CHAPITRE VI 

LA VILLE DE BEDARIEUX EN 1660. 

SES AGRANDISSEMENTS JUSQU'A LA REVOLUTION.

La ville d’après le compoix de 1660 : rues, places, faubourgs, banlieue, moulins. Origine de ses monuments : hôpital ancien, Eglise St-Alexandre, clocher, maison presbytèrale, Hôtel-de-Ville, prisons, moulin à huile, fours banaux, Hospice St-Louis. Domaine de Labastide et hameau de Nissergues. Pont vieux, pont de Vèbre, rues, places, chemins de Béziers, du Rouergue, des montagnes d’Alby, etc…

 

près la construction du Pont-Vieux, Bédarieux s’étendit le long de la rive gauche de l’Orb dans la direction du futur quartier du Vignal. Suivant ce mouvement d’extension l’enceinte de la ville se déplaça peu à peu vers le nord. Cette enceinte fut portée successivement de la place aux Herbes à la rue du Puits, de la rue du Puits à la rue Ratié et enfin de rue Ratié à la rue de Fer, comme nous l’indique le compoix de 1660 que nous allons étudier.

 

A cette époque, les murailles de la ville partant de la porte de Béziers, c’est-à-dire de l’emplacement actuel de l’auberge de la Croix Blanche, suivaient le cours du torrent de Vèbre (Place Cot, rue de la Rampe), puis le cours de l’Orb jusqu’au Pont-Vieux, où se trouvait une porte. Une deuxième porte existait à l’entrée de la rue du Vignal, sur le Planol. A partir de là, le rempart englobait la rue de Fer, coupait la place et la rue de la République, longeait la Place aux Fruits et remontait vers le Château par les rues Sur-le-Puits et de l’Hôpital-Ancien.

 

On a déjà vu qu’une partie de ces murailles avaient été détruites après le siège de 1622. Une délibération du 24 août 1649 ne laisse d’ailleurs aucun doute à cet égard ; il est question de réparer, avec des pierres sèches, les brêches des murailles et de consolider les portes du Pont et du Pourtalet.

 

Les rues de la ville comprises dans cette enceinte n’ont guère changé depuis 1660. Quelques-unes d’entre elles ont seulement perdu leurs anciens noms. En partant du quartier du Vignal, on trouve : la rue de Fer (cette rue se serait appelée au XVIIè siècle : rue d’Enfer. Elle aurait été ainsi baptisée par les catholiques à cause de la présence du temple protestant), la rue Droite, la rue du Puits, la rue Séguy (rue de l’Unité), la rue Boutet (rue Roujeac), la rue de Revel (rue Campagnac) et la rue du Païssel (rue du Moulin à Huile). En remontant de là vers le château, on rencontre l la Place (Place aux Herbes), le Bouttou (Place du Rour vieil, rues du Porche et de la Planque), le Jeu de Balon et la rue de Balon (rue St-Alexandre, depuis Vèbre jusqu’au pied du clocher).

 

Une partie de la place Cot actuelle formait promenade sur le bord de Vèbre, tandis que l’autre partie et l’espace compris jusqu’à la rue du Cimetière ancien étaient occupés par le cimetière catholique.

 

Le faubourg du Château, le long de la route de Béziers, comptait quelques maisons ou loulins.

 

Le faubourg du Pont comprenait les rues actuelles, de l’Aqueduc St-Louis, du Centre et une petite partie de la rue St-Louis à l’entrée du Pont Vieux. Ce faubourg ne comptait que 27 maisons, la ville, faubourg du château compris, en comptait 258.

 

Au dehors de la ville le compoix signalait le faubourg du Vignal (rue du Vignal actuelle) qui se continuait par le chemin de Lunas le long de l’Orb ; les maisons et moulins al Trousso (faubourg Trousseau, les ponts sur Vèbre n’existent pas encore) ; enfin un certain ombre de maisons et de moulins situés sur les ruisseaux de Vèbre et de Carlencas.

 

Moulins à drap : sur Vèbre, Julien Médailhe, Barthélemy Basset, Abbes Guillaume, Bonnet Guillaume : au chemin de Carlencas, Abbes Guillaume : à las Douzès, les hoirs de Guillaume Abbes, Viguier de Pézènes ; au moulin de Campanié, André Campanié vieux et André Campanié jeune.

 

Moulins à blé : sur Vèbre, Cruveillé Abraham, Guillaume Abbes ; sur l’Orb et Vèbre, Abbes Guillaume (usine de Cesso) al Trousso, Français Abbes ; au moulin de Campanié, André Campanié ; au mas de Pielhé, Anthoine Peilhé.

 

Papeterie : au mas de Peilhé, les hoirs de David Balbiac (moulin Gaillard aujourd’hui). (Le moulin de las Douzès est l’immeuble Souriguier actuel, à côté de la source des Douezs ; le moulin de Campanié qui n’existe plus était situé dans l’ancienne cote de Béziers ; le moulin de Bouquié est l’usine Cavanac d’aujourd’hui).

 

A côté du mas de Peilhé et non loin de l’ancien chemin de Béziers se trouvait une petite chapelle, dédiée à Saint-Etienne, chapelle qui a disparu depuis cette époque.

 

Avant de terminer cette rapide description de Bédarieux en 1660, il ne faut pas oublier de mentionner le cimetière protestant qui était situé au quartier du Vignal entre les maisons de la rue de Fer et les murailles de la ville. (Au bout de la rue du Fer, sur le Planol, la maison de F. Abbes confronte « au Midy au Planol, au levam Barbonié, au coucham Jean Fabre et d’aquillon le cimetière de la R. P. R., ruelle de doutze pans entre deux » - compoix de 1660).

 

A partir de 1660, les guerres régionales ayant cessé, la prospérité de la ville ne cessa de s’accroître. On voit dans une délibération, en date du mois de mai 1762, que la population de la ville était passée de 400 familles en 1664 à 700 familles en 1762. Bédarieux s’agrandit principalement dans la direction de la Digue, au-delà de la rue Neuve ou rue de la République actuelle.

 

La construction d’un Hôpital fut décidée par une délibération du mois de mars 1670. on choisit comme emplacement « le coin du cimetière, près le chemin de Béziers, au faubourg du château ». Ce bâtiment existe encore dans la rue de l’Hôpital-Ancien. A la même époque, divers immeubles se construisirent dans le même quartier.

 

En 1726, la ville donna une terre aux R.P. Capucins, au bout de la rue du Vignal, pour leur permettre de construire un couvent. Sur cet emplacement devait s’élever, au début du XIXè siècle, le collège actuel.

 

En 1747, Théron le premier, puis les divers habitants de la Rampe de Vèbre, obtinrent l’autorisation de joindre par une voûte le premier étage de leurs maisons au rempart de la ville. Ainsi se forma la rue actuelle de la Rampe.

 

Au début du XVIIIè siècle la rue des Aires et diverses petites rues du même quartier se créèrent peu à peu.

 

L’Hort de la communauté, autrefois jardin sis en dehors des murailles de la ville, devint une place dès la fin du XVIIè siècle. Cette place devait changer de nom sous tous les régimes : de place de l’Hort de la Communauté, elle devint place de la Liberté sous la Révolution et le premier Empire, place Royale à la Restauration, place d’Orléans en 1830, place de la République en 1848, place Napoléon sous le second empire et de nouveau place de la République après 1870.

 

En 1753, on perça le rempart sous le cimetière pour créer la rampe qui descend de la place Cot dans le ruisseau de Vèbre.

 

Ce ruisseau et surtout le fleuve torrentueux de l’Orb n’ont pas cessé d’être pour la ville de Bédarieux de dangereux voisins. On les voit, plusieurs fois par siècle, grossir brusquement, envahir la ville et causer d’immenses dégâts. Les réparations occasionnées par ces inondations où les frais de dépense contre ces deux cours d’eau ont grevé de tout temps le budget de la Cité. On a vu qu’à la suite de la terrible inondation de 1745, la construction de la digue, dite de la Perspective, avait été projetée. Les travaux commencés peu après ne furent complètement terminés qu’en 1785 par la fermeture d’une brêche que l’Orb avait formé en haut du Jeu de Mail.

 

Le Cimetière catholique ancien, qui était situé en partie sur la place Cot en partie en face St-Alexandre, pouvait avoir par sa position dans la ville même, une néfaste influence sur la santé des habitants. De plus, le chemin de Béziers qui longeait la partie nord du cimetière était extrêmement étroit et la circulation y était des plus difficile. Pour ces deux causes les Consuls demandèrent en 1770 l’autorisation de transférer ce cimetière aux Horts, c’est-à-dire à proximité de la promenade actuelle de la mairie et de la rue Saint-Alexandre. L’autorisation fut accordée en mars 1771 ; il n’y eut pas transfert des corps ; le chemin de Béziers fut élargi et la promenade de Vèbre agrandie. Au cours du XVIIIè siècle le cimetière protestant fut également transféré du quartier du Vignal au Jardin des Plantes actuel.

 

En 1772, le prolongement de la rue Neuve, devenue Grand’Rue (Rue de la République) fut décidé. Cette nouvelle voie fut ouverte jusqu’au pied de la montagne en 1775 ; en même temps la rue du Jeu de Balon (rue St-Alexandre) fut prolongée jusqu’à la Grand’Rue et peu après jusqu’à la Digue « ou muraille de la ville » (rue F. Fabre).

 

Une décision du Tribunal de police, de l’année 1777, nous apprend que les jours de foire les bestiaux devaient se tenir sur la place sise entre le Tourbelle et la Digue (Promenade de la Mairie) place « récemment acquise » par la ville.

 

En 1780, plusieurs immeubles furent construits au faubourg Trousseau.

 

Le pont sur Vèbre placé à l’extrémité de la rue St-Alexandre existait depuis le commencement du XVIIIè siècle. Il fut démoli avec une partie du quai par l’inondation de 1766 et reconstruit en 1770.

 

En 1784, le promenade de Vèbre (Place Cot) fut aménagée telle que nous la voyons aujourd’hui. On couvrit l’aqueduc qui la séparait de la rue du Jeu de Balon, le quai de Vèbre fut réparé et des orneaux furent plantés.

 

La même année plusieurs habitants commencèrent à acheter des terrains sur le talus de la Digue pour construire des maisons. Ces achats durèrent jusqu’au début du XIXè siècle et ce fut ainsi que se bâtit peu à peu la rue de la Digue ou Ferdinand Fabre.

 

En 1788 un pont fut établi que le ruisseau de Madènes pour le passage du chemin de Lunas.

 

La même année 1788 diverses tanneries furent construites en amont du faubourg, ainsi que les moulins à foulon et ateliers de fabrication de draps des frères Martel (Usine Galabru et Marquier). L’installation de ces usines mettant les habitants du faubourg du Pont dans l’impossibilité de prendre dans la rivière l’eau nécessaire aux besoins des ménages, il fallut donner suite aux vives réclamations de cette partie de la population qui comptait déjà six cents âmes et construire un puits sur la rive droite de l’Orb.

 

L’établissement de l’usine des frères Martel fut un petit événement local. Les travaux de construction du canal présentèrent, en effet, de grandes difficultés et l’importance du nouvel atelier allait donner un plus grand essor à l’industrie drapière. « On avait, paraît-il, apposé sur les murs de cette usine une inscription latine, pour perpétuer le souvenir de cette œuvre importante et pour servir d’exemple à la postérité : Hoec trium fecit concordia fratrum ».

 

L’Hôtel-de-Ville primitif était situé rue Ratié (rue Maison-de-Ville) ; il donnait également sur la rue Droite. C’est probablement l’immeuble très ancien qui existe encore à l’entrée de la rue Droite. Cet Hôtel-de-Ville fut incendié pendant le siège de 1622.

 

Une seule pièce en mauvais état, servant de salle d’archives, fut également utilisée comme salle commune jusqu’en 1706. A cette époque l’Hôtel-de-Ville fut transféré dans un bâtiment contigu à l’Eglise et placé au bas du clocher. Ce dernier immeuble a été démoli au cours du XIXè siècle.

 

Les prisons étaient situées dans la petite rue Traversière qui joint la Grand’Rue à la rue du Puits. L’inféodation faite le 13 octobre 1638 par l’abbé de Villemagne au sieur Guillaume Abbes, du terrain sur lequel sont bâties les prisons de Bédarieux, en est la preuve. Le compoix de 1660 nous signale à en effet, à l’extrémité des rues Droite et Ratié, les immeubles du sieur Guillaume Abbes. Au plan cadastral actuel la rue Traversière porte aussi le nom de rue des Vieilles prisons. A une époque imprécise ce local cessa d’être utilisé et sous la Révolution ce fut le second étage du clocher qui servit de prison.

 

On a vu au IIè chapitre de cette histoire que l’ancienne église de Bédarieux, sise sur l’emplacement actuel de Saint-Alexandre, doit remonter aux origines mêmes de la ville. On a vu également par divers actes que cette église est placée, au moins depuis 1238, sous le vocable de St-Alexandre. Reconstruite au XVè siècle, elle fut détruite par les protestants en 1563. Au début du XVIIè siècle les abbés de Villemagne et les catholiques de Bédarieux s’entendirent pour réunir les fonds nécessaires à sa reconstruction. A cet effet, une contribution dite du dixième fut établie sur la ville. Quelques contestations éclatèrent d’ailleurs à ce sujet entre Bédarieux et les abbés de Villemagne, notamment en 1632.

 

Une première restauration fut effectuée en 1650. Les travaux définitifs de reconstruction furent adjugés le 24 janvier 1687, par devant notaire, à Bédarieux, au maître-maçon Varnier de Béziers, moyennant la somme de 3 500 livres.

 

Avant l’année 1707, les cloches étaient placées dans un clocher en bois, situé près de la sacristie. La construction du clocher actuel fut entreprise en 1707 et terminée en 1724.

 

La maison presbytérale qui existe encore aujourd’hui a été commencée le 29 janvier 1668.

 

Le Moulin à huile avait été acheté par la Communauté en 1626 à un prêtre nommé Ricard. Situé dans la rue du Païssel (aujourd’hui rue du Moulin à huile) ce bâtiment coûta à la ville des réparations continuelles, en raison de son mauvais état et par suite des dégâts que lui firent subir de nombreuses inondations.

 

La ville comptait deux fours banaux qui appartenaient en fief aux abbés de Villemagne. Un de ces fours était situé « aux houmeaux », à l’entrée du faubourg du Vignal, sur le Planol. Une sentence du Sénéchal, en date du 19 janvier 1605, reconnut au syndic de Villemagne le droit de défendre aux habitants de Bédarieux, de construire des fours particuliers et de prendre du bois dans les guarrigues. En 1670, les habitants de Bédarieux, d’accord avec les abbés de Villemagne, reconnurent que « le four bannier des hourmeaux » mis hors d’usage par les inondations, devait être déplacé. Les Religieux consentirent à donner dans ce but la somme de 350 livres. Le vieux four fut démoli, mais les consuls ne se décidèrent à faire construire le nouveau que devant les menaces d’un procès que les bénédictins de Villemagne furent sur le point de leur intenter quelques années plus tard. Le second four banal, appartenant également aux abbés de Villemagne, était situé, au XVIIIè siècle, dans un immeuble de la rue du Balon (rue St-Alexandre) entre les rues du Four et de l’Hôpital-Ancien. Antérieurement, ce four se trouvait al Bouttou (plan du Four viel). (Les religieux de Villemagne ont un four à cuire le pain al Bouttou, séparé de la muraille de la ville par la maison de Sabatier Jacques – Archives Communales – Compoix fin XVIè siècle).

 

Le Pont-Vieux est de construction très ancienne, comme on l’a déjà vu au IIè chapitre. Beaucoup plus étroit qu’aujourd’hui le vieux pont fut très souvent dégradé par les inondations. Les adjudications des travaux nécessaires à ses réparations figurent très nombreuses dans les délibérations des consuls. Parmi ces adjudications nous citerons celle qui fut donnée devant le Conseil du Diocèse à Béziers, en 1658, moyennant la somme de 1 320 livres et qui amena une importante restauration. Le vieux pont fut presque entièrement reconstruit après l’inondation de 1745.

 

L’Hôpital St-Louis a été construit en 1776. Les Etats de la Province ne donnèrent un avis favorable à son établissement qu’à la condition expresse qu’un autre hôpital de la région serait supprimé ; le choix de cette suppression tomba sur l’hôpital de Villemagne. Comme les pauvres de Villemagne avaient des droits importants sur ce dernier établissement, le Conseil de cette communauté, sous la présidence de Coste, maire, décida le 22 avril 1756 de revendiquer ces droits et de s’opposer, si possible, à la construction de l’hôpital de Bédarieux. Ce conseil adressa au Parlement de Toulouse, le 5 janvier 1757, un mémoire dans ce but. Bédarieux « n’est qu’une dépendance de l’abbaye de Villemagne », disaient les Conseillers, « à Villemagne on ne compte que des anciens catholiques, tandis que tous les notables de Bédarieux sont protestants », « les revenus de l’hôpital seront en danger », « les pauvres de Villemagne seront séparés de leur hospice par un torrent furieux et rapide (la Mare ». Ce mémoire n’eut pas de succès : par Lettres Patentes de l’année 1775, le roi Louis XVI confirma l’établissement de l’hôpital de Bédarieux avec ses privilèges et franchises. Les revenus supprimés de l’hôpital de Villemagne furent donnés par le roi à celui de Bédarieux, à charge par ce dernier de recevoir et de secourir les pauvres de Villemagne.

 

Le territoire de la communauté de Bédarieux avait sous l’ancien régime, à peu de chose près, les limites de la Commune actuelle. On doit faire remarquer cependant que le domaine de Labastide et le territoire et le hameau de Nissergues ne faisaient point partie de la Communauté.

 

Le domaine de Labastide dont certains, à tort ou à raison, attribuent la première possession aux Templiers, paraît avoir été de tout temps la propriété de l’abbaye de Villemagne. Ce domaine, qui était estimé 40 000 livres, fut vendu avec ses droits, le 17 avril 1598, au moment de la vente générale du temporel ecclésiastique, à Thomas d’Avanson sieur de Conas. Par les alliances, il passa ensuite dans la famille des Thézan-Poujol.

 

Le baron du Poujol ne payant pas fort régulièrement les dîmes dues par ce domaine à l’abbaye de Villemagne, on voit, le 17 juin 1679, les abbés faire saisir le troupeau de Labastide. Puis, comme la famille de Thézan-Poujol persistait dans son attitude, les abbés se décidèrent le 21 décembre 1702 à revendiquer la propriété de la terre. Le procès qui suivit dut donner gain de cause à l’abbaye de Villemagne, puisque nous voyons celle-ci donner à bail le 1er septembre 1720, la métairie de Labastide à Aïn Félix, de Bédarieux.

 

Du hameau de Nissergues, on ne sait à peu près rien, si ce n’est qu’il avait, au moins depuis le XVIIè siècle, une chapelle succursalle dépendant de la paroisse St-Alexandre de Bédarieux. Le territoire du hameau faisait partie de la Communauté de Villemagne. Les archives communales n’ont rien conservé à cet égard.

 

En 1788, époque à laquelle s’arrête cette description de l’ancien Bédarieux, la ville comprenait : une partie du faubourg Trousseau, le faubourg du château jusqu’au bout de la rue Glacière (à l’embranchement de la route de Clermont), le faubourg du Pont qui s’étendait de l’Orb à la colline et de l’immeuble Donadille à l’hôpital St-Louis, et la ville proprement dite qui avait pour limites, Vèbre, l’Orb, la rue de la Digue et la colline de la Tourbelle. (La population du faubourg du pont était passée de 130 habitants en 1660, à 500 en 1788).

 

Les routes, ou plus exactement, les principaux chemins qui existaient aux environs de Bédarieux, sous l’ancien régime étaient : le chemin de Béziers, le chemin de St-Raphaël, le chemin d’Hérépian ou des Montagnes de l’Albigeois, le chemin du Rouergue et le chemin de Lunas. Ces chemins mal entretenus, les subventions dans ce but étant des plus irrégulières, motivaient très fréquemment les réclamations de la Communauté de Bédarieux. On trouve, dans les archives, de nombreuses délibérations du Conseil, suppliant les Etats de la Province de venir en aide aux populations pour réparer ces chemins qui, étant peu nombreux, étaient plus fréquentés. Les transports de marchandises, les fréquents passages de troupes, les inondations et les grandes pluies, dégradaient considérablement ces voies de communication qui, à certaines époques de l’année, étaient impraticables même aux cavaliers.

 

Le chemin de Béziers, le plus important, puisque c’était par cette voie que s’écoulaient presque toutes les marchandises, n’était passable que sur le parcours Béziers-Laurens ; de Laurens à Bédarieux la voie n’avait jamais été terminée. Ce chemin était des plus étroits à hauteur de la rue Glacière et la côte du col du Bouys était toujours très mal entretenue. Plusieurs fois, mais en vain, le Conseil demanda l’achèvement du tronçon Laurens-Bédarieux. En 1724, la Communauté supplia les Etats d’accorder une subvention pour cette route, devenue impraticable aux charrettes portant les draps. La même année, les équipages du Régiment de Berry-Cavalerie, allant de Béziers à Bédarieux, furent arrêtés à quelques lieues de Béziers par l’état du chemin.

 

Le chemin de St-Raphaël ou des Aires, traversait le faubourg Trousseau (rue de l’Abattoir) et suivait le bord de l’Orb (chemin des Hortes). Le chemin d’Hérépian ou des Montagnes de l’Albigeois, partait du Pont-Vieux et suivait le bord de l’Orb jusqu’au delà de l’usine Donadille ; à partir de là, il se confondait avec le tracé actuel de la route de St-Pons. Ce chemin fut fréquemment dégradé par les inondations, du côté de Fasse-Bonne, notamment en 1669 et 1670.

 

En 1764, le 15 février, le Conseil de la communauté prit une délibération en faveur de la construction d’un nouveau chemin, pour aller dans les Montagnes d’Alby. L’ancien chemin passait par Hérépian, le territoire de Villecelle, Combes, Douch et l’Espinouse. Les consuls demandaient que ce chemin « trop mauvais en hiver et pernicieux aux voyageurs » fût remplacé par une nouvelle voie passant par Hérépian, Villemagne et St-Gervais.

 

Le chemin du Rouergue, partait du Pont-Vieux, suivait le quai de l’Orb et les bords de cette rivière. Fortement dégradé lui aussi par les inondations, il provoqua de nombreuses plaintes de la part des consuls, notamment en 1724. Les troupes se rendant dans les Cévennes, de 1700 à 1715, pour conbattre les Camisards, eurent fort à souffrir de l’état de cette route.

 

Le chemin de Lunas ou de Lodève, partait du Planol, suivait le faubourg du Vignal et la rive gauche de l’Orb ; c’est le chemin actuel de Pelissols et du Mas Blanc. Lui aussi fut souvent endommagé par les débordements de la rivière.

 

On pourrait enfin citer les chemins de Villemagne, de Boussagues de Carlencas, de Clermont et de Pézènes qui s’embranchaient respectivement sur les chemins d’Hérépian, du Rouergue et de Béziers. Les tracés de ces chemins subsistent à notre époque sans grands changements.

Retour table des matières