CHAPITRE VII 

LES CONSULS, LES CONSEILS DE LA COMMUNAUTE,

MAGISTRATS ET FONCTIONNAIRES,

POLICE, ECOLES.

Les consuls : leurs élections, leurs gages, etc… Histoire des livrées consulaires 1647 – 1768. Lettres patentes du roi à ce sujet 1768. Personnel communal. Conseil des notables et conseil général de la communauté. Attributions des Consuls et des Conseils : travaux de la ville, réclamations diverses, budgets, impôts, milice, fêtes, santé publique, terres vacantes, industrie, commerce, foires, engagements militaires, etc… Procureur du roi. Viguier du Seigneur. Huissier. Notaires. Tribunal de police, ses attributions : boulangers, bouchers, voierie, santé publique, observation du dimanche, procession du Corpus-Christy, bon des vendanges, fours, inhumations, femmes de mauvaise vie, joueurs, jongleurs, etc… Valets de ville. Receveur des Hospices et receveur des pauvres. Ecoles et régents.

 

n acte qui figure au chapitre II de cette histoire prouve que l’existence des Consuls ou syndics de la ville de Bédarieux doit remonter au moins au XIIè siècle. Ces consuls étaient au nombre de trois. En 1722, ce nombre fut augmenté. L’Orb ayant été choisi comme ligne sanitaire en raison de la peste, il fut absolument interdit, pendant plusieurs mois, de franchir ce fleuve depuis ses sources jusqu’à son embouchure. De ce fait le faubourg du pont fut totalement séparé de la ville. Le Conseil des notables demanda la nomination de trois consuls pour le faubourg afin de pourvoir à l’administration de ce quartier. Une décision du roi, en date de 25 avril 1722, autorisa Bédarieux à élire deux consuls pour la ville et deux pour le faubourg.

 

Les Consuls étaient élus chaque année au 1er janvier, pour un an. Ils recevaient des gages. Devant l’assemblée des notables, réunie le premier jour de janvier, chacun des consuls sortant de charge, désignait aux suffrages de l’assemblée deux candidats à la succession. Si, par suite d’une opposition quelconque, l’élection ne pouvait réussir, la séance était remise à quelques jours plus tard. L’obstruction faite par certains compétiteurs ou par des mécontents, obligea parfois le Conseil à se réunir à plusieurs reprises. Dès qu’ils étaient élus, les Consuls prêtaient serment ; ils juraient « sur les saints Evangiles de Dieu de faire le devoir de leur charge en Dieu et conscience ».

 

Les gages que recevaient les consuls étaient peu élevés. En 1770, M. Delasteulles, premier consul (qualifié également de Maire de la Communauté) demanda une augmentation. Il déclarait que vu l’importance prise par la ville, qui comptait alors 1 000 feux au moins, le travail des consuls, du greffier et du trompette avait bien augmenté, et que leurs gages légèrement relevés en 1734, étaient encore insuffisants.

 

Les consuls n’eurent un costume qu’à partir de l’année 1647. La question des livrées consulaires occupe tant de place dans les archives de la communauté que l’histoire de ces chaperons et de ces robes mérite d’être contée.

 

Le 3 août 1647, grande affluence au Planol des hourmeaux du Pont. Les trois consuls en exercice, Bonnet Guillaume, Fabre Jean et Laurès François, assistés du bailli Bonnet Anthoine, avaient convoqué la population. Bonnet Guillaume, premier consul, fit connaître aux habitants de Bédarieux l’honneur qui venait de leur échoir. Par lettres patentes du mois de mars 1645, le roi Louis XIV avait donné l’autorisation aux consuls de Bédarieux de porter une livrée consulaire : des chaperons mi-partie noirs et rouges. Une lettre d’Alexandre de Commaigne, sénéchal de Carcassonne, accompagnait l’envoi des lettres royales. L’assemblée décida l’enregistrement de ces parchemins et remercia le roi de cette bienveillance marquée.

 

Mais la commune n’était pas riche et la confection des chaperons coûta cher au budget, s’il faut croire les réflexions de certains mécontents. Le procès-verbal d’une réunion du conseil général de la communauté, en date du 25 janvier 1722 (au moment où le faubourg allait être séparé de la ville par suite de l’établissement du cordon sanitaire le long de l’Orb), mentionne à la fois les élections des nouveaux consuls du faubourg et le piteux état des livrées consulaires : « Le conseil politique a jugé à propos de faire la nomination de trois consuls pour la ville et trois autres pour le faubourg qui sont Srs Médailhe, Carion et Vernier à cause de la ligne que l’on va mettre à notre rivière d’Orb par laquelle toute communication cessera entre le faubourg et la ville.

A quoy le Sr Lavit a été opposant ; et à la nomination des consuls de la ville. Comme il importe que cela soit connu et du gred de toute la communauté et que les consuls du faubourg prétent leur serment, si la communauté l’aprouve, étant nécessaire de pourvoir au logement des troupes qui doivent arriver au premier jour et, au besoin du faubourg, requiert de délibérer.

E plus a été proposé par le Sr Escalle que les consuls du faubourg que de la ville devant être revêtus d’un chaperon pour marquer qu’ils exercent la fonction de leur charge. L’assemblée doit y pourvoir, attendu qu’il n’y a que trois chaperons, même fort usés, qu’il faudra remettre aux consuls du faubourg pour les faire conoitre des troupes et en faire faire trois pour les consuls de la ville… ».

 

Avec le temps, les chaperons parurent insuffisants. Les villes importantes de la province avaient de plus belles livrés consulaires : leurs consuls portaient des chaperons et de robes écarlates. La ville de Bédarieux estima qu’elle pouvait prétendre au même honneur.

 

Le 14 juin 1767, noble François Henri de Vidal de Las Treilles, seigneur de Las Theules, premier consul, exposa au Conseil politique de la communauté, le désir unanime des habitants d’obtenir du Roi la permission pour leurs consuls de porter la robe de drap écarlate comme leurs collègues des autres villes du Languedoc et « pour faire ainsi plus d’honneur à la magistrature politique et à la livrée du Roy ».

 

M. Cochin, avocat aux Conseils du Roi à Paris, consulté sur les démarches à faire pour aboutir, avait déclaré qu’il fallait produire un certificat émanant d’une autre ville du Diocèse ayant à peu près la même population que Bédarieux et dont les consuls fussent autorisés à porter la robe. Le premier consul avait déjà en main l’attestation du lieu de Gignac, bourg de 549 feux, certifiant que les consuls de cette ville avaient le droit de porter la dite robe, depuis le 17 mars 1536. Noble Delasteules ajoutait que la même faveur ne pouvait être refusée à Bédarieux, ville de 650 feux, possédant quatre foires considérables, un marché chaque semaine et « plus utile encore à l’Etat pour la fabrique distinguée pour les Echelles du Levant, souvent même occupé par ordre du Roy à l’habillement des troupes ».

 

La supplique fut adressée au roi et une active correspondance fut échangée avec l’avocat Cochin. Les lettres de ce dernier figurent aux archives et prouvent que les affaires administratives marchaient aussi lentement hier qu’aujourd’hui. Le 9 mars 1767, l’avocat est en possession du dossier et va s’en occuper ; le 14 juillet, il lui faut l’avis de l’Intendant de la Province (au point de vue administratif, Bédarieux était compris dans le Diocèse de Béziers, sénéchaussée de Carcassonne) ; le 24 octobre, il déclare que l’avis étant favorable la requête sera bientôt expédiée, mais qu’il faut envoyer cent livres pour les frais ; le 16 décembre, il prépare les mémoires, il compte envoyer les lettres patentes pour les étrennes du 1er janvier, mais il faut dès maintenant cent soixante douze livres ; le 4 février 1768, il met toute son activité à terminer la procédure « mais les affaires traînent beaucoup dans les bureaux et chez les ministres » ; le 7 avril, rien n’est encore achevé, tout ce qu’il pourra faire sera d’aller lui-même à Versailles presser le conseil ; le 6 juillet, il fait savoir que les lettres ne seront scellées que le 12 décembre ; le 8 juillet, il déclare que le montant des frais s’élèvera en définitive à 256 livres et qu’il attend les fonds sans retard. Dans l’intervalle, il avait fallu demander l’agrément de l’Intendant de la province et de l’abbé de Boizay, abbé de Villemagne et seigneur de Bédarieux.

 

Le 30 juillet 1768, les consuls émus par la lenteur et du coût de l’affaire demandèrent des renseignements au marquis de Montferrier, syndic du Languedoc. Ce dernier répondit : « je vois que vous ne connaissez pas les allures de MM. les avocats du Conseil, et la manière dont ils traitent ici les affaires qu’on ne finit qu’avec grand peine et beaucoup d’argent… l’avocat ne prend que 3 louis pour ses peines, soins et honoraires, ce qui n’est pas exorbitant veu le haut ton où sont ces messieurs… ».

 

La procédure coûta au total 328 livres. Les lettres patentes qui figurent aux archives communales et qui autorisent les consuls à porter la robe et le chaperon écarlate, avaient été signées à Versailles en juin 1768 et enregistrées à la Cour Présidiale de Béziers le 20 août suivant. Nous croyons intéressant de les reproduire in-extenso :

 

LETTRES PATENTES DE SA MAJESTE, qui permettent aux Consuls de la Ville de Bédarieux de porter la Robe et Chaperon écarlate. Du mois de juin 1768.

 

« Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre : A tous présens et à venir, Salut. Nos chers et bien amés les Maire et Consuls de la Ville de Bedarrieux en Languedoc, nous ont fait très humblement représenter que la ville de Bedarrieux est composée de six cens cinquante feux, et qu’elle devient de plus en plus considérable par l’étendue de son commerce, et le succès de la manufacture des draps que l’on y fabrique pour les échelles du Levant, ou pour l’habillement de nos Troupes ; qu’il y a tous les lundis de chaque semaine un marché qui fournit des grains à un grand nombre des villages de la montagne ; qu’il y a en outre quatre foires dans le cours de l’année qui sont très fréquentées ; que lorsqu’il arrive des désordres et des malversations, les Exposans sont, en qualité de Juges de Police, chargés de les réprimer ; qu’ils auroient dans les occasions moins de peine à faire reconnaître l’autorité requise dans les fonctions de leurs charges, s’il nous plaisoit leur accorder la permission de porter pendant leur Consulat un habillement distinctif, de même que les Officiers municipaux des autres Villes du Languedoc. Que le feu Roi notre très honoré Seigneur et Bisayeul leur auroit permis par Lettres patentes du mois de Mars 1645, de porter des chaperons mi-partis de rouge et de noir ; mais comme cette marque distinctive n’est pas aussi remarquable que celle des Consuls des Villes voisines de Bedarrieux, les Exposans nous ont fait très humblement supplier de vouloir bien les autoriser à porter une robbe et un chaperon d’écarlatte dans toutes les fonctions de leur place, de même qu’aux assemblées, et lors des cérémonies publiques. A ces causes, et autres à ce nous mouvant, de l’avis de notre Conseil, et de notre grace spéciale, pleine puissance et autorité royale, nous avons permis, et par les présentes signées de notre main, permettons aux Maire et Consuls de ladite Ville de Bedarrieux, de porter aux assemblées générales, lors des cérémonies publiques, et quand ils seront dans l’exercice de leurs fonctions, une Robbe et un chaperon d’écarlate ainsi que les autres Consuls des villes et lieux de notre province de Languedoc ; Si donnons en mandement au Sénéchal de Béziers et son lieutenant et gens tenant le siège Présidial au dit lieu, que des présentes lettres de permission ils fassent, souffrent et laissent jouir et user pleinement et paisiblement les Maire et Consuls de ladite Ville de Bedarrieux, sans permettre qu’il leur soit fait aucun trouble ou empêchement à ce contraire : CAR TEL EST NOTRE PLAISIR ; et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes. DONNE à Versailles au mois de juin, l’an de grâce mil sept cents soixante-huit, et de notre règne le cinquante-troisième. Signé LOUIS ; Et plus bas : par le Roi, PHELYPEAUX. Visa LOUIS.

Les présentes ont été régistrées aux registres de Monsieur le Sénéchal au Siège Présidial de Béziers, en exécution du jugement Présidial de cejourd’hui. A Béziers le vingt août mil sept cent soixante huit. BRES, Greffier en Chef, signé. Contrôlé à Béziers le vingt-quatre août 1768, reçu deux livres quatre sols. BENESECH, signé.

Collationné par nous Ecuyer, Conseiller-Secrétaire du Roi, Maison, Couronne de France en la  Chancelerie, près la Cour des Comptes, Aides et Finances de Montpellier.

Les présentes Lettres patentes ont été obtenues étant Consuls la présente année, Noble FRANIOIS-HENRY de VIDAL, Seigneur de Lasteurtés. MM. Guillaume Lavau Négociant, et Joseph Megé. MM. Jean-Dominique Alzieu Avocat, Procureur du Roi de Police, et Antoine Flammen Secrétaire, Greffier de ladite Ville de Bedarieux. »

 

Les jours de fêtes officielles, le cortège consulaire marchait dans l’ordre suivant : en t^te le trompette de la ville annonçant les autorités ; derrière lui, la jeunesse, les gens mariés, les drapeaux, puis les consuls en livrée, escortés des deux valets de ville armés de hallebardes et enfin le greffier en robe.

 

Dans cette description figurent tous les employés de la ville : le trompette ou crieur public, le greffier de la communauté et les deux valets de ville, les seuls représentants de la force armée et de la police dans Bédarieux.

 

Les noms des premiers consuls qui ont exercé leurs fonctions pendant longtemps méritent d’être cités, pour le rôle qu’ils ont joué dans l’histoire de la ville : noble de Lasteules ou Delasteules (la famille de Lasteules, dont il est souvent question dans cette histoire, avait sa maison au coin de la rue de la Planque et de la place aux Herbes. Sur l’emplacement de cet immeuble, en partie démoli au moment de l’agrandissement de la place en 1842, s’élève la maison occupée par M. Pagès, épicier), de Lavit, de Basset, Médailhe et Abbes, seigneur de Cabrerolles. Flammen est le greffier qui a exercé pendant le plus grand nombre d’années.

 

Les consuls jouaient le rôle des maires et des adjoints de notre époque. Ils étaient assistés dans leurs délibérations par le Conseil des notables au Conseil politique de la communauté. Ce conseil, composé de quinze membres environ, était choisi parmi les principaux ou les plus riches habitants de la ville.

 

Pour les affaires importantes, les consuls convoquaient les habitants et tenaient publiquement le conseil. A la fin de la séance, les citoyens taillables pouvaient venir signer le procès-verbal qui, après mention des noms de beaucoup de signataires, se terminait généralement par cette phrase : « et plusieurs autres habitants faisant la plus grande et la plus saine partie des habitants taillables dudit lieu ». Ce conseil prenait le nom de Conseil général de la Communauté.

 

Les consuls se réunissaient à la salle des archives de l’Hôtel-de-Ville ; le conseil des notables, au même lieu ou parfois dans l’Eglise St-Alexandre ; le conseil général, sur une place, d’abord sur le Planol au bout de la Grand’Rue, plus tard sur la place de l’Hort de la communauté, aujourd’hui place de la République. A diverses reprises, notamment en 1713, les consuls durent rappeler aux habitants l’obligation de venir assister aux réunions du Conseil général.

 

Les attributions des consuls et du Conseil politique étaient analogues à celles dévolues aujourd’hui au Conseil municipal. Ce Conseil s’occupait des travaux à exécuter dans la ville et des adjudications de ces travaux, il établissait le budget, il passait les baux communaux ; il s’occupait des procès que la ville avait à soutenir ; il rédigeait les réclamations à l’Intendant ou aux Etats de la Province, réclamations contre les logements trop fréquents de troupes, contre les dégâts commis par ces troupes, réclamations pour obtenir des secours à la suite des inondations, de la grêle, de la sécheresse, réclamations pour faire réparer les chemins, pour obtenir le droit de ne pas laisser entrer en ville les vins étrangers, pour obtenir réduction des impositions, etc…

 

Le Conseil s’occupait encore de l’organisation des milices, des affaires ou procès avec l’administration méticuleuse des Eaux et Forêts, de l’organisation des fêtes ; le Conseil nommait les commissions pour la réfection des compoix, pou l’établissement des rôles de la milice, pour la surveillance de la santé publique ; il accordait aux habitants qui en faisaient la demande, les terres incultes de la communauté, à charge par eux de les cultiver et de payer une taille ou redevance fixée d’avance (ces terres s’appelaient des vacants) – (En 1727, la Communauté ayant voulu procéder à un nouvel allivrement de ces communaux, les propriétaires des vacants se syndiquèrent pour s’opposer à cette mesure) ; le Conseil s’occupait des règlements de police, des juges de police, des gardes-jurés des manufactures, de tout ce qui intéressait le commerce et l’industrie de la ville, des foires, des marchés, des réclamations des taillables ; enfin, les consuls pouvaient recevoir les engagements militaires (Registre d’engagement militaire – régiment d’Infanterie de Vermandois : « Je soussigné, P. Delcellier, natif de Thézan, juridiction de Béziers, âgé de 16 ans, certifie m’être engagé volontairement et librement, sans aucune supercherie ni contrainte, pour servir en qualité de soldat dans le régiment de Vermandois pendant l’espace de huit années à condition de recevoir pour prix du présent engagement, conformément à l’ordonnance, la somme de 30 livres ainsi que celle de soixante pour boire ; je déclare n’être point milicien, ni garde-côte, ni habitant des Isles de Ré ou d’Oléron, ni n’être point engagé pour d’autres régiments, n’être point déserteur ni classé dans la marine, n’avoir point d’incommodité qui puisse m’empêcher de servir le Roy et n’être point flétry ni poursuivy par la justice. Fait à Bédarieux, le 2 novembre 1787 » – Vu par nous Louis Vialet, 2è consul – P. DELCELLIER – Suite le signalement).

 

A côté de l’administration consulaire figuraient deux fonctionnaires représentant l’un le Viguier, l’autorité du seigneur, l’autre, le Procureur du Roi, l’autorité royale. Au début de l’organisation municipale le Viguier, représentant ou officier du seigneur (en l’espèce l’Abbé de Villemagne) possédait des droits assez étendus. La transaction intervenue en 1497, entre l’abbé Antoine de Clermont, seigneur de Bédarieux, et les habitants dudit lieu, fait connaître diverses attributions du Viguier : droits de juridiction sur la pêche, sur la chasse, sur la pâture en terroir non inféodé, sur la garde des troupeaux dans les bois, présidence des assemblées générales, vérification et saisie des diverses mesures à blé ou à huile, droits de police, surveillance des inhumations, vérifications des comptes consulaires, etc… Peu à peu les droits du viguier tombèrent en désuétude. On a vu qu’en 1778, à l’occasion des procès intentés par l’abbé de Villemagne et le viguier Escale aux consuls de la ville au sujet de ces mêmes attributions, les fonctions du viguier étaient réduites au seul port de ce titre honorifique.

 

Le Procureur du Roi, officier royal, était officier de la justice criminelle.

 

L’Huissier de ville, huissier audiencier et de police était nommé par une commission du Roi. Aux archives figurent les commissions nommant à ce poste en 1778, Jean Joseph Rabaud et en 1785, Claude Lebon. Au dossier du Sr Lebon figurent les certificats de « bonne vie et mœurs, conversation et religion de catholique » délivrés par le premier consul de Basset, le lieutenant général au Présidial de Béziers, de Gleize de Lablanque et divers notables.

 

Depuis une époque fort ancienne, trois offices de notaire existaient à Bédarieux. En 1762, la chancellerie ayant émis la prétention de supprimer un de ces offices, les consuls protestèrent avec énergie et l’affaire n’eut pas de suite.

 

A côté de l’autorité consulaire existait un Tribunal de police qui avait à connaître des infractions aux règlements municipaux et de la simple police (Au point de vue judiciaire, Bédarieux ressortissait de la Cour Présidiale de Béziers et du Parlement de Toulouse). Un des consuls présidait ce tribunal composé de quatre membres ; le Procureur du Roi pouvait y siéger.

 

Il est intéressant, pour bien se rendre compte de la vie des habitants à cette époque, de relever aux registres de ce tribunal nombre de jugements et de décisions. L’existence même de la cité apparaît à la lecture de ces arrêts et de ces délibérations, qui touchent à tous les actes de la vie de nos aïeux. Des procès-verbaux, suivis d’amendes au profit des pauvres étaient dressés contre les bouchers vendant des viandes de mauvaise qualité, contre les boulangers vendant du pain au-dessus du prix fixé (Le prix du pain était fixé à cette époque par une délibération des Consuls) ou du pain de mauvaise qualité, contre les commerçants se servant de poids et mesures faux ou non revêtus de la marque, contre les habitants n’enlevant pas le fumier de devant leurs portes, laissant des charrettes dans les rues, laissant vaguer les cochons dans les rues, etc… Au sujet de la santé publique, on voit que l’abattage des chiens errants était obligatoire, que les écuries devaient être nettoyées et blanchies lorsqu’il y avait des cas de morve.

 

Le tribunal s’occupait de voierie, il recevait les demandes d’alignement de ceux qui voulaient construire en ville ; il s’occupait aussi des marchés, de l’emplacement des marchands, de l’interdiction de vendre avant l’heure fixée. Il connaissait des délits de pêche, de chasse, de pâture, de coupe de bois, délits réservés à l’origine à la juridiction du viguier ; il connaissait des infractions aux règlement religieux. On trouve en parcourant les registres, de nombreux procès-verbaux dressés contre des aubergistes pour avoir donné à boire ou à manger pendant les offices, contre des Protestants qui n’avaient pas tapissé la façade de leurs maisons sur le passage de la procession du Corpus Christy ou qui avaient eu une attitude inconvenante au passage de cette procession, contre des marchands qui avaient étalé leurs marchandises le dimanche, contre des habitants qui avaient travaillé le Dimanche. Chaque année le Tribunal fixait l’itinéraire de la procession du Corpus Christy et prescrivait de tapisser les maisons ; il décidait également, sur l’avis de deux experts préalablement nommés, de la date où pourraient commencer les vendanges ; la publication de cette date prenait le nom de ban des vendanges.

 

Ce tribunal faisait surveiller l’application des règlements concernant les inhumations, tant des catholiques que des non catholiques. Le 23 janvier 1774, il protesta par délibération contre l’abus que faisait le curé de St-Alexandre, de laisser inhumer dans l’Eglise. Les fidèles étaient incommodés. L’interdiction fut obtenue.

 

Les fours de la ville donnaient beaucoup de travail aux gens de la police. Depuis un temps immémorial, les abbés de Villemagne et les consuls, avaient la coutume de nommer à chaque four un certain nombre de femmes qui servaient la clientèle. Ces places étaient recherchées, il faut croire qu’elles étaient bien rétribuées. Quoiqu’il en soit des contestations sans nombre surgissaient chaque année. Tantôt les Consuls changeaient le personnel, tantôt le public se plaignait du service, tantôt les abbés de Villemagne qui avaient sur les fours un droit seigneurial, faisaient expulser les femmes nommées par les Consuls et en installaient d’autres. Presque chaque année, et jusqu’au début de la Révolution, on trouve sur les registres de la police trace de ces contestations, parfois fort vives, puisque à certaines occasions le viguier expulsa par la force les femmes placées au four par les Consuls.

 

Comme à toutes les époques, on voit la police à la poursuite des tapageurs diurnes ou nocturnes, des voleurs, des filous et des femmes de mauvaise vie. Il est juste d’ajouter, que si les rixes et les tapages nocturnes paraissent fréquents dans Bédarieux sous l’ancien régime, les vols et les scandales sont plus rares. La lecture des jugements de police nous apprend seulement que les vols de raisins à l’époque des vendanges étaient asse nombreux. On trouve peu de choses au sujet des mœurs ou des femmes de mauvaise vie ; d’ailleurs la justice ne badinait pas sur ce chapitre et l’ordonnance rigoureuse de la ville de Montpellier, en date du 11 avril 1772, concernant la surveillance des femmes de mauvaise vie, était appliquée à Bédarieux (Cette ordonnance figure aux Archives Communales). En 1782, la fille Marguerite P. qui causait la nuit du scandale dans son logement du faubourg, fut, pour ce fait, condamnée à être enfermée pendant neuf ans à l’établissement du Bon-Pasteur à Béziers.

 

Les joueurs, jongleurs et autres vagabonds, qui escamotaient l’argent des badauds, en même temps que les muscades étaient aussi l’objet d’une grande surveillance. L’un d’eux, un joueur de gobelets, eut un jour un mot cruel pour le premier consul qui le faisait incarcérer. Il cria au public du haut des marches de la prison : « On me met en prison parce que j’ai escamoté une corne, je ne savais que M. le consul fût c…ard, sans cela je ne l’aurais pas fait ! ». Les Bédariciens qui se trouvaient là se réjouirent fort de la stupeur du consul.

 

Si les juges ne manquaient pas, la force armée était des plus réduites. On a vu plus haut que l’autorité agissante était représentée par deux valets de ville seulement. Aussi, les consuls durent souvent se retirer devant les fauteurs de troubles sans pouvoir assurer l’ordre. A plusieurs reprises, mais sans succès, le Conseil de la communauté avait demandé à l’Intendant l’installation d’une brigade de maréchaussée à Bédarieux. A la veille de la Révolution, un consul déplorant cette situation, terminait sa lettre au commandant de la Province par cette phrase mélancolique : « il a fait tout ce qui a pu dépendre de lui pour calmer les esprits par la voie de la douceur et de la représentation, n’ayant pas pu prendre celles de la rigueur faute de main forte ».

 

Parmi les fonctionnaires municipaux il ne faut pas oublier le Receveur des Hospices, dont nous retrouvons dans les archives les comptes des recettes et dépenses et le Receveur des Pauvres qui gérait ce que nous appelons aujourd’hui le Bureau de bienfaisance.

 

Il existait à Bédarieux, en dehors des couvents, deux écoles, une de garçons et une de filles, tenues respectivement par un régent et une régente. L’instruction n’était pas très surveillée. En principe, les régents devaient vivre des sommes versées par les parents pour l’instruction de leurs enfants, tant que ces versements ne dépassaient pas une certaine somme, de plus ils avaient un gage communal et le loyer de leur maison payé. En pratique, les gages se faisaient parfois attendre, et les parents payaient peu ou pas du tout. Les archives conservent la trace des contestations survenues entre maîtres et consuls. En 1709, la régente qui ne pouvait plus rien obtenir des parents, réclamait avec insistance les gages de l’année précédente et la location de sa maison. En mars 1762, les consuls se préoccupaient de la mauvaise conduite du régent. Ce régent avait 42 élèves, il se levait à 9 heures du matin, il ne faisait rien, il dictait à 10 élèves à la fois, il faisait l’école avec la bouteille entre les jambes ; c’était un débauché qui courait les cabarets et qui émettait encore la prétention de se faire payer directement par les parents 10 sols par mois et de conserver pour lui la totalité des versements. Les archives n’ont pas conservé le nom de cet extraordinaire éducateur, mais on peut supposer le degré d’instruction que devaient acquérir les élèves d’un tel maître. 

 

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