Thézan, baron de Pouzol et Mourcaïrol, Aymeri de Sénégra, baron
de Boussagues et Salomon de Faugères, baron de Lunas, de les laisser
s’établir sous la forteresse de Bédarieux, sans qu’il puisse y
avoir pertes ou dommages pour eux et leur postérité, en ce qui
concerne les terres ou maisons qu’ils abandonnent ». Cet acte, qui est de l’année 1195, prote le titre de « Contrat
d’union des hommes de la terre foraine de Bédarieux et Courbezou avec
le dit lieu de Bédarieux ». La suite de l’acte nous fait connaître que la supplique est accueillie
et que le chapitre de l’abbaye de Villemagne donne aux hommes de la
terre foraine « un champ et pred appelé la Condamine confrontant
avec une cave contre les murailles de Bédarieux, avec le fleuve d’Orb
et le ruisseau de Vèbre, pour y bastir maisons, pailhés et étables et
tout ce qu’ils y voudront édifier excepté des jardins ». Cet acte permet de fixer plusieurs points importants de l’histoire de
la ville. Il prouve d’abord que des fortifications existaient déjà
en 1195, autour de l’agglomération et que par conséquent cette
agglomération avait une certaine importance, par suite une vie déjà
assez longue. Il prouve également l’existence des syndics ou consuls
de la ville de Bédarieux puisque la terre foraine dudit Bédarieux possédait
ses syndics et ses conseillers distincts. Il marque enfin l’origine du
quartier des rues basses. Le périmètre de l’enceinte de la ville en 1195 peut être reconstitué
d’une façon assez précise. Un acte en date de 1238, que l’on
trouvera plus loin, mentionne déjà l’existence de la paroisse de
St-Alexandre. Cette Eglise St-Alexandre, transformée au cours des siècles
n’a jamais changé d’emplacement. La citadelle ou Château,
construite, d’après certains auteurs, en même temps que la
forteresse de Labastide par les Barons de Boussagues, se trouvait sur
l’éperon rocheux que la montagne du Puech du Four projette vers le
ruisseau de Vèbre, au-dessus de l’angle formé aujourd’hui par la
rue Tourbelle et l’avenue Cot. Les anciens compoix qui donnent les
limites de la ville au XVIè siècle fournissent encore divers
renseignements qui complètent ceux que nous venons de trouver. De ce
qui précède on peut conclure qu’au XIIè siècle le rempart
descendant du château, le long de l’avenue Cot actuelle jusqu’au
coin sud du presbytère, tournait brusquement vers le ruisseau de Vèbre
pour venir aboutir au coin de la Rampe ; il abandonnait ensuite les
bords de Vèbre pour venir aboutir au coin de la Rampe ; il
abandonnait ensuite les bords de Vèbre au bout de quelques mètres pour
rejoindre la place aux Herbes qu’il laissait en dehors et remontant au
pied du château, près la jonction de l’avenue Cot et de la rue
Tourbelle, par les rues Sur-le-Puits et Savonnerie. C’est au pied de la muraille nord-ouest de la ville, sur
l’emplacement actuel de la place aux Herbes et des rues qui descendent
de cette place vers l’Orb, que se trouvait le lieu-dit de la Condamine :
c’est le champ et le pré, situés sur ce lieu-dit « entre les
murailles de la ville, le fleuve d’Orb et le ruisseau de Vèbre »
qui furent donnés aux hommes de la terre foraine de Bédarieux et
Courbezou pour y édifier toutes sortes de constructions mais avec défense
d’aménager des jardins. Le quartier dit des Rues-Basses a donc
commencé à se bâtir à partir de 1195 et de cette année date
l’agrandissement continu de Bédarieux dans la direction de l’Orb. Les dimensions restreintes de la ville à cette époque, surtout si
l’on tient compte de l’espace occupé à l’intérieur des
murailles par le château et l’église, ne permettent pas de lui
attribuer une population considérable. Deux ou trois cents habitants
peut-être, administrés par quelques syndics et conseillers, formaient
une petite communauté ayant pour seigneur l’abbé de Villemagne. Ces
abbés avaient imité l’exemple des évêques d’Italie du Xè et du
XIè siècle qui avaient accordé aux villes de leurs territoires ayant
pris une certaine importance le droit de se gouverner par elles-mêmes
(Histoire du Droit Français – Esmein). A cette époque un autre document signale l’existence, probablement
ancienne déjà, de la petite église de St-Raphaël. En 1182 Bérenger
II, abbé de Villemagne, renonce à la possession de cette église en
faveur de Gaucelin, évêque de Béziers. Cette chapelle, qui
s’appelait alors Saint-Jean de Niassargues (Nissergues) était placée
sous le vocable de St Jean Baptiste. L’auteur de ce renseignement, M.
Fournier, croit qu’on doit faire remonter à cette époque l’origine
des processions à ce sanctuaire pour demander la pluie (Histoire de la
Baronnie de Boussagues. Notice sur les environs. Manuscrit de M.
Fournier). On a déjà vu que sur le torrent de Vèbre, à peu de distance de la
petite ville de Bédarieux, existaient quelques moulins à blé. Ces
moulins primitifs, qui furent peut-être la cause de la création de la
cité, formèrent l’embryon de l’industrie locale. Cette industrie
ne tarda pas à prendre plus d’extension. En 1202, l’abbé de
Villemagne, Bérenger II, termina une contestation qui s’était élevée
entre l’infirmier de Villemagne et les possesseurs de moulins à draps
du bord de la rivière. On voit que la fabrication des draps remonte
pour le pays à une époque fort ancienne. Au commencement du XIIIè siècle, le Languedoc, envahi par les armées
des Seigneurs du Nord, se couvrit de sang et de ruines. La guerre des
Albigeois porta un coup funeste à la richesse du pays en même temps
qu’elle anéantissait dans le Midi une civilisation brillante pour
l’époque et dont l’origine remontait à l’occupation romaine. Le
droit et les coutumes du Nord battirent en brêche le droit Romain qui
formait la base des institutions du pays et la langue des troubadours,
l’harmonieuse langue romane, reçut une atteinte dont elle ne devait
pas se relever. Les habitants de Bédarieux souffrirent peut-être moins que leurs
compatriotes des misères du temps. En effet, tandis que le vicomte de Béziers,
à bout de ressources, engageait ses châteaux de Faugères et de Lunas,
tandis que les troupes de Simon de Montfort ravageaient le pays aux
environs et mettaient Béziers à sac, l’abbé de Villemagne
abandonnait la cause de ses suzerains, Raymond, compte de Toulouse et
Trencavel, vicomte de Béziers, pour suivre la bannière des croisés du
Nord. On voit en 1213, l’abbé de Villemagne, qui portait l’épée
comme la crosse, accompagner avec les hommes de sa seigneurie, l’armée
de Simon de Montfort en marche sur Saverdun. L’espoir de pillages fructueux plutôt que le désir de gagner le ciel
en combattant les hérétiques, avait attiré nombreux sur le Midi les
soldats du Nord. Aussi est-il fort possible que le territoire de
Villemagne ait souffert également de leur passage bien que le Seigneur
du lieu fût un de leurs alliés. Aucun témoignage des évènements
survenus à cette époque à Bédarieux ne nous est parvenu. Si le seigneur féodal de la ville de Bédarieux était l’abbé de
Villemagne, des fiefs appartenant à d’autres seigneurs de la région
existaient sur le territoire de la communauté. Le premier de ces fiefs,
qui paraît être le plus important, était la propriété des barons de
Boussagues. Un acte du 2 août 1237 nous fait connaître que Raymond de
Sénégra, baron de Boussagues, rend hommage et serment de fidélité à
l’abbé de Villemagne pour les fiefs qu’il possède à Villemagne et
sur la mense de la paroisse de Bédarieux (archives départementales –
fonds de Villemagne, pièce). Enfin en 1271, l’abbé de Villemagne,
faisant hommage au roi de sa seigneurie, reconnaît les fiefs existants
sur la ville, notamment celui de la paroisse de St-Alexandre. Nous allons essayer de déterminer de quels immeubles était composé le
fief des barons de Boussagues. Le 12 avril 1368 la marquise de Thézan
de Valhauquès, descendante de ces barons, prenait en partage :
« les boys, devès, terres cultes et incultes, rentes, censives,
usages, fiefs nobles ou autres que Raymond de Boussagues, son grand-père
maternel, avait au Pradal, à la Blaquieyre, à Taussac, en toute la
paroisse de Saint-Martin de Vieulx, de Villemagne, au lieu de Bédarieux
et ez mazades et terroir dépendant sd’iceluy du despuis le lieu de
Faugères ». Ce fief comprenait donc des terres très sises sur le
terroir de Bédarieux entre ce lieu et Faugères. Le compoix de 1660
nous donne quelques détails de plus. A la page 147, on lit que « messire
Pons Pierre de Thézan, baron d’Olargues possède une maison al
Bouttou qui confronte au levant le jeu de ballon, de midy, la rue Tongas,
de couchan la place de l’Eglise et d’aquillon la dite église et
l’entrée de la petite porte d’icelle. Plus un patu au faubourg du
château (la maison de M. Baldy, rue St-Alexandre et rue du Porche,
occupe aujourd’hui l’emplacement de l’immeuble des barons de
Boussagues) ». Au même compoix une terre appartenant à Pons de
Thézan est également citée : elle faisait partie des confronts
d’une parcelle sise au faubourg Trousso et appartenant à François
Abbes (compoix de 1660. Les bois de l’Estellier et des Arenasses,
commune de Faugères, étaient aussi la propriété des barons de
Boussagues. Ils furent vendus à la Révolution). Le fief se composait
donc d’une maison et de plusieurs terres sises sur le territoire de la
paroisse de St-Alexandre. L’existence d’un second fief, sur lequel il n’a pas été possible
de trouver de renseignements, est signalée dans un acte passé au mois
de février 1238. Par cet acte, Arnaud 1er, abbé de
Villemagne, autorise le partage qui venait d’avoir lieu entre les fils
d’Estève de Pézenas. Les fiefs de Luzan et de Bédarieux sont cités
dans ce partage. La mémoire d’aucun événement important survenu à Bédarieux au
cours du XIIIè sièce n’est parvenue jusqu’à nous. On lit
seulement dans l’ouvrage de F. Pasquier sur les documents de la
Baronnie de Boussagues, qu’en 1291, Pierre de la Tour, juge de cette
baronnie, condamna un nommé Bernard Canet à cinquante sous tournois
d’amende, au profit de la seigneurie pour avoir blessé au bras et
« avec colère » Bernard Vital de Bobals, habitant de Bédarieux. Au début du XIVè siècle la prospérité de la ville avait augmenté.
Le nombre de ses molins à bled et de ses molins à drap s’était
accru. La fabrication des draps, réglementée pour la villes de la Sénéchaussée
de Carcassonne par l’ordonnance de Philippe Le Long, en date du mois
de septembre 1317, était devenue la principale industrie de Bédarieux
(Bédarieux faisait partie du Diocèse de Béziers, sénéchaussée de
Carcassonne). L’agriculture n’était pas négligée et c’est probablement vers
cette époque que se multiplièrent ces murailles en pierre sèche qui
permirent de planter de la vigne et des oliviers sur les pentes rapides
des montagnes environnantes. Le vin de Bédarieux était déjà connu.
Dans une charte du 30 avril 1339, accordée aux habitants de Viane en
pays castrais, on lit que les aubergistes du lieu ne devaient pas gagner
sur la vente du vin plus de 3 sols pas salmée et ne devaient pas mêler
les crus : « qu’aucune personne qui tient taverne à Viane
ni dans la seigneurie, ne soit assez hardie ou osée pour mêler le vin
de Bédarieux au petit vin que portent les rouergats. Celui qui se
rendra coupable de ce délit payera 20 sols tournois au bénéfice de la
seigneurie ». Depuis l’année 1195, un siècle s’était écoulé et la ville s’était
considérablement agrandie. Le cimetière de la paroisse situé entre la
rue actuelle de l’Hôpital ancien et l’esplanade de la place Cot
avait été agrandi en même temps que l’enceinte. Les hommes de la
terre foraine de Bédarieux et de Courbezou et leurs descendants avaient
construit de nombreuses habitations sur le terrain que leur avait concédé
l’abbé de Villemagne. Les rues basses s’étaient bâties et le
rempart de la ville longeait maintenant le ruisseau de Vèbre, le fleuve
d’Orb et remontait vers l’Eglise en suivant la rue du Puits. L’espae
qui s’étendait des murailles à l’emplacement actuel de la rue de
la Digue, était aménagé en jardins, en horts. Quelques chemins s’étaient
créés aux environs. Les rues n’étaient pas aussi bien alignées
qu’aujourd’hui ; les maisons basses, ayant le premier étage en
saillie sur la rue, se pressaient sans ordre les unes contre les autres
comme pour se prêter un mutuel appui. Appui bien nécessaire pour résister
aux terribles visites que l’Orb ne manquait pas de faire à la ville
au cours des différents siècles. Au point de vue militaire, Bédarieux, bien protégé de trois côtés
par le Château, Vèbre et l’Orb, était plus vulnérable du côté du
Nord. De fortes murailles s’appuyant au Château et à la vieille église
et des fossés en avant de ces murailles, couvraient la ville dans cette
direction. A ces époques troublées du Moyen Age, les villes les plus
heureuses étaient celles qui, placées sur des points difficilement
accessibles, étaient défendues par leur position naturelle. Bédarieux,
qui n’était pas dans ce cas avait tout à craindre de la part de
l’ennemi. Nous verrons bientôt, en effet, que son système de défense
ne résista pas à la première attaque sérieuse. Une nouvelle guerre qui devait durer plus d’un siècle et mettre en péril
l’existence même du pays de France, commença en l’année 1336.
Cette guerre qui prit plus tard le nom de Guerre de Cent ans porta ses
ravages dans toute l’étendue du royaume. Les Anglais envahisseurs de
la France, eurent l’avantage pendant de longues années. Vers 1346, le
bas Languedoc dut contribuer à son tour à la défense du territoire.
Des levées d’hommes et d’argent furent faites dans le pays ;
Salomon de Faugères, seigneur de Lunas, Raymond de Montesquieu et Thézan,
seigneur du Poujol prirent les armes pour repousser l’envahisseur.
Quinze ans plus tard, la région de Bédarieux connut toutes les misères
de la guerre. L’armée du Prince Noir d’Angleterre occupait alors la plus grande
partie de la Guienne et du Rouergue. Des bandes de soldats irréguliers,
véritables pillards, se détachèrent de cette armée et pénétrèrent
dans le bas Languedoc par différentes routes, notamment par celle de
l’Epinouse et de Douch. Bédarieux fut la première ville qui attira
la convoitise de ces bandes dès qu’elles eurent atteint la vallée de
l’Orb. La ville, qui ne possédait pas des défenses assez sérieuses,
fut surprise, emportée d’assaut et mise au pillage. Quelques jours
plus tard, Boussagues subit le même sort. D’après M. Fournier, ces bandes attirées par l’appât des richesses
minières du pays, s’installèrent sur la région conquise. Pour
enlever à la hâte la plus grande quantité possible de métaux précieux
elles ruinèrent les travaux d’extraction. Dans un repaire
inaccessible situé au milieu des rochers, près du Bousquet de la
Balme, les pillards se retranchèrent. De là ils surveillaient toute la
vallée de l’Orb qui était mise en coupe réglée. Le lieu où ils étaient
fortifiés s’appelle encore : Lou Castel de l’Anglès. Au cours
de leurs fructueuses expéditions, ces bandes s’emparèrent de
Roqueredonde et de Cabrières. En 1370, ce dernier château était
encore occupé par ceux qu’on appelait les Anglais et qui étaient en
réalité de véritables brigands ne connaissant ni roi, ni nationalité. L’année 1379 fut marquée par le dernier et profitable succès de ces
bandes. Commandées par un nommé Chappardel elles prirent Joncels de
vive force et pillèrent les richesses de l’abbaye. Malgré ces misères, la vie même du pays n’était pas arrêtée. Un
procès qui dura plusieurs années eut lieu entre la communauté de Bédarieux
et le Seigneur de Faugères au sujet des terrains communaux qui se
trouvaient à la limite des
deux territoires. Un certain nombre de pièces concernant ce procès se
trouvent encore à la mairie de Faugères. Un acte du 2 décembre 1364 donne le droit aux syndics de Boussagues
(l’élection de ces syndics par les habitants du dit lieu venait d’être
autorisée) d’ester en justice si les communautés des environs, dont
celle de Bédarieux, tentaient de troubler les habitants de Boussagues
dans le libre exercice de leurs droits de coupe de bois, de pâture, etc… En 1389, un autre litige s’éleva entre l’abbé de Villemagne,
seigneur de Bédarieux et les Bédariciens, au sujet des dimes ou impôts
qui étaient dus à ce seigneur. L’abbé Rober 1er fut
obligé de consentir à un accord. C’est probablement de la fin du XIVè ou du commencement du XVè siècle
que date la construction du Pont Vieux. L’établissement de ce pont,
qui a été si souvent réparé et plusieurs fois reconstruit en entier,
amena dans la suite la création du faubourg du Barry, sur la rive
droite de l’Orb et l’agrandissement de la ville sur la rive gauche
(rue Droite, rue Ratié et faubourg du Vignal). Malgré l’importance relative acquise par Bédarieux, son nom, comme il
a été dit au début de ce chapitre, figure très rarement dans
l’histoire de cette époque. Aux Etats de la Province on voit figurer
les consuls des Villes de la Salvetat, de Lacaune, du Caylar, les
seigneurs de St-Pons, de Faugères, du Poujol. Les habitants de Bédarieux
représentés par leur seigneur l’abbé de Villemagne n’envoyaient
pas de député. Dans l’histoire guerrière du temps on voit figurer
les noms de Boussagues, de Faugères, de Dio, de Lunas, de Roqueredonde,
du Poujol, du Mourcaïrol, de Caussiniojouls, de Montesquieu, de Cabrières,
mais jamais le nom de Bédarieux. On a vu plus haut qu’un acte daté de 1195 mentionne les noms des
syndics ou consuls de la terre foraine de Bédarieux et permet de
conclure à l’existence des consuls de la ville. Dans un autre acte,
également cité, et passé à Boussagues en 1364, figure le nom de la
communauté de Bédarieux. L’existence d’une communauté implique
l’existence de Consuls. Ces Consuls sont enfin cités nommément dans
d’autres actes rédigés au début du XVè siècle. En 1404, Michel,
abbé de Villemagne, recevait entre ses mains le serment des syndics de
Bédarieux de s’acquitter loyalement de leurs fonctions. Le même abbé
apaisa, en 1412, une contestation qui s’était élevée entre les
syndics de la ville et un nommé Raymond Malaure. La guerre de Cent ans en prit fin que vers l’année 1453. On a vue que
la région de Bédarieux avait été désolée par les bandes de
pillards durant la seconde partie du XIVè siècle. Les misères accumulées
par ces luttes continuelles, les maladies, les levées d’hommes et
d’argent avaient ruiné momentanément le commerce et l’industrie de
Bédarieux. Les malheureux habitants de la vallée de l’Orb devaient
murmurer quelquefois en se pliant devant les exigences fiscales, ce que
les Etats du Languedoc disaient au roi en 1424, en lui accordant encore
150 000 livres tournois de subsides : « fasen de necessitat
bertut ! ». En 1465 la peste vint ravager le bas Languedoc et causer des pertes
sensibles dans la population de Bédarieux. Vers la même époque, malgré
les malheurs du temps et peut-être à cause de ces malheurs, les
habitants de la communauté d’accord avec l’abbé de Villemagne,
firent reconstruire l’Eglise St-Alexandre sur l’emplacement de la
vielle église qui comptait déjà plusieurs siècles d’existence. Ce
nouveau monument, plus vaste que l’ancien, et dont nous n’avons pu
retrouver la description, devait être détruit un siècle plus tard,
pendant les guerres de religion. En 1471, une contestation surgit entre les communautés de Boussagues et
de Bédarieux au sujet de la limite des deux territoires. Le 28 juin de
la même année une transaction mit fin au différend. Les limites qui
furent fixées, dans cet acte sont les mêmes que celles qui séparent
encore aujourd’hui les communes de Bédarieux et de Latour-sur-Orb. Le 16 novembre 1472 un règlement intervint entre le vicaire de
St-Alexandre et les religieux de Villemange au sujet de la dime de Bédarieux. Sous l’administration de ses consuls, la ville de Bédarieux s’émancipa
peu à peu de l’autorité de son seigneur l’abbé de Villemagne. Les
droits féodaux des abbés sur le territoire et les habitants de la
communauté avaient déjà donné lieu à plusieurs contestations. De
ces contestations l’autorité du seigneur sortait généralement
amoindrie. Les différends étant devenus plus nombreux au cours du XVè
siècle, l’abbé Antoine de Clermont accepta, le 7 juillet 1497 une
transaction définitive. Les habitants de Bédarieux obtinrent : 1) le doit de pêche dans la
rivière qui traverse la seigneurie ; é) le droit de chasser sur
le territoire de la communauté ; 3) le droit de pâture pour tous
les bestiaux dans le terroir non inféodé ; 4) le droit de garder
dans les bois ; 5) la franchise d’une charge de bois pour chaque
animal portant bât. En retour : 1) les habitants devaient payer une taille annuelle de
dix livres ; 2) les droits de juridiction sur les objets concédés
étaient réservés au seigneur ou à ses officiers ; 3) les
mesures devaient être marquées aux armes dudit seigneur et celui-ci
conservait les droits de vérification et de saisie sur les mesures à
blé et à huile ; 4) l’officier ou représentant du seigneur
devait être convoqué pour les feux de joie ; 5) le jour de la fête
du patron de la paroisse, les autorités de la ville devaient aller
chercher cet officier dans sa maison et l’accompagner à l’Eglise ;
6) ce même représentant du seigneur devait avoir le droit de vérifier
les comptes de la communauté, de présider les assemblées générales
et de surveiller les inhumations et les exhumations. On verra plus loin
que les droits réservés à l’officier du seigneur ou Viguier tombèrent
bientôt en désuétude. Un siècle et demi plus tard, l’abbé de
Villemagne n’avait plus sur la ville de Bédarieux que des droit
honorifiques. Malgré les guerres, malgré la peste, la ville s’était peu à peu
agrandie. Au commencement du XVIè siècle, la cité s’était étendue
jusqu’à la rue de Ratié, aujourd’hui rue Maison de ville. Le
rempart du côté nord partait du Planol, à l’extrémité du
Pont-Vieux et suivait le côté droit de la rue de la République,
jusqu’à la Place aux Fruits. Le compoix le plus ancien que l’on
trouve dans les archives communales et qui date probablement de la fin
du XVIè siècle en donne les preuves (archives communales – compoix
non daté, antérieur à 1620). La rue de Ratié, qui vient après la rue du Pouiz ou du Puits et la rue
Dretche ou Droite, est bien la rue qui se nomme aujourd’hui rue Maison
de Ville et qui est parallèle à la rue de la République. Quelques
extraits du Compoix vont prouver que les remparts se trouvaient alors
entre ces deux dernières voies. « Arnaud Gibbal a un estable et un pailhé à la carrieyre de Ratié
confroncte ladite carrieyre, Aaron de Lavit, la muraille de la ville,
Antoine de Bernard, Bompare, etc… ». « Arnaud Gruveilhé a un cazal à la carrieyre de Ratié qui
confronte avec ladite carrieyre, Miquel Arnailh, la muraille de la
ville… ». Les immeubles d’Aaron de Lavit, de Jean Basset, de Guillaume Abbes, qui
sont situés rue de Ratié, confrontent également la muraille de la
ville. D’ailleurs à ce compoix il n’est nullement question ni de la
Grand’Rue, ni de la rue de Fer. En quittant la rue de la République, le rempart suit le côté de la
place aux Fruits où se trouvent aujourd’hui les immeubles Cambon et
Rivez et vient aboutir à la base du clocher actuel. Le puits de la
ville, qui était situé en haut de la rue du Puits, est aussi à peu de
distance de ce rempart. Une autre maison, sur le même point, touche également la muraille de la
ville : « Barthélemy Arnailh a une maison avec pigeonnier
deux estables porcatié et galinié, qui confronte la place, Claude
Sarrut ; l’Eglise et la muraille de la ville ». Au-delà de l’église, du côté de la rue St-Alexandre, nous trouvons
la partie de la ville appelée : lou castel. Ce quartier ne compte
que quelques maisons que le compoix dit être sises : al castel et
qui sont bâties le long du chemin de Béziers (en 1670, on appelait
encore Faubourg du Château, le quartier compris entre l’Eglise et la
rue Tourbelle. Une délibération du mois de mars 1670 choisit comme
emplacement pour l’Hôpital –aujourd’hui rue de l’Hôpital
ancien- le coin du cimetière, près le chemin de Béziers, au faubourg
du Château). Ce chemin suivait, à peu près, le tracé actuel de la
rue de l’Hôpital ancien. Le cimetière paroissial occupe le terrain
compris entre cette rue et l’esplanade de la place Cot. Le rempart, redescendant du château du côté gauche de l’avenue Cot,
vient aboutir devant la maison Baldy et de là se dirige vers la rampe
de Vèbre. La plupart des maisons sises dans ce quartier, appelé le
Bouttou, ont en effet pour confront la muraille de la ville. A partir du
café Roque, le rempart revient vers le pont vieux en suivant les bords
de Vèbre, puis les bords de l’Orb. Quelques maisons s’étaient construites au faubourg Trousso et sur la
route de Béziers ; les molins drapié, les molins bladié et les
molins à rusque, s’échelonnaient le long de Vèbre ; le
faubourg du Pont ou Cap del Pont comptait déjà plusieurs immeubles.
L’industrie des draps avait pris plus d’extension. Vers 1530, Bédarieux
exportait déjà dans le Levant (statistique du département de l’Hérault
en 1824). L’importance de Bédarieux qui devait compter à cette époque mille à
quinze cents habitants, était devenue assez grande pour que le roi
accordât à la ville le droit d’avoir des foires. Sur la demande de
Robert de la Rouy, abbé du monastère de Saint-Martin et Villemagne et
seigneur temporel de Bédarieux, le roi François 1er, par
lettres patentes données à Romorantin le 22 juin 1529, accorda deux
foires à Bédarieux. La date de la première de ces foires était fixée au jour de Saint
Thomas l’apôtre (21 décembre) et la date de la seconde au jour de
Saint Pierre (29 juin) (L’original de ces lettres patentes sur
parchemin, existe encore aux Archives Communales – pièce séparée). Les troubles d’origine religieuse qui éclatèrent en Languedoc vers
l’année 1530 se transformèrent rapidement en véritable guerre
civile. La région de Bédarieux allait être pendant plus d’un siècle
le théâtre de luttes sans cesse renouvelées. |