CHAPITRE II

ORIGINE DE BEDARIEUX – BEDARIEUX PENDANT LE

MOYEN-AGE ET JUSQU’AU XVIè SIECLE.

   Origine de Bédarieux – Bédarieux au XIIè siècle. Acte de 1164. Acte de 1195 : fortifications de la ville, syndics, création des rues basses. Fabriques de draps 1202. Guerre des Albigeois. Les fiefs existants dans Bédarieux : aux barons de Boussagues, à Estève de Pézénas (actes de 1237, 1238, 1260, 1271 et 1368). Affaire de Canet de Latour 1291. Essor de l’industrie. Le vin de Bédarieux 1339. Guerres des Anglais. Prise de Bédarieux. Procès avec Faugères et avec Boussagues 1364. Dime des abbés de Villemagne 1389. Le Pont-Vieux. La ville s’agrandit. Les syndics en 1404 et 1412. St Alexandre restauré. La peste en 1465. Limitation avec Boussagues 1471. Transaction de 1497 entre les Abbés de Villemagne et les habitants de Bédarieux. Bédarieux en 1520. Prospérité de la ville. Les premières foires en 1529.

   e nombreux documents conservés dans les archives des villes où des particuliers permettent de reconstituer d’une façon très complète l’existence au Moyen-Age de plusieurs localités des environs. Clermont-l’Hérault, Boussagues, Olargues, Cessenon, Saint-Pons, sont dans ce cas. Pour Bédarieux rien de tel. Pas d’archives datant de cette époque : les archives de l’abbé de Villemagne, Seigneur de Bédarieux, ayant été incendiées en 1562 et celles de la ville ayant subi le même sort en 1622 ; pas de faits historiques importants ayant eu Bédarieux pour théâtre ; pas de grande famille dont l’histoire soit liée intimement à celle de la cité. 

La reconstitution de l’histoire de Bédarieux au Moyen-Age a présenté pour ces différents motifs de sérieuses difficultés. Les recherches ont été longues et ont eu un faible résultat.

On a vu dans le précédent chapitre que si rien d’authentique n’autorise à fixer d’une façon même approximative l’époque de la création de la Ville,  on peut cependant admettre que le lieu de Bédarieux était habité aux premiers siècles de notre ère sous la domination romaine. Que devint Bédeïra au cours des siècles qui suivirent, c’est ce qu’il est impossible de dire. Le voile, probablement impénétrable, qui couvre l’histoire de notre ville à cette époque nous oblige à franchir un demi-millénaire, pour arriver à la fin du Xè siècle. 

Si les premiers actes que nous allons trouver ne remontent pas à l’An Mil, ils laissent deviner cependant ce que devait être Bédarieux en ce temps là. 

Deux actes importants, que l’on trouvera plus loin et qui remontent à 1164 et 1195, permettent d’établir en effet, d’une façon à peu près indiscutable, qu’une petite agglomération existait déjà au XIe, et peut-être au Xè siècle, à l’issue du vallon de Vèbre et à peu de distance de l’embouchure de ce ruisseau. A ces lointaines époques les pentes des montagnes environnantes et les bords mêmes de l’Orb étaient boisés, quelques sentiers peu praticables menaient aux passages guéables de la rivière. Un petit nombre de serfs appartenant aux seigneurs du Mourcaïrol, de Boussagues, de Faugères et à l’abbé de Villemagne, occupaient sur les bords de Vèbre quelques misérables constructions, bien peu nombreuses, si l’on en juge par l’exiguïté de la première enceinte fortifiée qui abrita les habitants du vallon. Deux ou trois moulins à blé existaient déjà sur Vèbre. Cette industrie naissante et la culture de quelques parcelles de terre, sur les rives fertiles de l’Orb, occupaient les bras de cette primitive population. 

Il semble que le premier document historique faisant mention du lieu de Bédarieux soit l’accord conclu au mois de juillet 1164 entre Raymond Trencavel, Vicomte de Béziers et Ermengarde, vicomtesse de Narbonne. Cet accord ou transaction établit les droits respectifs des deux signataires de l’acte et des abbés de Villemagne sur les mines qui existent ou qui seront découvertes dans les environs de Villemagne. 

Le territoire minier est délimité d’une façon précise et Bédarieux ou Bedeira fait partie des localités formant les bornes de ce territoire. Cette limite, partant de Faugères, passe par le château de Mourcaïrol, le château de Poujol, les montagnes de Montmare (montagnes de Graissessac), Maurian, Boussagues, Bédarieux, le village de Soumartre et Faugères. Un tiersdes droits dûs au vicomte de Béziers sur ces mines devait revenir aux abbés de Villemagne. 

Nous allons essayer de déterminer quelles étaient les limites et l’importance du lieu de Bédarieux à cette époque. On lit dans l’Histoire du Languedoc que Bérenger II, abbé de Villemagne, autorisa en 1195 les habitants de cette localité à élever des fortifications pour se mettre à l’abri des attaques des barons du voisinage. Un acte trouvé par l’auteur dans les archives départementales, fonds de Villemagne, va prouver que les fortifications de Bédarieux existaient déjà en 1195, contrairement à l’opinion de l’historien du Languedoc. 

« Pour fuir les ravages, dégâts et larcins commis par les gens de guerre, Guillaume de Canals et Jean de Rivez syndicts, Estienne de Bobals et Jehan Coudéran, conseillers, au nom des habitants de la terre foraine de Bédarieux et Courbezou, supplient leurs seigneurs Guillaume de Thézan, baron de Pouzol et Mourcaïrol, Aymeri de Sénégra, baron de Boussagues et Salomon de Faugères, baron de Lunas, de les laisser s’établir sous la forteresse de Bédarieux, sans qu’il puisse y avoir pertes ou dommages pour eux et leur postérité, en ce qui concerne les terres ou maisons qu’ils abandonnent ». 

Cet acte, qui est de l’année 1195, prote le titre de « Contrat d’union des hommes de la terre foraine de Bédarieux et Courbezou avec le dit lieu de Bédarieux ». 

La suite de l’acte nous fait connaître que la supplique est accueillie et que le chapitre de l’abbaye de Villemagne donne aux hommes de la terre foraine « un champ et pred appelé la Condamine confrontant avec une cave contre les murailles de Bédarieux, avec le fleuve d’Orb et le ruisseau de Vèbre, pour y bastir maisons, pailhés et étables et tout ce qu’ils y voudront édifier excepté des jardins ». 

Cet acte permet de fixer plusieurs points importants de l’histoire de la ville. Il prouve d’abord que des fortifications existaient déjà en 1195, autour de l’agglomération et que par conséquent cette agglomération avait une certaine importance, par suite une vie déjà assez longue. Il prouve également l’existence des syndics ou consuls de la ville de Bédarieux puisque la terre foraine dudit Bédarieux possédait ses syndics et ses conseillers distincts. Il marque enfin l’origine du quartier des rues basses. 

Le périmètre de l’enceinte de la ville en 1195 peut être reconstitué d’une façon assez précise. Un acte en date de 1238, que l’on trouvera plus loin, mentionne déjà l’existence de la paroisse de St-Alexandre. Cette Eglise St-Alexandre, transformée au cours des siècles n’a jamais changé d’emplacement. La citadelle ou Château, construite, d’après certains auteurs, en même temps que la forteresse de Labastide par les Barons de Boussagues, se trouvait sur l’éperon rocheux que la montagne du Puech du Four projette vers le ruisseau de Vèbre, au-dessus de l’angle formé aujourd’hui par la rue Tourbelle et l’avenue Cot. Les anciens compoix qui donnent les limites de la ville au XVIè siècle fournissent encore divers renseignements qui complètent ceux que nous venons de trouver. De ce qui précède on peut conclure qu’au XIIè siècle le rempart descendant du château, le long de l’avenue Cot actuelle jusqu’au coin sud du presbytère, tournait brusquement vers le ruisseau de Vèbre pour venir aboutir au coin de la Rampe ; il abandonnait ensuite les bords de Vèbre pour venir aboutir au coin de la Rampe ; il abandonnait ensuite les bords de Vèbre au bout de quelques mètres pour rejoindre la place aux Herbes qu’il laissait en dehors et remontant au pied du château, près la jonction de l’avenue Cot et de la rue Tourbelle, par les rues Sur-le-Puits et Savonnerie. 

C’est au pied de la muraille nord-ouest de la ville, sur l’emplacement actuel de la place aux Herbes et des rues qui descendent de cette place vers l’Orb, que se trouvait le lieu-dit de la Condamine : c’est le champ et le pré, situés sur ce lieu-dit « entre les murailles de la ville, le fleuve d’Orb et le ruisseau de Vèbre » qui furent donnés aux hommes de la terre foraine de Bédarieux et Courbezou pour y édifier toutes sortes de constructions mais avec défense d’aménager des jardins. Le quartier dit des Rues-Basses a donc commencé à se bâtir à partir de 1195 et de cette année date l’agrandissement continu de Bédarieux dans la direction de l’Orb. 

Les dimensions restreintes de la ville à cette époque, surtout si l’on tient compte de l’espace occupé à l’intérieur des murailles par le château et l’église, ne permettent pas de lui attribuer une population considérable. Deux ou trois cents habitants peut-être, administrés par quelques syndics et conseillers, formaient une petite communauté ayant pour seigneur l’abbé de Villemagne. Ces abbés avaient imité l’exemple des évêques d’Italie du Xè et du XIè siècle qui avaient accordé aux villes de leurs territoires ayant pris une certaine importance le droit de se gouverner par elles-mêmes (Histoire du Droit Français – Esmein). 

A cette époque un autre document signale l’existence, probablement ancienne déjà, de la petite église de St-Raphaël. En 1182 Bérenger II, abbé de Villemagne, renonce à la possession de cette église en faveur de Gaucelin, évêque de Béziers. Cette chapelle, qui s’appelait alors Saint-Jean de Niassargues (Nissergues) était placée sous le vocable de St Jean Baptiste. L’auteur de ce renseignement, M. Fournier, croit qu’on doit faire remonter à cette époque l’origine des processions à ce sanctuaire pour demander la pluie (Histoire de la Baronnie de Boussagues. Notice sur les environs. Manuscrit de M. Fournier). 

On a déjà vu que sur le torrent de Vèbre, à peu de distance de la petite ville de Bédarieux, existaient quelques moulins à blé. Ces moulins primitifs, qui furent peut-être la cause de la création de la cité, formèrent l’embryon de l’industrie locale. Cette industrie ne tarda pas à prendre plus d’extension. En 1202, l’abbé de Villemagne, Bérenger II, termina une contestation qui s’était élevée entre l’infirmier de Villemagne et les possesseurs de moulins à draps du bord de la rivière. On voit que la fabrication des draps remonte pour le pays à une époque fort ancienne. 

Au commencement du XIIIè siècle, le Languedoc, envahi par les armées des Seigneurs du Nord, se couvrit de sang et de ruines. La guerre des Albigeois porta un coup funeste à la richesse du pays en même temps qu’elle anéantissait dans le Midi une civilisation brillante pour l’époque et dont l’origine remontait à l’occupation romaine. Le droit et les coutumes du Nord battirent en brêche le droit Romain qui formait la base des institutions du pays et la langue des troubadours, l’harmonieuse langue romane, reçut une atteinte dont elle ne devait pas se relever. 

Les habitants de Bédarieux souffrirent peut-être moins que leurs compatriotes des misères du temps. En effet, tandis que le vicomte de Béziers, à bout de ressources, engageait ses châteaux de Faugères et de Lunas, tandis que les troupes de Simon de Montfort ravageaient le pays aux environs et mettaient Béziers à sac, l’abbé de Villemagne abandonnait la cause de ses suzerains, Raymond, compte de Toulouse et Trencavel, vicomte de Béziers, pour suivre la bannière des croisés du Nord. On voit en 1213, l’abbé de Villemagne, qui portait l’épée comme la crosse, accompagner avec les hommes de sa seigneurie, l’armée de Simon de Montfort en marche sur Saverdun. 

L’espoir de pillages fructueux plutôt que le désir de gagner le ciel en combattant les hérétiques, avait attiré nombreux sur le Midi les soldats du Nord. Aussi est-il fort possible que le territoire de Villemagne ait souffert également de leur passage bien que le Seigneur du lieu fût un de leurs alliés. Aucun témoignage des évènements survenus à cette époque à Bédarieux ne nous est parvenu. 

Si le seigneur féodal de la ville de Bédarieux était l’abbé de Villemagne, des fiefs appartenant à d’autres seigneurs de la région existaient sur le territoire de la communauté. Le premier de ces fiefs, qui paraît être le plus important, était la propriété des barons de Boussagues. Un acte du 2 août 1237 nous fait connaître que Raymond de Sénégra, baron de Boussagues, rend hommage et serment de fidélité à l’abbé de Villemagne pour les fiefs qu’il possède à Villemagne et sur la mense de la paroisse de Bédarieux (archives départementales – fonds de Villemagne, pièce). Enfin en 1271, l’abbé de Villemagne, faisant hommage au roi de sa seigneurie, reconnaît les fiefs existants sur la ville, notamment celui de la paroisse de St-Alexandre. 

Nous allons essayer de déterminer de quels immeubles était composé le fief des barons de Boussagues. Le 12 avril 1368 la marquise de Thézan de Valhauquès, descendante de ces barons, prenait en partage : « les boys, devès, terres cultes et incultes, rentes, censives, usages, fiefs nobles ou autres que Raymond de Boussagues, son grand-père maternel, avait au Pradal, à la Blaquieyre, à Taussac, en toute la paroisse de Saint-Martin de Vieulx, de Villemagne, au lieu de Bédarieux et ez mazades et terroir dépendant sd’iceluy du despuis le lieu de Faugères ». Ce fief comprenait donc des terres très sises sur le terroir de Bédarieux entre ce lieu et Faugères. Le compoix de 1660 nous donne quelques détails de plus. A la page 147, on lit que « messire Pons Pierre de Thézan, baron d’Olargues possède une maison al Bouttou qui confronte au levant le jeu de ballon, de midy, la rue Tongas, de couchan la place de l’Eglise et d’aquillon la dite église et l’entrée de la petite porte d’icelle. Plus un patu au faubourg du château (la maison de M. Baldy, rue St-Alexandre et rue du Porche, occupe aujourd’hui l’emplacement de l’immeuble des barons de Boussagues) ». Au même compoix une terre appartenant à Pons de Thézan est également citée : elle faisait partie des confronts d’une parcelle sise au faubourg Trousso et appartenant à François Abbes (compoix de 1660. Les bois de l’Estellier et des Arenasses, commune de Faugères, étaient aussi la propriété des barons de Boussagues. Ils furent vendus à la Révolution). Le fief se composait donc d’une maison et de plusieurs terres sises sur le territoire de la paroisse de St-Alexandre. 

L’existence d’un second fief, sur lequel il n’a pas été possible de trouver de renseignements, est signalée dans un acte passé au mois de février 1238. Par cet acte, Arnaud 1er, abbé de Villemagne, autorise le partage qui venait d’avoir lieu entre les fils d’Estève de Pézenas. Les fiefs de Luzan et de Bédarieux sont cités dans ce partage. 

La mémoire d’aucun événement important survenu à Bédarieux au cours du XIIIè sièce n’est parvenue jusqu’à nous. On lit seulement dans l’ouvrage de F. Pasquier sur les documents de la Baronnie de Boussagues, qu’en 1291, Pierre de la Tour, juge de cette baronnie, condamna un nommé Bernard Canet à cinquante sous tournois d’amende, au profit de la seigneurie pour avoir blessé au bras et « avec colère » Bernard Vital de Bobals, habitant de Bédarieux. 

Au début du XIVè siècle la prospérité de la ville avait augmenté. Le nombre de ses molins à bled et de ses molins à drap s’était accru. La fabrication des draps, réglementée pour la villes de la Sénéchaussée de Carcassonne par l’ordonnance de Philippe Le Long, en date du mois de septembre 1317, était devenue la principale industrie de Bédarieux (Bédarieux faisait partie du Diocèse de Béziers, sénéchaussée de Carcassonne). 

L’agriculture n’était pas négligée et c’est probablement vers cette époque que se multiplièrent ces murailles en pierre sèche qui permirent de planter de la vigne et des oliviers sur les pentes rapides des montagnes environnantes. Le vin de Bédarieux était déjà connu. Dans une charte du 30 avril 1339, accordée aux habitants de Viane en pays castrais, on lit que les aubergistes du lieu ne devaient pas gagner sur la vente du vin plus de 3 sols pas salmée et ne devaient pas mêler les crus : « qu’aucune personne qui tient taverne à Viane ni dans la seigneurie, ne soit assez hardie ou osée pour mêler le vin de Bédarieux au petit vin que portent les rouergats. Celui qui se rendra coupable de ce délit payera 20 sols tournois au bénéfice de la seigneurie ». 

Depuis l’année 1195, un siècle s’était écoulé et la ville s’était considérablement agrandie. Le cimetière de la paroisse situé entre la rue actuelle de l’Hôpital ancien et l’esplanade de la place Cot avait été agrandi en même temps que l’enceinte. Les hommes de la terre foraine de Bédarieux et de Courbezou et leurs descendants avaient construit de nombreuses habitations sur le terrain que leur avait concédé l’abbé de Villemagne. Les rues basses s’étaient bâties et le rempart de la ville longeait maintenant le ruisseau de Vèbre, le fleuve d’Orb et remontait vers l’Eglise en suivant la rue du Puits. L’espae qui s’étendait des murailles à l’emplacement actuel de la rue de la Digue, était aménagé en jardins, en horts. Quelques chemins s’étaient créés aux environs. Les rues n’étaient pas aussi bien alignées qu’aujourd’hui ; les maisons basses, ayant le premier étage en saillie sur la rue, se pressaient sans ordre les unes contre les autres comme pour se prêter un mutuel appui. Appui bien nécessaire pour résister aux terribles visites que l’Orb ne manquait pas de faire à la ville au cours des différents siècles. 

Au point de vue militaire, Bédarieux, bien protégé de trois côtés par le Château, Vèbre et l’Orb, était plus vulnérable du côté du Nord. De fortes murailles s’appuyant au Château et à la vieille église et des fossés en avant de ces murailles, couvraient la ville dans cette direction. A ces époques troublées du Moyen Age, les villes les plus heureuses étaient celles qui, placées sur des points difficilement accessibles, étaient défendues par leur position naturelle. Bédarieux, qui n’était pas dans ce cas avait tout à craindre de la part de l’ennemi. Nous verrons bientôt, en effet, que son système de défense ne résista pas à la première attaque sérieuse. 

Une nouvelle guerre qui devait durer plus d’un siècle et mettre en péril l’existence même du pays de France, commença en l’année 1336. Cette guerre qui prit plus tard le nom de Guerre de Cent ans porta ses ravages dans toute l’étendue du royaume. Les Anglais envahisseurs de la France, eurent l’avantage pendant de longues années. Vers 1346, le bas Languedoc dut contribuer à son tour à la défense du territoire. Des levées d’hommes et d’argent furent faites dans le pays ; Salomon de Faugères, seigneur de Lunas, Raymond de Montesquieu et Thézan, seigneur du Poujol prirent les armes pour repousser l’envahisseur. Quinze ans plus tard, la région de Bédarieux connut toutes les misères de la guerre. 

L’armée du Prince Noir d’Angleterre occupait alors la plus grande partie de la Guienne et du Rouergue. Des bandes de soldats irréguliers, véritables pillards, se détachèrent de cette armée et pénétrèrent dans le bas Languedoc par différentes routes, notamment par celle de l’Epinouse et de Douch. Bédarieux fut la première ville qui attira la convoitise de ces bandes dès qu’elles eurent atteint la vallée de l’Orb. La ville, qui ne possédait pas des défenses assez sérieuses, fut surprise, emportée d’assaut et mise au pillage. Quelques jours plus tard, Boussagues subit le même sort. 

D’après M. Fournier, ces bandes attirées par l’appât des richesses minières du pays, s’installèrent sur la région conquise. Pour enlever à la hâte la plus grande quantité possible de métaux précieux elles ruinèrent les travaux d’extraction. Dans un repaire inaccessible situé au milieu des rochers, près du Bousquet de la Balme, les pillards se retranchèrent. De là ils surveillaient toute la vallée de l’Orb qui était mise en coupe réglée. Le lieu où ils étaient fortifiés s’appelle encore : Lou Castel de l’Anglès. Au cours de leurs fructueuses expéditions, ces bandes s’emparèrent de Roqueredonde et de Cabrières. En 1370, ce dernier château était encore occupé par ceux qu’on appelait les Anglais et qui étaient en réalité de véritables brigands ne connaissant ni roi, ni nationalité. 

L’année 1379 fut marquée par le dernier et profitable succès de ces bandes. Commandées par un nommé Chappardel elles prirent Joncels de vive force et pillèrent les richesses de l’abbaye. 

Malgré ces misères, la vie même du pays n’était pas arrêtée. Un procès qui dura plusieurs années eut lieu entre la communauté de Bédarieux et le Seigneur de Faugères au sujet des terrains communaux qui se trouvaient  à la limite des deux territoires. Un certain nombre de pièces concernant ce procès se trouvent encore à la mairie de Faugères. 

Un acte du 2 décembre 1364 donne le droit aux syndics de Boussagues (l’élection de ces syndics par les habitants du dit lieu venait d’être autorisée) d’ester en justice si les communautés des environs, dont celle de Bédarieux, tentaient de troubler les habitants de Boussagues dans le libre exercice de leurs droits de coupe de bois, de pâture, etc… 

En 1389, un autre litige s’éleva entre l’abbé de Villemagne, seigneur de Bédarieux et les Bédariciens, au sujet des dimes ou impôts qui étaient dus à ce seigneur. L’abbé Rober 1er fut obligé de consentir à un accord. 

C’est probablement de la fin du XIVè ou du commencement du XVè siècle que date la construction du Pont Vieux. L’établissement de ce pont, qui a été si souvent réparé et plusieurs fois reconstruit en entier, amena dans la suite la création du faubourg du Barry, sur la rive droite de l’Orb et l’agrandissement de la ville sur la rive gauche (rue Droite, rue Ratié et faubourg du Vignal). 

Malgré l’importance relative acquise par Bédarieux, son nom, comme il a été dit au début de ce chapitre, figure très rarement dans l’histoire de cette époque. Aux Etats de la Province on voit figurer les consuls des Villes de la Salvetat, de Lacaune, du Caylar, les seigneurs de St-Pons, de Faugères, du Poujol. Les habitants de Bédarieux représentés par leur seigneur l’abbé de Villemagne n’envoyaient pas de député. Dans l’histoire guerrière du temps on voit figurer les noms de Boussagues, de Faugères, de Dio, de Lunas, de Roqueredonde, du Poujol, du Mourcaïrol, de Caussiniojouls, de Montesquieu, de Cabrières, mais jamais le nom de Bédarieux. 

On a vu plus haut qu’un acte daté de 1195 mentionne les noms des syndics ou consuls de la terre foraine de Bédarieux et permet de conclure à l’existence des consuls de la ville. Dans un autre acte, également cité, et passé à Boussagues en 1364, figure le nom de la communauté de Bédarieux. L’existence d’une communauté implique l’existence de Consuls. Ces Consuls sont enfin cités nommément dans d’autres actes rédigés au début du XVè siècle. En 1404, Michel, abbé de Villemagne, recevait entre ses mains le serment des syndics de Bédarieux de s’acquitter loyalement de leurs fonctions. Le même abbé apaisa, en 1412, une contestation qui s’était élevée entre les syndics de la ville et un nommé Raymond Malaure. 

La guerre de Cent ans en prit fin que vers l’année 1453. On a vue que la région de Bédarieux avait été désolée par les bandes de pillards durant la seconde partie du XIVè siècle. Les misères accumulées par ces luttes continuelles, les maladies, les levées d’hommes et d’argent avaient ruiné momentanément le commerce et l’industrie de Bédarieux. Les malheureux habitants de la vallée de l’Orb devaient murmurer quelquefois en se pliant devant les exigences fiscales, ce que les Etats du Languedoc disaient au roi en 1424, en lui accordant encore 150 000 livres tournois de subsides : « fasen de necessitat bertut ! ». 

En 1465 la peste vint ravager le bas Languedoc et causer des pertes sensibles dans la population de Bédarieux. Vers la même époque, malgré les malheurs du temps et peut-être à cause de ces malheurs, les habitants de la communauté d’accord avec l’abbé de Villemagne, firent reconstruire l’Eglise St-Alexandre sur l’emplacement de la vielle église qui comptait déjà plusieurs siècles d’existence. Ce nouveau monument, plus vaste que l’ancien, et dont nous n’avons pu retrouver la description, devait être détruit un siècle plus tard, pendant les guerres de religion. 

En 1471, une contestation surgit entre les communautés de Boussagues et de Bédarieux au sujet de la limite des deux territoires. Le 28 juin de la même année une transaction mit fin au différend. Les limites qui furent fixées, dans cet acte sont les mêmes que celles qui séparent encore aujourd’hui les communes de Bédarieux et de Latour-sur-Orb. 

Le 16 novembre 1472 un règlement intervint entre le vicaire de St-Alexandre et les religieux de Villemange au sujet de la dime de Bédarieux. 

Sous l’administration de ses consuls, la ville de Bédarieux s’émancipa peu à peu de l’autorité de son seigneur l’abbé de Villemagne. Les droits féodaux des abbés sur le territoire et les habitants de la communauté avaient déjà donné lieu à plusieurs contestations. De ces contestations l’autorité du seigneur sortait généralement amoindrie. Les différends étant devenus plus nombreux au cours du XVè siècle, l’abbé Antoine de Clermont accepta, le 7 juillet 1497 une transaction définitive. 

Les habitants de Bédarieux obtinrent : 1) le doit de pêche dans la rivière qui traverse la seigneurie ; é) le droit de chasser sur le territoire de la communauté ; 3) le droit de pâture pour tous les bestiaux dans le terroir non inféodé ; 4) le droit de garder dans les bois ; 5) la franchise d’une charge de bois pour chaque animal portant bât. 

En retour : 1) les habitants devaient payer une taille annuelle de dix livres ; 2) les droits de juridiction sur les objets concédés étaient réservés au seigneur ou à ses officiers ; 3) les mesures devaient être marquées aux armes dudit seigneur et celui-ci conservait les droits de vérification et de saisie sur les mesures à blé et à huile ; 4) l’officier ou représentant du seigneur devait être convoqué pour les feux de joie ; 5) le jour de la fête du patron de la paroisse, les autorités de la ville devaient aller chercher cet officier dans sa maison et l’accompagner à l’Eglise ; 6) ce même représentant du seigneur devait avoir le droit de vérifier les comptes de la communauté, de présider les assemblées générales et de surveiller les inhumations et les exhumations. On verra plus loin que les droits réservés à l’officier du seigneur ou Viguier tombèrent bientôt en désuétude. Un siècle et demi plus tard, l’abbé de Villemagne n’avait plus sur la ville de Bédarieux que des droit honorifiques. 

Malgré les guerres, malgré la peste, la ville s’était peu à peu agrandie. Au commencement du XVIè siècle, la cité s’était étendue jusqu’à la rue de Ratié, aujourd’hui rue Maison de ville. Le rempart du côté nord partait du Planol, à l’extrémité du Pont-Vieux et suivait le côté droit de la rue de la République, jusqu’à la Place aux Fruits. Le compoix le plus ancien que l’on trouve dans les archives communales et qui date probablement de la fin du XVIè siècle en donne les preuves (archives communales – compoix non daté, antérieur à 1620). 

La rue de Ratié, qui vient après la rue du Pouiz ou du Puits et la rue Dretche ou Droite, est bien la rue qui se nomme aujourd’hui rue Maison de Ville et qui est parallèle à la rue de la République. Quelques extraits du Compoix vont prouver que les remparts se trouvaient alors entre ces deux dernières voies. 

« Arnaud Gibbal a un estable et un pailhé à la carrieyre de Ratié confroncte ladite carrieyre, Aaron de Lavit, la muraille de la ville, Antoine de Bernard, Bompare, etc… ». 

« Arnaud Gruveilhé a un cazal à la carrieyre de Ratié qui confronte avec ladite carrieyre, Miquel Arnailh, la muraille de la ville… ». 

Les immeubles d’Aaron de Lavit, de Jean Basset, de Guillaume Abbes, qui sont situés rue de Ratié, confrontent également la muraille de la ville. D’ailleurs à ce compoix il n’est nullement question ni de la Grand’Rue, ni de la rue de Fer. 

En quittant la rue de la République, le rempart suit le côté de la place aux Fruits où se trouvent aujourd’hui les immeubles Cambon et Rivez et vient aboutir à la base du clocher actuel. Le puits de la ville, qui était situé en haut de la rue du Puits, est aussi à peu de distance de ce rempart. 

Une autre maison, sur le même point, touche également la muraille de la ville : « Barthélemy Arnailh a une maison avec pigeonnier deux estables porcatié et galinié, qui confronte la place, Claude Sarrut ; l’Eglise et la muraille de la ville ». 

Au-delà de l’église, du côté de la rue St-Alexandre, nous trouvons la partie de la ville appelée : lou castel. Ce quartier ne compte que quelques maisons que le compoix dit être sises : al castel et qui sont bâties le long du chemin de Béziers (en 1670, on appelait encore Faubourg du Château, le quartier compris entre l’Eglise et la rue Tourbelle. Une délibération du mois de mars 1670 choisit comme emplacement pour l’Hôpital –aujourd’hui rue de l’Hôpital ancien- le coin du cimetière, près le chemin de Béziers, au faubourg du Château). Ce chemin suivait, à peu près, le tracé actuel de la rue de l’Hôpital ancien. Le cimetière paroissial occupe le terrain compris entre cette rue et l’esplanade de la place Cot. 

Le rempart, redescendant du château du côté gauche de l’avenue Cot, vient aboutir devant la maison Baldy et de là se dirige vers la rampe de Vèbre. La plupart des maisons sises dans ce quartier, appelé le Bouttou, ont en effet pour confront la muraille de la ville. A partir du café Roque, le rempart revient vers le pont vieux en suivant les bords de Vèbre, puis les bords de l’Orb. 

Quelques maisons s’étaient construites au faubourg Trousso et sur la route de Béziers ; les molins drapié, les molins bladié et les molins à rusque, s’échelonnaient le long de Vèbre ; le faubourg du Pont ou Cap del Pont comptait déjà plusieurs immeubles. L’industrie des draps avait pris plus d’extension. Vers 1530, Bédarieux exportait déjà dans le Levant (statistique du département de l’Hérault en 1824). 

L’importance de Bédarieux qui devait compter à cette époque mille à quinze cents habitants, était devenue assez grande pour que le roi accordât à la ville le droit d’avoir des foires. Sur la demande de Robert de la Rouy, abbé du monastère de Saint-Martin et Villemagne et seigneur temporel de Bédarieux, le roi François 1er, par lettres patentes données à Romorantin le 22 juin 1529, accorda deux foires à Bédarieux. 

La date de la première de ces foires était fixée au jour de Saint Thomas l’apôtre (21 décembre) et la date de la seconde au jour de Saint Pierre (29 juin) (L’original de ces lettres patentes sur parchemin, existe encore aux Archives Communales – pièce séparée). 

Les troubles d’origine religieuse qui éclatèrent en Languedoc vers l’année 1530 se transformèrent rapidement en véritable guerre civile. La région de Bédarieux allait être pendant plus d’un siècle le théâtre de luttes sans cesse renouvelées. 

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