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INDUSTRIE,
COMMERCE, FOIRES ET MACHES DE BEDARIEUX
SOUS
L’ANCIEN REGIME.
Moulins à blé. Industrie drapière : son ancienneté, commerce
avec le Levant, règlements de Colbert de 1669, marques des draps de Bédarieux,
procès au sujet des marques, gardes-jurés des manufactures, Inspecteur
des manufactures, subventions aux manufactures royales, règlements
divers, les usines de la ville et leurs produits, comment on fabriquait
les draps. Papeteries. Tanneries. Autres industries. Bas de poil
d’Inde. Bédarieux entrepôt de toute la région. Défense des intérêts
commerciaux de la ville. Situation économique de Bédarieux en 1788,
discours du premier consul de Basset. Lettres patentes des rois François
1er et Henry IV accordant foires et marchés à la ville 129
– 1595. Emplacement des marchands au XVIIIè siècle. Une foire à Bédarieux
sous l’ancien régime.
D’après certains auteurs la papeterie vieille, située au moulin
Galilard d’aujourd’hui, existerait aussi depuis fort longtemps. Pour simplifier cette étude rétrospective des industries de Bédarieux
sous l’ancien régime, nous allons nous occuper successivement de
chacune d’elles en commençant par les plus anciennes. Les premières usines établies sur Vèbre furent des moulins à blé.
Ces moulins existèrent pendant longtemps en assez grand nombre puisque
le compoix de 1660 nous en signale encore six. Les grains étaient la
principale récolte de la région et Bédarieux était le débouché des
productions de la montagne. De là l’utilisation de ces moulins. La fabrication des draps est probablement la plus ancienne industrie du
Languedoc et en particulier de la sénéchaussée de Carcassonne, dont
la communauté de Bédarieux faisait partie. Une ordonnance du roi
Philippe le Long, du mois de septembre 1317, fixe les règlement à
introduire dans les manufactures de la ville de Carcassonne et des
autres villes de cette sénéchaussée. La manière de fabriquer les
draps est développée dans cette ordonnance et pour maintenir
l’excellence des produits fabriqués, interdiction est faite
d’exporter les laines de la province. C’est en effet à la beauté
des laines du pays que l’on attribuait alors la valeur des draps
sortant des manufactures du Languedoc. En 1322, pour favoriser la fabrication, la Gabelle fut abolie sur les
draps, à la suite d’une enquête des commissaires du Roi. Déjà on
qualifiait de très ancienne cette fabrication. On a vu que bien avant
le XIVè siècle plusieurs molins à drap existaient déjà sur les
possessions des abbés de Villemagne. Au commencement du XVIè siècle l’industrie drapière à Bédarieux se
développa encore par l’extension des exportations. « Ce fut vers l’année 1530 (époque de la conclusion des traités
de François 1er avec la Porte) que les négociants de
Marseille commencèrent à faire passer des draps du Languedoc dans le
Levant ; ils furent sans concurrents jusqu’en 1759, époque à
laquelle les Anglais obtinrent de trafiquer dans l’Empire Ottoman.
Chacune de ces fabriques était préférée dans quelque Echelle. Alep,
Smyrne, Constantinople, demandaient des londrins de Bédarieux… ».
(Statistique du Département de l’Hérault en 1824). Au XVIIè siècle, l’industrie des draps ne cessa de prendre plus
d’importance à Bédarieux. Le nombre des fabricants ou marchands
drapiers s’élevait à 41 en 1671. Colbert, le grand ministre de Louis XIV, donna un essor plus grand encore
à cette industrie. Il fit paraître en 1669 divers règlements au sujet
de la fabrication des draps et ces règlements, complétés par l’arrêt
royal du 4 octobre 1693, fixèrent d’une façon définitive les droits
et les devoirs des industriels. Chaque pièce de drap devait porter une marque indiquant : le lieu
de fabrication, le nom du fabricant et le numéro de la pièce. Sur le registre municipal, à la suite d’une délibération des consuls
de Bédarieux, en date du mois de mai 1671, figurent, en cire rouge, les
sceaux ou marques qui devaient être apposés sur les pièces de drap
fabriquées en ville. Les cachets, dits anciens ou des marchandises
vieilles, portent l’un « Drap Vieil » en exergue,
l’autre les armes de France, les trois fleurs de lys, avec « Bédarieux »
en exergue ; les cachets, dits nouveaux, portent, l’un les armes
actuelles de Bédarieux, avec « Bédarieux-71 » en exergue,
l’autre les armes de France avec l’inscription « La Réforme
Marchande » (Nous venons de dire les armes actuelles de Bédarieux :
il semble en effet qu’à une époque que nous n’avons pu établir,
ces armes ont été changées. Les armes actuelles : le pont à
trois arches surmonté d’une croix, chacune des trois arches contenant
une des trois lettres B.D.R. sont les anciennes marques des draps). Ces marques étaient jalousement surveillées. Une délibération des
Consuls, de l’année 1764, fait mention d’un procès intenté à ce
sujet à un fabricant de Clermont-l’Hérault. Malheureusement les
archives n’ont pas conservé le jugement qui termina cette affaire. Ce
fabricant peu scrupuleux, qui livrait des produits de trop mauvaise
qualité et qui pour cette raison ne trouvait plus à les vendre sous sa
propre marque, appliquait sur ses pièces de draps la marque de Bédarieux. En conformité avec les règlements de 1669, cités plus haut, les
fabricants drapiers de Bédarieux procédèrent chaque année, à partir
de 1695, à l’élection de deux juges appelés gardes-jurés des
manufactures. Ces juges connaissaient des litiges entre patrons et
ouvriers, ils surveillaient l’application des règlements sur la
fabrication, la qualité des produits fabriqués, etc… Ils
condamnaient les industriels fautifs à une amende en faveur des pauvres ;
les draps saisis étaient détruits. Les délibérations du Tribunal de
police font souvent mention de perquisitions et de saisies de draps chez
les particuliers. Les délinquants ne laissaient pas toujours passer
sans protester ces sommaires exécution. En 1723, par exemple, certains
fabricants non syndiqués se plaignirent vivement aux consuls de la
saisie et de la confiscation de draps de fort bonne qualité. Une enquête
suivit cette plainte et démontra que les torts étaient du côté des
gardes-jurés. Le même règlement de 1669 avait créé l’emploi d’Inspecteur des
Manufactures en Languedoc. Dans une délibération des consuls, en date
de l’année 1707, on trouve la nomination en cette qualité du sieur
Jean-Pierre Paignon. Cet inspecteur était nommé par le contrôleur général
des finances, de Chamillart, à l’effet de surveiller en Languedoc
l’application des règlements de 1669 et de statuer sur les
contestations entre communautés, fabricants, etc… A partir de la même époque les Etats du Languedoc, suivant les
prescriptions royales, donnèrent des gratifications aux manufactures de
draps de la province. Ces subventions, qui étaient calculées d’après
le nombre des pièces de drap fabriquées, s’élevèrent jusqu’à 80
000 livres en 1734. Malheureusement pour Bédarieux, ces gratifications étaient réservées
aux usines ayant le titre de : Manufacture Royale de Saint-Chinian,
Lodève, Clermont-Villeneuvette possédaient ces usines officielles ;
Bédarieux n’en avait point. En 1743, il fut question d’en créer une, mais ce projet n’eut pas de
suite et c’est en vain que Seymandi en 1770 et Fabregat quelques années
plus tard demandèrent pour leurs usines le titre de Manufacture Royale. Comme les autres industries et les autres commerces, la fabrication des
draps était réglementée de la façon la plus sévère. On vient de
voir comment les travaux des industriels, la qualité et la marque des
marchandises étaient étroitement surveillés. On va voir encore, par
quelques exemples, que les villes et les particuliers devaient avoir des
autorisations spéciales pour fabriquer ou vendre telles ou telles
qualités de draps. On lit dans un acte de 1752 que la ville de Bédarieux est autorisée à
travailler les draps fins ; un règlement de la ville de Lodève
daté de 1744 défend de faire travailler les tisserands de tout diocèse
de Béziers et notamment ceux de Bédarieux. Ce règlement souleva à Bédarieux
une véritable émeute ; il privait de ressources beaucoup de
familles. En 1754, Fabrégat est obligé de demander une autorisation pour expédier
en Orient, à la Compagnie des Indes, quatre ballots, contenant dix pièces
et demie de londrins larges ; en 1756, Triadou adresse une demande
pour avoir la permission d’expédier dans le Levant. Si les règlements imposés à l’industrie et au commerce sous
l’ancien régime favorisèrent largement, au début, l’essor de ces
branches de la richesse nationale, il faut reconnaître que dans la
suite ils mirent des entraves à l’activité industrielle du pays.
Nous verrons à la veille de la réunion des Etats Généraux de 1789,
les fabricants bédariciens réclamer, avant tout, les libertés de
fabriquer et de commercer. Quelques mots encore sur l’industrie drapière à Bédarieux au cours
du XVIIIè siècle. En 1705 un habitant de la ville nommé Chamberlin
introduisit la fabrication des serges, larges et légères, appelées
liffèles du Maroc. Vers 1750, les industriels de Bédarieux se mirent
à fabriquer des draps fins, façon d’Elbeuf ou de Louviers. Enfin dès
que les guerres de la Révolution eurent éclaté, les Anglais étant
les maîtres de la mer et le commerce avec le Levant étant anéanti,
les manufactures furent réduites à travailler pour l’habillement des
troupes, ce qu’elles avaient d’ailleurs déjà fait à plusieurs
reprises depuis la fin du XVIIè siècle. (« Bédarieux est une
ville du Diocèse de Béziers… la rivale de Lodève pour
l’habillement des troupes de Votre Majesté ». Lettre au Roi au
sujet des inondations de 1745.). En 1789, Bédarieux comptait quinze importantes fabriques de draps. L’Histoire
générale du Languedoc, livre XLVI, cite vers cette époque l’état
prospère de l’une de ces manufactures, la fabrique Fabregat (cette
usine faisait partie des immeubles appartenant aujourd’hui à M. Louis
de Cesso). En somme Bédarieux sous l’ancien régime fabriqua un peu de toutes les
espèces de draps connues à cette époque : londrins seconds,
mahouts, mahouts superfins appelés aussi draps de Sérail, serges,
draps de troupe et draps fins. On employait alors, pour la fabrication, des laines indigènes appelées :
laines de la Montagne, Ruffe, Longue Rouvière, Larzac, Montpellier ou
Provence, suivant l’origine : les laines étrangères étaient
celles d’Arragon, de Navarre ou de Barbarie. La plupart des opérations de la fabrication des draps étaient effectuées
à la main : le scardassage, le droussage et la filature des laines
étaient exécutés par des hommes ou des femmes qui avaient chacun
leurs outils. Pour filer la laine il arrivait que chaque fileuse, suivant qu’elle était
plus ou moins novice, rendait un fil d’un degré différent de
finesse. Les gens de la campagne s’occupaient de filer la laine durant
l’hiver ; en été, en raison des travaux de l’agriculture,
cette opération était laissée aux vieillards et aux enfants, d’où
obligation pour les fabricants de faire des approvisionnements
d’avance. Avec le temps l’huile employée pour filer devenait rance,
la laine s’échauffait et le fil devenait cassant, d’où avaries fréquentes
aux pièces d’étoffes. Le lainage se faisait à la main ; la tonte des draps avec des
ciseaux ; les presses hydrauliques n’étaient pas connues, les
anciennes presses étaient manœuvrées à bras d’homme. Les machines à lainer, à tondre et les presses furent introduites dans
le pays de 1809 à 1820 (la plupart des renseignements qui précèdent
sont extraits de la statistique du Département de l’Hérault en
1824). Les archives communales conservent une sorte de cahier sans date, sur
lequel sont collés de nombreux échantillons de draps. Plusieurs de ces
échantillons sont de fort belle qualité et ont encore gardé leurs
couleurs intactes. Bédarieux, sous l’ancien régime, comptait deux papeteries. La première
sise au moulin vieux, dit de Peilhé, occupait l’emplacement du moulin
Gaillard aujourd’hui ; elle existait depuis très longtemps, au
moins depuis le XVIè siècle. La deuxième papeterie, sise au moulin
neuf, sur le ruisseau des Douzes, aurait été fondée en 1750. Nous
n’avons trouvé aucun renseignement sur les marchandises fabriquées
dans ces usines. Les tanneries ont commencé à s’installer à Bédarieux vers la fin du
XVIIè siècle, époque à laquelle de Basville, Intendant du Languedoc,
cite l’état florissant de cette industrie dans la province. Pour la
fabrication du tan de nombreux moulins à rusque existaient sur Vèbre
à côté des moulins à blé. Diverses fabriques de chapeaux, de chandelles, de coutellerie, de
chaudrons, etc… contribuaient encore à la prospérité industrielle
de la ville. Il convient, avant de terminer cette rapide énumération, de citer une
industrie qui était la spécialité de Bédarieux : la fabrication
des bas de poil d’Inde. « On y employait la laine et le coton ;
l’Espagne et la Suisse fournissaient les principaux débouchés :
les métiers à bas furent introduits par contrebande en Espagne, et il
y eut émigration d’ouvriers ; la consommation diminua, les
fabricants employèrent des matières de mauvaise qualité, et
l’accumulation des marchandises mal fabriquées détermina la ruine
des détenteurs… L’accroissement du luxe et le perfectionnement que
les mécaniques ont apporté dans les filatures de coton et de laine,
contribuèrent aussi à la ruine de cette industrie. Bédarieux
fabriquait, par semaine, 200 douzaines au prix de 24 francs, ce qui
donnait un total de 10 400 douzaines et de 249 600 francs. Le dixième
de la population d’alors était occupé à ce travail, dont la
cessation date de la fin du dernier siècle » (statistique du Département
de l’Hérault en 1824). Le développement considérable de l’industrie faisait de Bédarieux un
centre commercial important. On a vu au sujet de la fabrication des
draps que depuis l’année 1530 environ, Bédarieux exportait
activement ses produits dans le Levant. Lorsque ce débouché lui manqua
par suite des guerres maritimes avec l’Angleterre pendant la Révolution,
ses draps furent exportés en Italie, en Suisse et en Espagne. Bien antérieurement
à cette époque, Bédarieux fabriquait pour l’intérieur de la
France. On a vu également que l’Espagne et la Suisse étaient
tributaires de ses bas de poil d’Inde. Bédarieux était l’entrepôt des grains de la montagne, des produits
fabriqués dans les verreries de Camplong et d’Hérépian, dans les
papeteries de Boussagues et de St-Geniès de Varensal, dans les
clouteries de Camplong et de St-Gervais. De Bédarieux partait vers la
plaine le seul chemin carrossable servant de débouché à toute la région.
Le charbon de Graissessac qui arrivait en ville à dos de mulets
repartait en charrettes sur Béziers. Les consuls et les différents conseils de Bédarieux défendaient avec
beaucoup d’énergie les intérêts commerciaux de la cité. On a vu
comment les poids et les mesures étaient surveillés, comment les
produits manufacturés étaient marqués soigneusement, comment la
contrefaçon était surveillée, comment on s’efforçait
d’entretenir des chemins praticables pour le commerce ; on verra
plus loin les efforts des consuls pour obtenir et organiser les foires
et les marchés. Les délibérations du conseil de la communauté nous montrent encore les
démarches faites après des pouvoirs publics pour défendre ces mêmes
intérêts. En 1768, d’accord avec les villes de Carcassonne et de
St-Chinian, Bédarieux envoya un mémoire aux Etats du Languedoc pour réclamer
la liberté du commerce, notamment avec les régions du Levant. En 1771,
nouvelle délibération pour protester contre la locatairerie des mines
de Graissessac à M. Gayral. Ce dernier avait élevé le prix du charbon
de telle sorte que le prix du transport des marchandises sur Béziers et
Narbonne avait augmenté. Les transports étaient en effet peu chers
auparavant parce que les voituriers qui venaient porter des grains ou
des marchandises à Bédarieux, emportaient au retour le charbon
qu’ils trouvaient sur place à bon marché. Depuis l’augmentation du
prix du charbon, les transports avaient diminué en nombre et le
commerce était paralysé. Bien d’autres délibérations, trop longues à citer, ont également
pour objet, la défense des intérêts commerciaux de la cité. Le 14 décembre 1788, dans une réunion du Conseil général de la
communauté au sujet des élections aux Etats de la Province, de Basset,
maire de Bédarieux, résumait en quelques mots, la situation
industrielle et commerciale de la ville. On trouvera peut-être la
description trop belle, mas on devra tenir compte à la fois du style
pompeux de l’époque et du but poursuivi par la maire. Cette délibération
qui devait être imprimée, était destinée en effet aux ministres de
Villedeuil et Necker. En faisant une sage mesure de la part d’exagération,
on aura sous les yeux un tableau très complet de la situation économique
de Bédarieux à la veille de la Révolution : « Si on daigne arrêter les regards sur l’intérêt national
qu’on doit agiter, sur la population relative de cette ville, sur son
influence sur le commerce du dedans et du dehors, sur ses diverses
manufactures qui nourrissent 20 000 ouvriers répandus dans les diocèses
de Béziers, de St-Pons, de Castres, d’Agde, de Narbonne, de Vabre…
la faible réclamation de cette ville paraîtra digne de l’attention
des ministres… La ville de Bédarieux soutient presque seule
aujourd’hui la branche la plus brillante du commerce de la France,
celle des Echelles du Levant ; indépendamment de cette
consommation étrangère de ses draps et de la nationale qui s’étend
tous les jours, elle en expédie pour les deux Indes et rend ainsi ces
deux parties du monde tributaires de ses manufactures. La fabrique de
bas de poil d’Inde dont on lui doit l’invention est la plus considérable
de l’Europe. Les rameaux de sa féconde industrie étonnent par leur
nombre, papeteries, martinets, chaudronneries, savonnerie, fabriques de
chapeaux, tanneries dont les peaux et les cuirs sont fort recherchés,
coutelleries, teintureries, tissage de soye, manufactures de diverses étoffes,
dépôts de charbon de pierre ; verrerie de verre noir, verrerie de
verres à vitres à ses portes, elle embrasse tout ; sa grande
correspondance lui vaut 6 courriers par semaine quoiqu’elle soit éloignée
de 5 grandes lieues de la ligne de la poste ». Les guerres terrestres et maritimes, et les troubles intérieurs de la Révolution
allaient enrayer pour quelques années l’essor de cette prospérité. Les archives de la ville ont conservé les Lettres Patentes délivrées
par les rois et autorisant la création des foires et marchés. Ces
vieux parchemins qui portent encore avec la signature des rois, les
sceaux en cire et les lacs en soie verte et rouge, sont les titres de
noblesse du commerce de la cité. Ils attestent par leur ancienneté de
l’importance économique de Bédarieux aux siècles passés. La plus ancienne de ces Lettres Patentes date de 1529. Cet acte fixe l’établissement
de deux foires : « François par la grâce de Dieu, Roi de
Rance, à tous présents et à venir, salut. Faisons savoir à tous que
sur l’humble supplication de notre bien aimé frère Robert de la Rouy,
abbé du monastère de St-Martin et Villemagne et Seigneur temporel du
lieu de Bédarieux…. Etablissons la première (foire) le jour de St-Thomas l’apôtre (21 décembre)
et l’autre jour de St-Pierre (29 juin)… Donné à Romorantin, le 22 du mois de juin de l’an de grâce 1529 ». La seconde de ces Lettres Patentes fut donnée par le roi Henri IV en
janvier 1595. Comme ce dernier acte contient divers détails intéressants
sur l’organisation des foires, sur la Ville et sur les règlements du
commerce, il a paru intéressant de la publier in-extenso, en même
temps que la lettre du sénéchal de Carcassonne et de Béziers : LETTRES PATENTES DE SA MAJESTE, portant établissement des Foires et
marchés dans la ville de Bédarieux. Du mois de janvier 1595. « HENRY, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre :
A tous présents et à venir, SALUT ; sçavoir faisons. Nous avons
reçu l’humble supplication de nos bienamés les habitants du Lieu de
Bedarrieux au Diocèse de Béziers ; Contenant, que audit lieu qui
est assis sur la rivière d’Orb en païs fertil, y affluant toutes
sortes des marchandises, desquelles lesdits habitans ne peuvent avoir la
délivrance, vente et expédition, ainsi qu’ils feroient, s’il y
avait encore deux foires, outre les deux qui y sont jà établies, et un
marché par chacune semaine, ce qu’ils nous ont très humblement fait
supplier et requérir, pour la commodité, profit et utilité, tant
d’iceux habitans que autres nos sujets, les y vouloir créer et établir,
et sur ce impartir nos lettres requises et nécessaires. NOUS, à ces
causes, désirant donner moyen et occasion à nos sujets de faire et
continuer avec leur commodité, le commerce et trafic de marchandises,
et autres considérations à ce nous mouvant, avons, de notre science,
grace spéciale, pleine puissance et autorité royale créé, ordonné
et établi, créons, ordonnons et établissons par ces présentes audit
lieu de Bedarrieux, deux Foires par chacun an, outre lesdites deux qui y
sont jà établies, comme dit est à sçavoir, l’une le premier mai,
et l’autre au lendemain du jour et fête de Toussaints, et ledit marché
par chacune semaine, lequel se tiendra au jour de lundi ; voulons
et nous plaît, qu’en toutes foires et marché, tous marchands et
autres, puissent aller, venir, séjourner, fréquenter, acheter, vendre,
troquer et échanger toutes sortes des marchandises, bonnes, licites,
honnêtes et non prohibées par les lois, statuts et ordonnances de
notre Royaume, et qu’ils jouissent de tous privilèges, franchises,
libertés et immunités dont l’on a accoûtumé de jouir et user ès
autres foires et marchés de notre royaume, pourvu toutesfois que
lesdits jours il n’y ait, à quatre lieues à la ronde dudit lieu de
Bedarrieux, semblables foires et marchés, auxquelles ses présentes
puissent préjudicier. Di donnons en mandement, par ces mêmes présentes,
au sénéchal de Carcassonne, eu son lieutenant audit Béziers, et à
tous nos autres justiciers et officiers présens et à venir, et à
chacun d’eux si comme à lui appartiendra, que nos présentes création
et établissement desdites foires et marchés ils fassent, souffrent et
laissent les dits habitans et leurs successeurs, ensemble les marchands
allans, venans et fréquentant lesdites foires et marché, jouir et user
pleinement, paisiblement et perpétuellement, les faisant lire, publier
et signifier à son de trompe et criés publiques, aux lieux
circonvoisins et ailleurs, comme il appartiendra ; permettant
auxdits habitants et auxquels nous avons permis, accordé et octroyé,
de notre grace spéciale, par ces présentes, faire construire et édifier
audit lieu de Bedarrieux halles, bancs, étaux et autres choses requises
et nécessaires pour tenir leurs foires et marchés, sans en ce leur
faire mettre ni souffrir leur être fait, mis ou donnés leur étoient,
les remettent et réparent au premier état et deu ; CAR TEL EST
NOTRE PLAISIR et afin que ce soit foit chose ferme et stable à
toujours, nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes, sauf
en autre chose notre droit, et l’autrui en toutes. DONNE à Paris, au
mois de janvier l’an de grace mil cinq cent quatre-vingt-quinze, et de
notre règne le sixième ; Par le Rois à sa relation, THOMAS. Visa contentor, COMBAUD. JEAN DE LEVIS, Maréchal de la Foi, Vicomte de Monfergue, Chevalier de
l’Ordre du Roi, capitaine de cinquante hommes d’armes de ses
ordonnances, sénéchal de Carcassonne et Beziers : Au premier
huissier ou sergent sur ce requis, SALUT. Comme cejourd’hui date des
présentes, par notre lieutenant général et président soussigné, a
été prononcé l’ordonnance suivant : Vu les lettres patentes du
Roi en forme de chartres, obtenues par les consuls et habitans du lieu
de Bedarrieux, diocèse de Beziers, données à Paris au mois de janvier
1595, signés sur le repli, par le Roi à sa relation, Thomas, visa
contentor Combaud, scellées du grand scel à cire verte, en lacs de
soye rouge et verte, pour lesquelles et pour les causes y contenues,
sadite Majesté auroit créé, ordonné et établi deux foires par
chacun an, outre les deux fories qui y font jà établies, et un marché,
par chacune semaine audit lieu de Bedarrieux, pour y être d’hors en
avant tenues et entretenues, sçavoir, l’une foire le premier jour du
mois de mai, et l’autre le lendemain du jour et fête de Toussaints,
et le marché le lundi de chacune semaine, auxquelles foires et marché
toutes personnes pourront librement aller, venir et séjourner, vendre,
troquer, acheter et échanger toutes sortes de marchandises et denrées,
licites et convenables et jouir des mêmes privilèges que en autres
foires et marchés du Royaume, pourvu que de quatre lieux à la ronde ne
y ait auxdits jours aucunes foires et marchés. Requête présentée par
lesdits consuls dudit lieu de Bedarrieux pour l’enregistrement et
effectuation desdites lettres patentes, ensemble le consentement du
Procureur du Roi. NOUS, lieutenant, suivant délibération du Conseil,
avons ordonné et ordonnons que lesdites lettres seront enregistrées
aux registres du présent siège, pour jouir par lesdits habitants et
consuls dudit Bedarrieux du contenu d’icelles selon leur forme et
teneur, et en ce faisant, qu’ils jouissent à l’avenir de ladite création
et établissement des foires et marchés pleinement et paisiblement, sçavoir
de ladite foire du premier de mai et du lendemain du jour de la fête de
Toussaints, et le dit marché de lundi de chacune semaine, ensemble les
marchands y fréquentant, sans leur faire ni souffrir leur être fait,
mis et donné aucun trouble à ce contraire, et jouir des mêmes privilèges
que les autres foires et marchés du présent royaume, et néanmoins que
lesdites foires et marchés seront publiés et enregistrés en tous les
sièges et juridictions tant royales que ordinaires de notre ressort en
la manière accoûtumée, afin que personne n’en prétende ignorance ;
permettons auxdites fins, auxdits consuls et habitans, de faire bâtir
et construire audit lieu de Bedarrieux bancs et étaux et autres choses
nécessaires pour tenir lesdites foires et marché. Darnoye, ainsi signé
comme au régistre ; en foi et témoin de quoi avons fait expédier
les présentes par notr greffier soussigné, et icelles fait sceller du
scel royal et ordinaire dudit siège. FAIT à Beziers le douzième jour
du mois de décembre mil cinq cent quatre-vingt-dix-sept. DARNOYE, signé.
Et plus bas, BERTUEL, greffier, signé. Collationné par nous Ecuyer, conseiller secrétaire du Roi, Maison,
Couronne de France en la Chancellerie près la Cour des Comptes, Aides
et Finances de Montpellier. Les présentes lettres ont été publiées ledit mois de décembre 1597,
dans les villes de Bedarrieux, Beziers, Pezenas, Lodève et Clermont,
suivant les verbaux des Trompettes et huissiers desdites Villes, couchée
au dos de l’ordonnance de M. le sénéchal de Beziers ci-dessus ». Bédarieux est doté par conséquent depuis la fin du XVIè siècle, de
quatre foires annuelles et d’un marché par semaine. Ces foires
paraissent avoir été toujours fort suivies ; autrefois comme
aujourd’hui elles étaient renvoyées en cas de mauvais temps. Les registres des archives qui notent beaucoup de décisions de ce genre,
donnent également, pour le XVIIIè siècle, les emplacements que
devaient occuper en ville les marchants des diverses catégories. A
cette époque la foire proprement dite se tenait dans l’ancienne rue
Neuve, devenue Grand’Rue. A gauche, en descendant la rue vers le
Planol, se trouvaient les fromagers, les boulangers, les pangoussiers,
les épiciers et les droguistes ; autour de l’ormeau du Planol,
les marchantds de verre et de cristal ; en remontant la rue à
gauche, les faïenciers, les cloutiers, les ferratiers, les firpiers,
les caussatiers, les marchands de souliers ; au coin de la place du
jardin de la communauté (place de la République), les marchands de
coques, gâteaux, échaudés ; au-delà (en montant vers la mairie
actuelle), les mangoussiers qui vendaient la chair salée ou fraîche ;
sur la place du jardin de la communauté, les marchands de châtaignes,
de noix, d’amandes, de légumes, de meubles et d’ustensiles divers.
Les bestiaux se tenaient sur la Promenade de la mairie actuelle. En ces jours de grandes foires, l’enceinte encore restreinte de Bédarieux
était trop étroite pour contenir la foule des vendeurs et des
acheteurs. Les charrettes d’ailleurs peu nombreuses à cette époque
ne stationnaient pas en ville, les montures devaient aller au pas. Dans
les rues, étroites de la cité la circulation était difficile. Les
petites boutiques encombraient de leurs étalages une partie de la voie
publique. Les propriétaires des environs, les marchands, arrivaient à
cheval et se frayaient difficilement un passage au milieu de la cohue
des vendeurs, des acheteurs, des badauds et des rudes paysans descendus
de la montagne. Ici un pangoussier débitait bruyamment sa marchandise,
là un charlatan, le tricorne sur l’oreille, retenait autour de lui
les curieux par son intarissable faconde, plus loin un joueur de
gobelets, guettant l’arrivée du valet de ville et prêt à disparaître,
éblouissait les badauds, par son adresse à escamote les objets et
les… bourses. Dans une hostellerie quelques compagnons en venaient aux
mains après boire ; la foule s’amassait ; un consul revêtu
de son chaperon, précédé d’un valet de ville et suivi de son
greffier, se hâtait pour rétablir l’ordre. L’explication se
terminait généralement par l’envoi des belligérants en prison
close, suivant l’expression de l’époque. La foire durait jusque vers le milieu de l’après-midi ; les
chemins étant peu sûrs, les étrangers devaient partir de bonne heure
pour ne pas voyager de nuit. Et lorsqu’à l’heure du couvre-feu le
dernier étranger avait disparu, lorsque les boutiquiers et les
bourgeois avaient barricadé soigneusement leurs portes, on
n’entendait plus dans les rues à peine éclairées de la vieille
ville, que les chants et les cris des tapageurs nocturnes qui
troublaient si souvent le repos des consuls et des paisibles Bédariciens. |