CHAPITRE III 

LES GUERRES DE RELIGION (1530 – 1642).

 Les premiers troubles religieux dans le pays, de 1530 à 1562. Le parti protestant devient influent à Bédarieux. Prise de Villemagne (1560). La peste à Bédarieux. Bédarieux, qui avait été pris par les Catholiques, retombe aux mains des Protestants (1563). Aventures de Claude de Narbonne, Seigneur de Faugères. Bédarieux, dont les Catholiques s’étaient emparés, est enlevé de nouveau par les Protestants (1569). Bataille devant Villemagne (1580). La guerre dans la région. Pacification de 1596. L’Eglise réformée de Bédarieux. La chanson des Protestants. La peste en 1612. La guerre recommence en 1615. Prise de Bédarieux par l’armée Royale en 1622. Les suites et les conséquences de la capitulation. L’étendue de la ville, vers 1640. Origine des bains de Lamalou (1634).

  a Réforme religieuse, qui devait si profondément troubler l’Europe, fut prêchée pour la première fois en Languedoc vers l’année 1530. Le nombre des adeptes de la nouvelle religion augmenta rapidement, malgré les efforts de l’autorité royale. En 1552, plusieurs Luthériens furent brûlés à Toulouse et à Nîmes. A partir de cette époque, le nombre des partisans de la nouvelle religion ne cessa d’augmenter à Bédarieux ; en 1560, la majorité de la population de cette ville était passée au protestantisme. Le développement de la réforme dans la région de l’Orb était dû en partie à l’influence et à l’actif prosélytisme du Seigneur de Faugères. 

Dans cette région, deux maisons puissantes s’étaient trouvées, au cours des siècles, plusieurs fois en lutte : la maison de Faugères et la maison du Poujol. Les haines religieuses allaient raviver cette animosité. Narbonne, baron de Faugères étant devenu le chef des protestants du pays, Thézan, baron du Poujol, devint le chef des catholiques. 

Les communautés de Faugères, de Lunas et de Villemagne, qui étaient représentées au colloque tenu à Montpellier le 12 novembre 1559, comptaient aussi dans leur sein une majorité protestante. 

Enhardis par leur nombre, les Réformés prirent les armes dans toute la province, en 1560, et se mirent en campagne sous les ordres du Prince de Condé. 

Le Seigneur de Faugères, attiré par l’appât d’un riche butin, marcha immédiatement sur Villemagne. En route, les protestants de Bédarieux vinrent grossir sa troupe. Le bourg de Villemagne n’offrit pas une sérieuse résistance. L’abbaye, bien déchue de son ancienne splendeur, fut livrée au pillage, après quoi les Réformés brûlèrent sur la place publique tout ce que contenaient les archives. 

En 1562, Jacques de Crussol, seigneur de Beaudiné, devint le chef des Protestants en Languedoc. Il se fit battre, tout d’abord, par Joyeuse, devant Pézenas. A la suite de cet échec, Bédarieux fut obligé d’ouvrir ses portes au Baron du Poujol, capitaine des Catholiques, qui laissa en garnison, dans la ville, l’abbé de Villemagne avec cent soldats. Protestants et Catholiques se disputèrent, à partir de ce jour, la possession de Bédarieux. Les premiers devaient conserver l’avantage jusqu’en 1622. 

La même année 1562, la peste ravagea la Province. Bédarieux paya au fléau un funeste tribut. 

« Les habitants mouraient en si grand nombre, qu’on n’avait pas le temps de les ensevelir ; il fallait les jeter dans les rues pour débarrasser au plus vite les maisons de l’infection des cadavres, et sur le soir des civières funèbres ramassaient comme des immondices, des tas de victimes qu’on enlevait par la prote du Pourtalet et qui allaient coucher dans une fosse commune. Les liens de la famille et de l’amitié semblaient brisés ; personne n’osait toucher les cadavres… Dès lors des pestiférés mouraient sans secours, dans le plus cruel abandon ». 

Tous les habitants de la rue du Puits, qui était la principale rue de la ville à cette époque, furent atteints par la terrible contagion. 

D’après l’auteur des lignes que nous venons de citer, c’est à l’occasion de cette épidémie que les habitants catholiques décidèrent de faire un pèlerinage annuel à Notre-Dame de Lagamas, sanctuaire alors très connu et situé aux environs de Gignac. Le voyage des pèlerins durait trois jours. 

Un an plus tard, en 1563, le seigneur de Beaudiné, ayant repris l’avantage, les Protestants de Lunas et de Faugères s’emparèrent de Bédarieux par surprise. Profitant de l’absence d’un grand nombre de Catholiques qui se trouvaient au pèlerinage de Lagamas et probablement aidés par leurs coréligionnaires de la ville, les Protestants pénétrèrent dans la place par un bouche d’égoût dont on avait négligé de fermer la grille et ils massacrèrent la petite garnison que le Baron du Poujol y avait installée. 

« Tout à cou un bruit affreux retentit dans la ville, du côté de la Citadelle. Ce sont des cris sauvages auxquels se mêlent les coups redoublés du marteau démolisseur et le fracas des murs qui s’écroulent… J.F. Coste, Cellerier de l’abbaye de Villemagne qui avait été envoyé à Bédarieux à la tête de cent hommes pour protéger la ville, veut racheter par sa valeur et son courage, sa vigilance mise en défaut… Il va droit à la citadelle. Arrivé sur la place où l’ont suivi quelques-uns des siens, les plus hardis et les plus intrépides, la victoire semble de mettre de son côté… Quand Raymond de Faugères, le chef, se présente, le cellerier ne met pas longtemps à le reconnaître dans l’ombre. Il s’élance aussitôt sur lui le fer à la main et il allait le frapper, lorsqu’il se sent atteint… il s’affaisse sur lui-même : la blessure était mortelle ».

La citadelle fut prise, l’église détruite et la ville pillée. 

A la fin de l’année 1563, Henri de Montmorency, seigneur de Damville, succéda au vicomte de Joyeuse comme gouverneur du Languedoc, Crussol se soumit et le pays jouit d’une pacification momentanée jusqu’en 1565. L’histoire régionale ne signale pour cette période que le passage du roi Charles IX dans la province au cours de l’année 1564. A cette occasion, les consuls de Bédarieux, assistés des anciens et des surveillants de la R.P.R (religion prétendue réformée), adressèrent une requête au roi pour le prier « de les maintenir dans l’exercice de leur religion qu’ils faisaient depuis quatre ans » (archives nationales – pièces citées dans un mémoire de 1685 sur l’exercice de la R.P.R au lieu de Bédarieux). On voit par là que les Protestants avaient en ville une influence prépondérante. 

L’église réformée de Bédarieux prit vite une certaine importance. Un vieux registre de l’Eglise réformée de St-Gervais, déposé aux Archives Nationales, nous apprend qu’en 1563 le ministre de Bédarieux, nommé Varandal, vint faire mariages et baptêmes à St-Gervais. Divers testaments, déposés aux mêmes archives et datés des années 1563, 1577, 1584, 1591 et 1596, font mention de legs en faveur des pauvres de l’Eglise Réformée de Bédarieux. 

Les Protestants devinrent quelques années plus tard les maîtres si incontestés de la ville qu’ils disposèrent de la maison commune pour les besoins de leur culte. Un acte notarié, daté du mois de février 1601, en donne la preuve : dans cet acte l’abbé de Villemagne, seigneur de Bédarieux et son conseil catholique, déclarent qu’ils ne veulent point contribuer à la réparation de la maison commune parce que les religionnaires s’en sont servis pour leur service depuis trente ans (archives nationales). 

A la suite de l’hiver rigoureux de 1565, la misère aidant, les troubles recommencèrent et la guerre éclata de nouveau au début de 1567. Les Protestants s’emparèrent de plusieurs villes, notamment de Montpellier et de Montauban. La région de Bédarieux allait être de nouveau le théâtre de luttes fréquentes. 

A cette époque le bourg de Faugères avait pour seigneur Claude de Narbonne, baron de Faugères. Ce baron, capitaine actif et déterminé avait embrassé de bonne heure la religion réformée et était vite devenu un de ses plus zélés défenseurs. Comme nous l’avons dit, il était le chef des Protestants dans la région et à ce titre il avait déjà joué un rôle important dans les affaires de Bédarieux. En 1568, il avait assisté, sous les ordres de Beaudiné, à la prise de Montauban et il se disposait à regagner le bas Languedoc, lorsqu’il disparut au combat de Cestel-Sarrasin et passa pour mort. 

Pierre de Narbonne, neveu et héritier de Claude, accourut aussitôt à Faugères pour prendre possession de l’héritage ; mais à sa grande surprise il trouva le bourg occupé par le colonel catholique Sarlabous. Sans perdre de temps, il réunit quelques troupes dans les environs et, peu de jours après, Faugères était en son pouvoir. Nouvelle surprise, lorsqu’on vint lui apprendre que son oncle, Claude de Narbonne, avait reparu en excellente santé et priait le neveu de lui ouvrir à l’instant les portes du château.

Pierre ne balança pas longtemps, il répondit par un refus tout net. 

En présence du refus du neveu de rendre l’héritage, l’oncle, qui n’hésitait pas devant les moyens, se fit aussitôt catholique et appela à son aide le baron de Rieux, chef pour le roi dans le pays. Incapable de résister à un pareil argument, Pierre dût quitter la place. 

Le premier soin de Claude de Narbonne, ayant repris possession de son logis, fut de refaire la paix avec les Protestants, et de leur demander des troupes pour chasser de son château la garnison catholique que Rieux y avait laissée. Ce plan, rapidement exécuté, obtint aussi un plein succès et le baron de Faugères fut enfin maître chez lui. 

Bien courte tranquillité ! Quelques mois s’étaient à peine écoulés que Ceyras, gouverneur de Béziers, paraissait sous les murs de Faugères et investissait la place. Claude fit, cette fois, un pressant appel aux religionnaires de Castres. Ceyras, attaqué par les troupes venues de cette ville, perdit trois ou quatre cents hommes, ses équipages et fut obligé de lever le siège. 

Le baron de Faugères se remit aussitôt en campagne ; renforcé par un corps de sept à huit cents hommes venus des Cévennes, il s’empara facilement de Bédarieux qui s’était soumis à l’autorité royale depuis la pacification de 1564. Parmi les combattants venus des Cévennes et du Rouergue se trouvaient plusieurs habitants de Vabre, localité des environs de St-Affrique. Après la prise de Bédarieux, quelques-uns d’entre eux s’établirent dans la ville et parmi ceux-ci les Cère, dont les descendants devaient plus tard jouer un rôle dans l’histoire locale. 

C’est probablement à la même époque que trois prêtres ayant été pris par les Protestants furent, d’après la tradition, brûlés non loin de Palagret. Le lieu où se fit cette exécution prit à la suite de cet événement le nom de Crémo-Capellos. 

Les troupes du baron de Faugères ayant échoué dans une tentative sur la ville de Béziers, s’emparèrent au retour des villages d’Autignac, de Roujan et de Pézènes. Mais au mois d’août 1570, au moment où la paix de St-Germain-en-Laye fut signée, Bédarieux était retombé aux mains des Catholiques qui s’en étaient emparés par surprise. 

Le massacre de la Saint-Barthélemy, qui eut lieu à Paris durant la nuit du 23 au 24 août 1572, n’eut guère de répercussion dans la province, grâce aux efforts du vicomte de Joyeuse et du gouverneur Damville. Mais l’animosité était trop forte entre les deux partis et les grands avaient trop d’intérêts en jeu dans ces lutes régionales pour que le calme put être de longue durée. A la fin de 1572, les hostilités reprirent et le gouverneur Damville leva une armée pour essayer de rétablir l’autorité du roi, si compromise en Languedoc. 

Au mois de juillet 1573, le baron de Faugères ayant repris les armes fit la plus fructueuse de ses expéditions. Il se dirigea vers Lodève, accompagné de troupes venues de Lacaune, de Gabian et de Bédarieux (mémoires de Jacques Gaches sur les guerres de religion. Charles Pradel). Il pénétra dans la place par un égoût dont il avait fait scier les grilles et livra la ville au pillage. L’évêque ne dut son salut qu’à une fuite précipitée, l’église fut saccagée et le corps de Sant-Fulcrand ayant été déterré, fut décapité. La tête du saint fut promenée dans les rues par les hommes de Claude de Narbonne tandis que le reste du corps était dépecé (Claude de Narbonne avait fait traîner par les rues, puis dépecer et vendre à la boucherie le corps de St-Fulcrand, évêque de Lodève, mort en 1006, corps demeuré souple, frais et entier – Histoire de la ville de Lodève). 

La paix de la Rochelle apporta au pays un calme momentané. Les Protestants en profitèrent pour tenir à Millau une assemblé générale. La plupart des villes de la région y étaient représentées ; Bédarieux envoya trois délégués. Cette assemblée demanda pour les Protestants, la police, la justice, le gouvernement et l’administration des villes occupées par eux. Damville, gouverneur du Languedoc, allait accepter ces conditions quand, devenu suspect à la Cour, il fut obligé d’abandonner ses fonctions. Pour prendre une revanche de ce qu’il considérait comme un outrage, Damville s’unit aux Protestants et devint bientôt le chef en Languedoc contre le pouvoir royal. La guerre reprit en 1574. 

En 1576, Claude de Narbonne, eut un procès avec le chapitre de l’Eglise St-Nazaire de Béziers au sujet de la leude de Bédarieux (« Commis à Messieurs l’Archidiacre Jevenis sacristain, Pradines, Bojary et Boulet pour aller trouver le sieur de Faugères estant en ville et loy fère exhibition de la santance contre luy obtenue par led ». Chappitre pour raison de la fleude de Bédarieux – Délibération du chapitre Cathédral de St-Nazaire – 13 octobre 1576 – Archives départementales – « La leude de Bédarieux question d’intérêt général pour les habitants de cette localité précisément une de celles où il ramassait ses troupes ». Un incident des guerres de religion à Béziers au XVIè siècle. Melle L. Guiraud – bulletin de la société archéologique de Béziers). Il semblerait résulter de cette affaire que le baron de Faugères possédait sur Bédarieux, à cette époque, une autorité absolue et qu’il avait même usurpé les droits féodaux existant sur la ville. La sentence rendue contre lui dans ce procès dut être difficile à exécuter, peut-être même ne le fut-elle jamais. La mort de ce bouillant guerroyeur allait peu de temps après solutionner l’affaire. Au retour d’une expédition dans le Haut-Languedoc, en 1578, Claude de Narbonne, se laissa surprendre dans son château de Faugères par les Catholiques. Il fut tué et ses agresseurs lui tranchèrent la tête. Cette tête, emportée aussitôt à Lodève, fut promenée dans les rues de la ville comme celle de Saint-Fulcrand en 1573. 

En 1580, après une paix de quelques mois, le duc de Montmorency essaya d’enlever Villemagne qui était une des villes fortes des Protestants. Parti de Béziers à la tête de cinq à six mille hommes et de plusieurs canons, il vint investir le bourg. Châtillon, chef des Protestants, ayant été prévenu, accourut à son tour avec quatre cent cinquante chevaux et cinq mille fantassins. Il arriva au moment où les Catholiques allaient donner l’assaut. La journée se passa en escarmouches dans la plaine de Mare et pendant la nuit Montmorency se retira sans menacer Bédarieux qui d’ailleurs s’était préparé à la résistance. 

Pendant les années qui suivirent, la ville de Bédarieux vécut, en continuelles alarmes ; mais, en définitive, elle ne souffrit pas directement des troubles qui ruinaient le pays. Ces troubles avaient lieu un peu partout dans les environs. Des pillards qui d’après les circonstances prenaient ici le titre de Catholiques et là le titre de Protestants, s’emparèrent et mirent tour à tour au pillage les villes d’Olargues, de Gabian, et de Clermont. Montmorency fit une nouvelle expédition dans le pays. Après avoir pris Lodève, il amena Lunas à composition au bout de dix jours de siège et il laissa comme gouverneur dans cette dernière place l’héritier du baron de Faugères qui en était le Seigneur. 

En 1589, devant la ruine et l’épuisement du pays, les deux partis en lutte convirent d’une trêve pour effectuer les labours. En 1594, lorsque le nouveau roi Henry IV se convertit au catholicisme, les Ligueurs essayèrent bien de rallumer la guerre, amis ce fut en vain. En 1596, la pacification était générale. 

Il ne reste que très peu de documents concernant la ville de Bédarieux à cette époque. Un certain nombre d’actes ou de pièces, déposés aux Archives Nationales, ne donnent guère de renseignements que sur les affaires de l’église réformée de Bédarieux (Archives Nationales : état des ministres qui ont exercé le ministère en 1576, au diocèse de Béziers – Acte de réception du nommé Roussel – Rôle des Impositions des gages de ce ministre en 1594 – Registres de Baptêmes, mariages et sépultures de l’Eglise réformée de Bédarieux 1574 – 1622). 

Varandal, Boissin, Roussel, tels sont les ministres de cette église qui ont joué les rôles les plus importants dans la ville de 1563 à 1600. Roussel fut délégué pour assister à un colloque à Gignac en 1589 et au Synode tenu à Nîmes en 1590. En 1594, eut lieu une contestation au sujet de l’imposition et du payement des gages de ce ministre. 

La population protestante de Bédarieux devait s’élever à cette époque à un chiffre relativement considérable, puisque dans un registre de l’Etat-civil de la R.P.R, année 1596, nous relevons quatre-vingt baptêmes. L’importance de la ville au point de vue religieux est d’ailleurs affirmée par les nombreux colloques tenus par les réformés à Bédarieux en 1597, en 1598 et en 1599. Les colloques de cette dernière année furent présidés par le ministre Roussel. 

A cette époque, il est aussi fréquemment question de Charles de Lavit, chef de la nombreuse et influente famille des de Lavit, qui joua un rôle assez important dans l’histoire de Bédarieux aux siècles suivants. 

La ville de Bédarieux avait pris parti pour le roi dès sa conversion. Le 20 mars 1594, à l’issue du prêche du matin et en présence du ministre Roussel, les consuls réunirent le conseil général de la communauté.  L’assemblée arrêta « qu’il fallait employer ses biens et sa vie pour s’opposer à ceux qui voulaient prendre party contre le Roy ». Henry IV justifia, d’ailleurs, les espérances mises en  lui par ses sujets ; le calme revint et avec lui la prospérité du pays, si compromise par quarante ans de guerres civiles. 

La paix fut très bien accueillie par tous, Catholiques et Protestants. Ces derniers, malgré l’abjuration, gardèrent pour Henry IV l’amour qu’ils avaient eu pour Henry de Navarre (la joie occasionnée aux protestants par l’annonce de la paix se manifeste dans une chanson des réformés de Bédarieux : de cette chanson qui se trouve aux Archives Nationales, nous citerons le premier couplet : chanson sur l’air : si vous payes vous danserés, point d’argent point de bransle : « Aujourd’hui on parle de paix,  la bonne nouvelle, Le bon Dieu veuille qu’il soit vray, Qu’elle soye banie à jamais, Cette cruelle guerre. Dès aujourd’hui qu’il soit permis, Liberté aux fidèles… »).

D’ailleurs, grâce aux nouvelles lois, les personnes et les biens des Protestants étaient garantis et l’exercice de leur religion était assuré. Une ordonnance du mois de décembre 1600 déchargeait les religionnaires de toutes les condamnations par eux encourues. Malheureusement cette période de calme devait être de courte durée et les troubles devaient recommencer dans le pays, peu après la mort du roi Henry IV, en 1610. 

La peste vint encore ravager la province en 1612. Bédarieux perdit beaucoup d’habitants. La communauté fit, à cette occasion, le vœu d’accomplir chaque année un pèlerinage à Notre-Dame de Capimont. 

Vers 1615, les Protestants, commandés par Rohan, reprirent les armes. Bédarieux, malgré les efforts des Catholiques, embrassa immédiatement leur parti. Cependant aucun fait de guerre n’est à signaler dans la région jusqu’à l’année 1622 ; les armées royales étaient occupées ailleurs. 

Le 6 février 1622, le duc de Montmorency, gouverneur de la province, s’empara de Lunas après trois jours de siège ; puis il fit capituler le fort de Graissessac qui était gardé par deux cents hommes. Le 11 février, il se présenta devant Bédarieux et prépara l’investissement de la place ; une attaque de vive force lui paraissant impossible. Après quelques journées d’escarmouches, trouvant la ville trop bien défendue ou son armée trop faible, le gouverneur abandonna le siège et décampa vers Montpellier. En quittant Bédarieux, il eut la consolation de pouvoir enlever de vive force les bourgs de Soumartre et de Faugères qui se trouvaient sur son passage. Rohan malade et d’ailleurs occupé par la guerre des Cévennes ne put, malgré son désir, se porter au secours des Protestants de Bédarieux. 

Au mois de juin 1622, la nouvelle de l’arrivée d’une armée, commandée par le roi Louis XIII en personne, jeta la crainte dans toutes les villes comme Bédarieux, où les Protestants étaient en nombre. L’armée royale s’avança de Castelnaudary sur Béziers et vint mettre le siège devant montpellier. Le maréchal de Praslin, détaché du gros de l’armée, avec un corps de troupes assez important, fut chargé de réduire les places de Bédarieux et de Gignac. 

Le trouble fut grand à Bédarieux, lorsqu’on apprit la marche de l’armée royale. Quelques habitants essayèrent, mais trop tard, de s’enfuir : poursuivis par la cavalerie, ils furent tués ou faits prisonniers. Voici en quels termes une chronique de l’époque raconte la prise de la ville le 21 juillet 1622. 

« L’armée de Sa Majesté s’estant acheminée devant cette place, elle fust battue quelque temps fort furieusement et assez bien défendue du commencement par lesdits rebelles ; mais enfin y ayant eu bresche capable d’attaquer les ennemis au dedans, l’assaut y a été donné avec une telle furie par les gens du Roy que la ville a esté prise et forcée, plusieurs desdits rebelles tuez et massacrez, et sans l’ordre que S.M. y fist promptement donner, le reste qui estoit dedans allait passer par le fil de l’épée et les édifices réduits en flammes.

Mais des chefs et capitaines de l’armée ayant empêché la furie et le désordre des soldats, Sa Majesté s’est contenté de s’estre rendu maistre de la place et à l’instant tous les principaux chefs de la rébellion d’iceux ayant esté rpis et saisis, recognus pour autheurs de la faction, par commandement de sadite Majesté, ils y ont estés pendus et étranglez et aussitôt toutes les fortifications de la dite place de Bédarieux et toutes les murailles d’icelles ont estées rasées et démolies… ». 

En réalité, la ville se rendit à discrétion après une assez forte canonnade et paya une grosse indemnité de guerre pour éviter le pillage et l’incendie, suites inévitable de l’assaut. 

« Les habitants de la R.P.R promettent de payer au sieur de Thézan, baron de Poujol, la somme de 36 000 livres pour se libérer et exempter du dégât et pillage de la dite ville, acquise aux soldats et gens de guerre de S.M. suivant la reddition faite de la dite ville à discrétion et pour garantir leurs vies ». 

Les habitants de religion protestante eurent donc la vie sauve, à part douze notables, qualifiés chefs de la rébellion qui furent pendus. Les conditions du traité ne furent peut-être pas fort bien respectées par les soldats vainqueurs, puisque l’hôtel-de-ville, situé rue de Ratié, fut pillé et incendié. Reconnaissons cependant que l’incendie peut avoir été occasionné par la cannonade destinée à faire brêche, cet hôtel-de-ville se trouvant peu éloigné des murailles. 

Quelques jours après la prise de la ville, les remparts furent démantelés et les fossés en partie comblés. Bédarieux avait fini de jouer le rôle de place de guerre. 

L’année suivante, tandis que le roi terminait le siège de Montpellier, le prince de Condé s’emparait de Villemagne, une des dernières places des Protestants dans la région. 

La paix fut signée, après la prise de Montpellier par le roi, en 1624. En 1625, Rohan suscita bien de nouveaux troubles, quelques combats eurent lieu dans la province, mais la région de Bédarieux  n’eut pas à en souffrir. En 1632, les guerres religieuses avaient pris fin. 

A partir du mois de juillet 1622, la ville de Bédarieux et ses habitants furent étroitement surveillés. Probablement parce que la ville était peuplée en majorité de Protestants et qu’elle formait un centre religieux d’une certaine importance. 

Une ordonnance du mois d’octobre 1623, signé par le duc de Valencey, gouverneur de Montpellier, porte que : « le Maréchal de Praslin, un des commandants au siège de Bédarieux ayant, après la prise de la ville, faict le consulat tout catholique, le dit duc de Valencey ayant une entière connaissance des intentions de Sa Majesté sur ce sujet, ordonne qu’il sera procédé à une nouvelle élection et que les consuls seront tous catholiques ». 

Quelques années plus tard, les assemblées du culte ou les prêches furent interdits ; toute cérémonie publique ou privée fut prohibée. Une ordonnance rendue par le duc de Montmorency, le 1er janvier 1629, porta défense au ministre protestant ou à tout autre de convoquer aucune assemblée à Bédarieux sous peine de désobéissance. Le 20 juillet de la même année, nouvelle ordonnance portant défense « à ceux de la R. P. R. dudict lieu de faire aucun exercice public de leur religion à peine de 10 000 livres d’amende ». Le 1er février 1630, arrêt dans le même sens rendu par le Parlement de Toulouse. Le 6 avril 1632, ordonnance du sieur Le Miron, commissaire dans la province de Languedoc, concluant à ce que l’exercice de la R. P. R. soit interdit au dit lieu « Bédarieux ayant été pris par les armées du Roy à discrétion ». Cette ordonnance était rendue sur la requête de l’abbé de Villemagne, seigneur de Bédarieux. Le 13 mars 1633, le sieur Mangot de Villaveaux, commissaire de la province, faisait défense aux rebelles, et pour leur punition, de faire aucun exercice public de leur religion sous peine de châtiments corporels. Le 12 octobre 1633, défense était faite au ministre de prêcher à Bédarieux à peine de punition corporelle et de 500 livres d’amende. 

Malgré ces mesures rigoureuses, malgré la perte à peu près effective de l’administration et de l’autorité communale, les Protestants continuèrent la pratique de leur religion. Ils rétablirent à différentes reprises leurs prêches dans des maisons particulières ; après la mort de Louis XIII ils firent même élever un temple. Peu intimidés d’ailleurs, il leur arriva plusieurs fois de se réunir en armes dans la ville pour tenir tête aux Catholiques, notamment en 1637. Pendant les premiers jours du mois de mars 1636, ils simulèrent en ville des processions, faisant figurer en tête du cortège des cornes de bouc en forme de croix. 

Tous les arrêts ou ordonnances rendus contre les Protestants n’étaient pas d’ailleurs appliqués strictement. La preuve en est dans la quantité des ordonnances rendues pour empêcher les réunions ; ces ordonnances se renouvelleront encore et nous en trouverons jusqu’en 1664 (Ordonnance de M. de Bezons portant défense aux religionnaires de tenir des assemblées sans sa permission – 24 septembre 1664 – Archives Nationales). 

Bédarieux avait conservé malgré tout une population en majorité protestante ainsi que le prouve l’arrêt royal suivant : « le Roy, voulant estre gracieux avec ses sujets faisant profession de la R. P. R. accorde le mi-paiement des charges consulaires aux villes de Baignols, Bédarieux, Pignan, etc… St-Germain-en-Laye, 6 mai 1652 ». Enfin, malgré les décisions antérieures quelques Protestants arrivaient encore au consulat, ils n’en furent exclus formellement qu’à partir de 1657, par un arrêt direct du Conseil du Roi. 

Dès que les guerres de religion eurent pris fin, et surtout à partir de 1622, la ville de Bédarieux s’agrandit considérablement. On a vu à la fin du chapitre II que l’enceinte de Bédarieux, au XVIè siècle, ne dépassait pas, au Nord, la rue de Ratié (aujourd’hui, rue Maison de Ville) et s’étendait de la place aux Fruits à l’entrée du Pont-Vieux. Cette enceinte, à peu près ruinée en 1622, fut débordée rapidement à partir de cette époque. La rue Neuve ou future Grand’Rue se construisit la première, puis la rue de Fer et enfin le faubourg du Vignal. Le compoix de 1660 cite, en effet, ces trois nouvelles rues qui ne figuraient pas au précédent compoix, celui qui paraît dater, comme nous l’avons déjà dit, de la fin du XVIè ou du commencement du XVIIè siècle. 

Les anciens remparts ayant été ruinés après le siège de 1622, Bédarieux fut dès lors une ville ouverte. Les nouvelles murailles, peu ou pas entretenues, n’avaient pas de fermeture. 

Avant de terminer l’histoire de cette époque, il ne faut pas oublier de signaler la fondation des bains de Lamalou. Pons, Marthe-de-Thézan, seigneur du Poujol, fit élever quelques constructions à proximité des sources de Lamalou-le-Bas, vers 1634. « Plus tard le comte de Poujol, conçut, le premier, le projet d’y former un établissement thermal. Dans cette vue, il fit pratiquer un grand réservoir qui put contenir près de 40 personnes ; un mur fut établi pour la séparation des sexes ». 

Cet établissement, complété de quelques salles, devait pendant plus d’un siècle constituer à lui seul la station thermale. Ce n’est que beaucoup plus tard, vers 1755, qu’une sorte d’auberge, comprenant plusieurs logements pour les baigneurs fut construite à côté de l’établissement. A l’époque de la confection du cadastre actuel, en 1828, le village de Lamalou ne comptait encore que ce dernier et très ancien immeuble et deux maisons. C’est seulement du milieu du XIXè siècle que date l’essor considérable pris par cette station balnéaire dont le nom est aujourd’hui connu du monde entier. Les Bains de Lamalou furent inaugurés officiellement au mois de juillet 1709 par le comte du Poujol (annales de la ville de Béziers et de ses environs – Abbé A.D.). 

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