|
CHAPITRE
X
LA
REVOLUTION JUSQU'A LA PROCLAMATION DE LA REPUBLIQUE
(14
DECEMBRE 1788 – 22 SEPTEMBRE 1792) L’état d’esprit de la ville en 1788. Réunions, adresses et discours
au sujet de la convocation des Etats de la Province et des élections
des députés aux Etats Généraux. Premiers troubles, avril à juillet
1789. Les brigands à Gignac. Création et organisation d’une milice,
16 août 1789. Le Conseil des notables s’adjoint de nouveaux membres
(21 septembre 1789). Ouvriers sans travail. Ateliers sur la route de Béziers.
Les troubles recommencent. La loi martiale proclamée à Bédarieux (1er
décembre 1789). Travail du Conseil municipal. Nouvelles lois. Fin des
fours banaux (mai 1790). La patrouille du lieutenant Boudet chez Noguier,
aubergiste, soldat à la 11è compagnie (4 mai 1790). Troubles
religieux. Boussagues et St-Gervais. Hiver de 1791-1792. Saisie de
journaux. Fête de la Fédération à Bédarieux (14 juillet 1792).
Troubles plus graves. Les chasseurs d’Infanterie légère du capitaine
Boucher. Prêtres réfractaires. La Patrie en danger (20 septembre
1792). Réorganisation de la garde nationale par quartiers. Arrestations
et visites domiciliaires. Mort de J.A. Guillemnet.
La communauté de Bédarieux avait toujours vécu dans une indépendance
relative. Ayant peu de charges féodales puisque, depuis très
longtemps, son seigneur, l’abbé de Villemagne, ne possédait plus sur
elle que des droits honorifiques, la ville de Bédarieux n’avait
jamais connu l’étroite sujétion aux princes ou aux rois. Elle
n’avait jamais eu à subir l’invasion étrangère et depuis de
longues années aucune garnison n’avait occupé la ville. Les troupes
de passage n’avaient d’ailleurs laissé autrefois dans ses murs
qu’un souvenir peu favorable. Indépendance au point de vue féodal, tranquillité au sujet des
invasions étrangères, absence de sentiments guerriers, souci unique de
fabriquer et de commercer en paix, vif désir de voir supprimer les
entraves du commerce et les impôts inexactement répartis, tels étaient
les sentiments et l’état d’esprit de la plupart des habitants de Bédarieux
en l’année 1788. On comptait à cette époque dans la ville plus de huit cents protestants
sur une population de trois mille âmes. L’accueil fait par les
protestants aux premières réformes ne fut pas douteux. Les guerres
d’autrefois, la révocation de l’Edit de Nantes, la situation en
quelque sorte inférieure qui leur était faite par la monarchie, étaient
des causes suffisantes pour justifier chez beaucoup d’entre eux une
secrète hostilité à l’égard de cette monarchie. Les familles
nobles étaient très peu nombreuses à Bédarieux ; par contre un
grand nombre d’industriels, aisés pour la plupart, formaient la
classe dirigeante de la cité. Pour ceux-ci les facultés de fabriquer
et de commencer librement étaient les principaux désirs. La masse de la population, autrefois calme et laborieuse, était agitée
depuis quelques années par la présence de nombreux compagnons venus
d’un peu partout pour travailler dans les usines. Les troubles locaux,
dont il a été question à la fin du chapitre V, avaient fiat passer
sur la paisible cité comme un premier frisson précurseur de la grande
crise. De l’ensemble de ces divers faits on peut conclure que l’état
d’esprit de la population de Bédarieux en 1788 était des plus
favorable aux idées nouvelles. Protestants, industriels, artisans,
ouvriers, tous étaient acquis d’avance à l’esprit de la Révolution
et tous allaient applaudir aux premières réformes. A la nouvelle de la prochaine convocation des Etats Généraux un grand
enthousiasme éclata dans la ville. La première question agitée fut celle des Etats de la Province. Ces
Etats devaient nommer les députés aux Etats Généraux et rédiger les
cahiers de doléances. Les derniers Etats Généraux dataient de 1614.
Le Tiers Etat y était peu ou pas représenté. Il fallait donc à la
fois obtenir pour Bédarieux la représentation aux Etats de la Province
et pour le Tiers Etat une représentation au
moins égale à celle de la Noblesse et du Clergé réunis. Le maire de Bédarieux, de Basset, réunit le 14 décembre 1788 le
Conseil général de la communauté et lut le discours suivant (ce
discours dont la ponctuation et l’orthographe sont respectés, figure
aux Archives Communales) : « Le rétablissement salutaire de l’équilibre entre la recette
et la dépense des revenus de l’Etat, le rapide soulagement de son
peuple, fruit heureux, fruit nécessaire du désir manifesté d’une égale
répartition de l’impôt sur tous les immeubles et sur toutes les
personnes, un examen équitable de nos intérêts. Tels sont les
bienfaits consolants que le cœur paternel de Sa Majesté nous destine
et que la convocation prochaine des Etats Généraux promet à cette
classe précieuse de citoyens dont les spéculations, les bras et les
sueurs arrachent à la terre et aux arts la subsistance des autres et
les jouissances les plus éloignées des besoins réels. Cette partie intéressante, nombreuse, fut dépouillée dans les dernières
assemblées nationales des droits imprescriptibles de choisir elle-même
des députés parmi ses pairs. La faible réclamation de cette ville contre cette infraction éclatante
des droits du Tiers Etat ne saurait être d’un grand poids s’il
s’agissait d’un intérêt léger et si on fixait uniquement ses
regards sur l’aridité de son sol, sur son peu d’étendue, mais si
on daigne les arrêter sur l’intérêt national qu’on doit agiter,
sur la population relative de cette ville, sur son influence sur le
commerce du dedans et du dehors, sur ses diverses manufactures qui
nourrissent 20 000 ouvriers répandus dans les diocèses de Béziers, de
St-Pons, de Castres, d’Agde, de Narbonne, et de Vabre et sur
l’invitation générale de parler et d’écrire sur ce grand objet,
elle paraîtra digne de l’attention des ministres, d’un monarche
vraiment occupé de la restauration de son royaume dont elle forme une
partie. Ne craignons point, messieurs de mettre sous les yeux de ce ministère
passionné pour le bien public, la vérité qu’il aime, qu’il
cherche et qu’il demande… (suit la description du commerce de Bédarieux.
Ce passage a été cité en entier au précédent chapitre, au sujet du
commerce de la ville). Placée au confluent de la rivière de Vèbre et du fleuve d’Orbe dans
un vallon bordé de montagnes pierreuses, entrecoupées de rochers elle
a reculé les limites de l’agriculture en créant sur la pente rapide
de ces montagnes, des vignes et des olivettes en amphithéâtre. Son
infatigable activité l’a vengée en quelque sorte des refus de la
nature ; son commerce devrait être encouragé comme une des
mamelles nourricières des grands empires. Il recevrait un nouvel accroissement si l’on rendait accessible aux
charrettes et aux voitures ses chemins de communication avec les villes
de Pézenas, de Clermont, de Lodève, de St-Pons et si on reléguait aux
seules frontières toutes ces entraves fiscales qui ralentissent sa
marche aux portes des villes et sur les chemins. Dans ces instants de la fermentation et des éclats de l’enthousiasme
français, l’on ne peut que rendre hommage au généreux patriotisme
des habitants de cette ville toujours prêts à sacrifier leur fortune
à l’aquit des dettes de l’Etat et leur vie à la gloire de leur
Roy. Pesés messieurs dans votre sagesse le vœu que vous devès
exprimer ». L’Assemblée, après un échange de vues, décida d’émettre les vœux
suivants : 1) que les formes des Etats Généraux de 1614 seraient
proscrites « comme filles des préjugés de la barbarie et de
l’anarchie qui feraient rétrograder ce siècle qui a tant propagé de
lumières » ; 2) que l’ordre du Tiers Etat choisirait dans
son sein et élirait lui-même ses représentants ; 3) que le Tiers
Etat choisirait ses députés parmi ceux de ses membres qui ne tenaient
ni au clergé, ni à la noblesse et pour le moins à nombre égal à
celui des deux autres ordres « quoique la raison indique davantage »,
que de plus il ne devait pas être tenu compte des propriétés « attendu
que la qualité, les lumières et le mérite des citoyens « ne dépendent
ni des charges, ni des lieux, ni de la propriété, ni des richesse, ni
des honneurs » ; 4) que la ville élirait un député et
voterait dans l’élection des députés de la sénéchaussée ;
5) que la délibération serait imprimée et adressée à monsieur de
Villedeuil, garde des Sceaux et à monsieur de Necker, directeur général
des Finances, ministre d’Etat. Le procès-verbal de cette séance du Conseil général est signé par de
Basset, maire, Vernazobre et Calvet, consuls, Flammen, greffier et deux
cent quinze habitants notables de la ville. Parmi ces derniers figurent
des représentants de la plupart des familles connues de Bédarieux. On
peut citer : Escalle, Campagne, Abelous, Poujol, Mégé, Barthélemy,
Belugou, Bompaire, Jourfier, Cambon, Benezech, Triadou, Vergély, Vabre,
Barnier, Vernazobre, Martel, Fabregat, Alzieu, Salase, Mas, Prades,
Bascou, Barrié, etc… Sept jours plus tard, le 21 décembre, une nouvelle délibération fut
prise touchant les réformes à apporter à la composition, à la présidence
et à la façon de voter des Etats de la Province. Le discours prononcé
par le premier consul dans cette circonstance est plus énergique,
presque violent : « L’organisation vicieuse des Etats de la Province est attachée
à ce temps de fanatisme et d’ignorance où le clergé et la noblesse
commandaient au Tiers Etat comme à un troupeau d’esclaves don la
superstition et l’anarchie féodale avait affoibly, retréci les tètes. Le progrès de la justice et de l’humanité nous rappellent aux droits
de l’homme et du citoyen violés dans le régime de nos Etats et nous
invitent à rompre nos fers. Il n’est point possible de comprimer le sentiment qui s’échappe
malgré nous. Vègeterons-nous encore longtemps dans les chaînes de la servitude des
ordres du clergé et de la noblesse surtout du despotisme d’une présidence
perpétuelle ? (La présidence des Etats du Languedoc était en général
accaparée par l’Archevêque de Narbonne). Les vaines alarmes de la crainte nous empêcheront-elles de porter au
pied du trône notre juste réclamation et de demander au meilleur des
rois une constitution domestique fondée sur l’Equité seule ? ». Le 1er janvier 1789 eut lieu, selon la coutume, l’élection
des nouveaux consuls au nombre de quatre. Jean Fabre ménager, Fabrégat
Jean fils, négociant, Robert Jactes, facturier de laines et Jean
Salles, ménager, furent élus. Le 4 du même mois, comme l’Hôtel-de-Ville était trop petit, le
Conseil général de la communauté fut rassemblé dans la cour de l’Hôtel
du Cheval Blanc (situé rue de Fer). Il s’agissait de désigner un
certain nombre d’habitants qui devaient se joindre aux consuls pour la
rédaction du cahier de réformes à adresser aux Etats de la Province.
Escalle, avocat, Alzieu fils, avocat, de Lavit de Montégut, Ducros
bourgeois, Charles Martel, Jean Fabrégat négociant, Guillaume Martel négociant
et Amans Cère maître tanneur furent désignés. Le procès-verbal rédigé par cette commission fut lu en séance
publique le 18 janvier ; nous en extrayons les passages qui suivent :
« cet amour si rare d’un souverain pour son peuple fixe les
regards de l’Europe attentive, enchaîne l’admiration des rois ses
contemporains ; le temps, n’en doutons pas, le consacrera comme
le modèle de leur postérité. Mais les vues paternelles de ce monarque ne seraient point remplies si
les citoyens ne supplient sa bonté d’abroger la constitution dégénérée
des Etats de cette province… Ce père adoré dont le cœur s’ouvre
toujours au plaisir de faire des heureux, accueillera la demande des
enfants chéris qui n’ambitionnent que la gloire de répandre leur
sang pour ajouter un nouvel éclat à la couronne ». La Commission se plaignait de ce que la présidence des Etats par
l’archevêque de Narbonne, la représentation du clergé de 2 archevêchés
et de 20 évêchés et celle de la noblesse de 23 baronnies, soient
devenues un privilège pouvant se transmettre par la vente ou par la
naissance, alors que cette représentation devrait être « le prix
flatteur de la vertu, la récompense honorable de l’amour du bien ou
le chaste tribut de l’estime ». Le Commission concluait en demandant au roi une assemblée provinciale
composée des trois ordres dont les députés fussent élus par leurs
pairs. Le Tiers Etat devait être supérieur en nombre aux deux autres
ordres réunis et le président devait être choisi et élu dans
l’assemblée. Ce procès-verbal fut signé par les consuls, les commissaires choisis le
4 janvier, les habitants notables et les délégués des communautés
des environs ; Pastoret député de Faugères, Mourèze, député
de Ceilhes, Blayas, député de Lunas, Fabre, député de Carlencas,
Laurès, député de Joncels, Boyer, député de Pézènes, Bousquet, député
de Fos, Privat, député d’Avène et Caumette, député de
Caussiniojouls. Ce même jour, 18 janvier les Etats de la Province furent réunis à
Montpellier. Les trois ordres présentèrent diverses observations, mais
ne purent s’entendre. La Cour des comptes ayant convoqué illégalement
dans la même ville une assemblée provinciale de 380 membres des trois
ordres, cette assemblée fut dissoute. Le Conseil d’Etat du Roi décida
alors que les Etats Généraux seraient élus par sénéchaussées.
Vingt députations devaient être envoyées à Paris par le Languedoc ;
chacune était composée d’un membre de la noblesse, d’un membre du
clergé et de deux membres du Tiers Etat. Aux diverses assemblées qui avaient eu lieu à Montpellier, Bédarieux
avait délégué : de Basset, Escalle, Ducros, Fabrégat et Martel.
La communauté paya les frais de ces déplacements. Au mois d’avril 1789, à la nouvelle des troubles qui avaient éclaté
à Paris, la population de la ville manifesta quelque agitation ;
rassemblements tumultueux, chants séditieux, violences et rixes sur
divers points de la ville durèrent plusieurs jours. En présence de ces
faits, le Conseil de la Communauté décida la création d’une garde
bourgeoise et le 24 mai une demande de fusils et de baïonnettes fut
adressée au commandant de la Province. De plus, afin de pouvoir mieux
assurer la surveillance intérieure et extérieure, les murailles de la
ville furent réparées à la hâte. Le 20 juillet des cantiques d’action de grâce furent chantés à l’Eglise
paroissiale en l’honneur de la conduite « sage, courageuse et
ferme » de l’Assemblée Nationale et des discours paternels
prononcés par le Roi à la séance de cette assemblée le 15 du même
mois. Diverses réjouissances complétèrent la fête. Le 3 août le Conseil général de la communauté fut réuni dans l’Eglise
St-Alexandre. Le maire, de Basset, fit connaître aux habitants qu’une
bande de « brigands avinés » avaient pillé plusieurs
villages de la région et s’était même attaquée à Gignac. La
milice de cette ville avait repoussé les brigands qui s’étaient
retirés vers les montagnes. Il importait en conséquence d’achever
l’organisation de la milice bourgeoise afin de pouvoir organiser des
patrouilles et pour être en mesure à l’occasion, de repousser une
attaque de la ville. Une compagnie fut constituée. De Courbezou,
lieutenant-colonel d’infanterie fut élu commandant, Escalle avocat,
Ducros bourgeois, Alexandre Fabregat, Jean fabrégat, Amans Cère négociants
et de Basset premier consul, furent élus officiers. Les réparations
aux murs de la ville furent terminées et il fut décidé qu’en cas
d’alerte les habitants seraient réunis au cri à son de cloche. Les troubles se manifestant un peu partout dans le pays, le Conseil de la
communauté fut vite obligé d’augmenter le nombre de miliciens pour
protéger la ville contre les perturbateurs de l’intérieur et de
l’extérieur. Le 16 août, la création de 5 compagnies de milice fut
décidée. Cette décision était motivée de la façon suivante :
« La commotion donnée à la capitale par les perfides suppots de
l’aristocratie et du despotisme a montré le spectacle sanglant
d’une guerre intestine avec toutes les horreurs du carnage ; le
trait affreux du tigre altéré de sang humain sous la forme d’un
conseiller au Parlement de Besançon vient d’allumer près de Vezoul
une fermentation dévorante qui se répand au loin et dont il importe
d’éteindre les étincelles ». La ville pouvait disposer de cinq cents hommes, plus cent autres en cas
de besoin urgent. Pour le moment, cinq compagnies de vingt et un hommes
chacune furent organisées ; elles étaient commandées par un
capitaine, deux lieutenants et un sergent. De Courbezou était
commandant en chef. Les soldats devaient obéir aux officiers et ceux-ci
aux ordres du Conseil de la communauté. Chaque compagnie était désignée
par le nom de son capitaine ou par un numéro. Les hommes ayant des
fusils recevaient des munitions pour tirer dix coups. Chaque compagnie
devait prendre la garde, à son tour de rôle, le soir, à 10 heures en
été et à 8 heures en hiver, pour fournir le poste de police et les
patrouilles. En cas d’alarme toutes les compagnies devaient immédiatement
se rassembler à l’Hôtel-de-Ville. Les capitaines porteurs d’un
contrôle de leur compagnie devaient faire l’appel à chaque
rassemblement. Les patrouilles devaient maintenir le calme dans la ville
et remettre à la police tout personne qui les insulterait. Les
officiers ou les gradés se conduisant mal devaient être jugés par un
« Conseil militaire bourgeois ». Cette organisation coûta cher à la ville ; d’ailleurs des dépenses
nouvelles chargeaient le budget tous les jours : dépenses pour la
milice, pour les achats de poudre et de plomb, pour la conduite des
prisonniers à Béziers, pour les rafraîchissements offerts à des détachements
de « bons patriotes » venus des villages voisins ; on
ne comptait plus. Le 20 septembre le ministre de la guerre ayant demandé des cavaliers
pour former de nouvelles brigades de maréchaussée, le Conseil décida
de réclamer encore l’envoi d’une de ces brigades à Bédarieux. Le 21 septembre 1789, sur la demande de nombreux citoyens, le Conseil réunit
l’assemblée générale dans l’Eglise des capucins. Les Consuls
exposèrent aux habitants de Bédarieux qu’en raison des troubles fréquents
et des malheurs du temps, les membres du Conseil des notables n’étaient
plus en nombre suffisant pour gérer les affaires de la ville et qu’il
convenait d’adjoindre à ce Conseil un certain nombre de citoyens, en
attendant que l’assemblée nationale réorganisât les municipalités. L’élection des nouveaux membres eut lieu sur le champ. Furent désignés :
Tabarié, curé de la paroisse, Martel, de Courbezou, Fabregat, Ferret,
Mas, Cère, de Lavit, Alzieu, Salac, Jourfier, Donnadieu, Causse et Faugère.
Il fut enfin décidé que le Conseil des notables ainsi complété se réunirait
tous les dimanches à 4 heures, sans autre convocation que sept coups de
cloche (cette délibération fut approuvée en décembre par Lettres
Patentes du Roi). Le 14 octobre parut le règlement concernant la milice de la ville. Ce règlement
donne la description de la tenue des troupes. Les officiers portaient
les épaulettes, la cocarde et l’épée ou le sabre en bandoulière ;
les fusiliers étaient vêtus d’un habit gros bleu doublé de même
couleur avec passepoil blanc, le collet, les revers, les parements étaient
écarlates et les boutons jaunes ; les tambours avaient le même
habit avec doublure et passepoil blanc. La milice comptait 10 tambours
dont deux devaient être de garde chaque soir. Julien cadet était nommé
tambour major. Le 20 octobre la maturité des raisins fut déclarée par le Conseil sur
le rapport des experts par lui nommés et le ban des vendanges fut publié.
Le même jour le moulin à huile fut donné à bail pour 3 ans et le 4
novembre, la fourniture d’une capote et d’une guérite pour le
factionnaire de l’Hôtel-de-Ville fut mise en adjudication. Les évènements qui bouleversèrent la France vers la fin de l’année
1789 eurent une terrible répercussion sur la situation économique du
pays. Le commerce avec l’étranger et surtout avec les régions du
Levant fut presque complètement arrêté. Le nombre des ouvriers sans
travail, dans les villes manufacturières comme Bédarieux, alla en
augmentant chaque jour et ce chômage fut l’occasion de troubles fréquents.
Le Conseil de Bédarieux effrayé de l’agitation qui régnait en ville
et de l’attitude menaçante prise par les ouvriers, demanda dans le
courant de novembre la continuation des travaux du chemin de Béziers à
Bédarieux. Des ateliers publics furent établis entre Faugères et Pétafy
et entre le Pont des Arenasses et la Caumette. De nombreux ouvriers
furent ainsi occupés et le calme revint momentanément. Dans le courant du même mois l’agitation gagna d’autres catégories
de citoyens. Plusieurs fabricants de Bédarieux refusèrent de laisser
marquer leurs draps sous le prétexte que les marques étaient supprimées
par les nouvelles lois. Les gens de la campagne ayant appris que
l’assemblée nationale avait mis les biens du clergé sous la
sauvegarde du Roi et des municipalités, se transportèrent dans les
bois du Cros qui dépendaient de l’abbaye de Villemagne, et les dévastèrent. Les troubles qui avaient lieu dans tout la France amenèrent le roi et
l’assemblée nationale à promulguer une loi rigoureuse qui prit le
nom de loi martiale. Le 10 novembre, le Conseil de Bédarieux ayant reçu
communication de cette loi décida de la publier solennellement le 1er
décembre. La cérémonie eut lieu à l’Eglise St-Alexandre, les bancs
furent enlevés et remplacés par six cents chaises. Devant la Garde
Nationale assemblée et en présence d’une foule considérable qui
s’entassait dans l’église, la Loi Martiale, fut proclamée. Quand
le maire eut achevé sa lecture, le curé procéda à la bénédiction
des trois drapeaux dits de la Loi martiale, deux drapeaux rouges et un
drapeau blanc. La loi portait entre autres choses que pour rétablir l’ordre en cas
d’émeute un règlement précis devait être appliqué. En cas de
trouble ou de rassemblement la garde devait sortir accompagnée d’un
officier municipal et précédée du drapeau rouge. Arrivé devant les séditieux
l’officier municipal devait sommer ceux-ci de se retirer
tranquillement ; si l’avertissement était insuffisant, l’avis
suivant était donné à haute voix : « la loi martiale est
proclamée, tous les attroupements sont criminels, on va faire feu, que
les bons citoyens se retirent ! ». En cas de refus « la
force des armes était à l’instant déployée et les séditieux arrêtés
en armes devaient être punis de mort ». Les officiers ou soldats
surpris à fomenter des troubles devaient être déclarés rebelles et
également condamnés à mort. Le conseil de la communauté était débordé de travail, en plus du
maintien de l’ordre, bien difficile à assurer en un pareil temps, il
fallait veiller à l’application des nouvelles lois qui parvenaient
chaque jour et qui transformaient totalement les vieilles institutions
locales, régionales ou nationales de la France. En novembre, il fallut procéder à la formation du nouveau bureau de
police, nommer sept notables pour assister aux instructions des procès
criminels, établir la liste des habitants ayant dans la commune leur
principale demeure. En décembre il fallut s’occuper de défendre les
intérêts de Bédarieux dans la nouvelle division de la France en départements
et districts, division que préparait à ce moment même l’assemblée
nationale. Le Conseil décida de demander pour la ville le siège d’un
district et d’une Cour de justice. Il faut exiger cela disaient les
membres du Conseil « notre silence à cet égard serait un crime ! ».
La délibération prise le 8 décembre réédite la description faite en
1788 par le maire de Basset de la situation et de l’importance de la
ville : « Bédarieux est situé à de nombreuses lieues de
toute ville, il est environné de plus de 100 bourgs ou villages, sa
population qui est de 4 000 âmes augmente tous les jours ». Malheureusement cette supplique fut sans effet. La loi concernant la
formation des départements et des districts, promulguée le 26 février
1790, décida que le département de l’Hérault serait formé des
districts de Montpellier, Béziers, Lodève et St-Pons. Bédarieux oublié
devait rester simple chef-lieu de canton du district de Béziers. (Le
canton de Bédarieux fut formé des communes de Bédarieux, Boussagues,
Camplong, Carlencas, Faugèrees, Fos, le Pradal, Montesquieu et Pézènes.
Par arrêté des Consuls du 3 Brumaire An X, les communes de Fos et de
Montesquieu furent rattachées au canton de Roujan). Dans le courant du même mois de décembre le Conseil reçut : les
lettres patentes du Roi portant modification à la Jurisprudence
criminelle ; la proclamation du Roi concernant la conservation des
bois et forêts ; les lettres du Roi prohibant la disposition de
tous les bénéfices à l’exception des curés et invitant les supérieurs
de tous les établissements ecclésiastiques à fournir la liste de
leurs biens ; enfin les lettres patentes portant confiscation des
bibliothèques des couvents. La correspondance du Conseil devenait
tellement importante que deux conseillers, Jourfier et Cère, furent délégués
pour s’en occuper spécialement. Au 1er janvier 1790, l’assemblée communale décida pour la
première fois que les consuls de l’année précédente resteraient en
charge en attendant la promulgation de la nouvelle loi sur la formation
des municipalités. Dans le courant de Janvier les lettres patentes du Roi concernant cette
formation parvinrent à Bédarieux, en même temps que celles concernant
l’accession des non-catholiques à tous les titres et emplois. L’élection des conseillers municipaux eut lieu quelques jours plus
tard ; mais des difficultés se produisirent. Un des conseillers élus,
Martel, en se rendit pas à la réunion du Conseil. A ses frais on
lui signifia par deux fois, le 14 et le 17 févier, un acte le
mettant en demeure de déclarer s’il refusait formellement
d’accepter son mandat. Martel ne se soumit qu’à la deuxième
signification. Depuis plusieurs mois les fermiers des fours banaux ne sachant plus
s’ils resteraient en fonction, par suite de la suppression des droits
seigneuriaux des abbés de Villemagne, augmentaient tous les jours leurs
exigences. La population demanda au mois d’avril, la réglementation
ou la fermeture de ces fours, dans lesquels il devenait impossible de se
faire servir. Le 11 mai les plaintes se renouvelèrent plus vives, les
fermiers avaient abandonné les fours depuis plusieurs jours. Le Conseil
municipal décida alors de nommer des boulangers pour les remplacer. Le soir du 4 mai 1790, un incident assez violent se produisit au sujet
des hommes de garde de la milice. Cet incident souleva en ville une vive
émotion. Thomas Noguier, aubergiste, soldat à la 11è compagnie, ne
s’étant pas présenté à l’appel de la garde de nuit, une
patrouille commandée par le lieutenant Boudet et composée des soldats
Aïmes, Cabrol, Villebrun, Lauras et Combescure, se transporta chez lui
à 10 heurs du soir (thomas Noguier habitait rue Neuve au coin de la rue
Traversière, café Huc actuel). Noguier se trouvait à ce moment à table avec Jourfier cadet et Baptiste
Senaux, géomètre : -
Pourquoi
ne vous êtes-vous pas rendu à l’appel de ce soir ? demanda le
lieutenant Boudet à Noguier. -
Parce
que j’étais fatigué et que je n’avais pas dîné, répondit
celui-ci. -
Vous
auriez dû au moins vous faire remplacer ? -
C’est
vrai, intervint Jourfier cadet s’adressant à Noguier, tu aurais dû
te faire remplacer par ton fils. -
Taisez-vus !
répartit aussitôt Boudet en se retournant vers Jourfier, ce n’est
pas à vous que je parle ! A cette riposte, le géomètre Senaux, qui était resté silencieux
jusque-là, se leva brusquement et dit au lieutenant sur un ton furieux : -
Qui
êtes-vous ? Je ne vous connais que pour un gabelou ! -
Un
gabelou ? répliqua l’officier, qu’avez-vous à dire ? on
sait ce que vous avez fait à Lodève et il ne dépend que de moi de
vous mettre au corps de garde ! -
Au
corps de garde ? Pas même cent comme vous, répartit Senaux, et
puis après je me fout de vous comme de la garde ! Comme d’autres
soldats entraient en ce moment dans la chambre, Senaux cria encore : -
Envoyez
chercher le diable si vous voulez ! Le lieutenant Boudet fit un signe et les soldats se précipitèrent sur
le géomètre qui s’efforçait d’ouvrir une porte pour s’enfuir.
Une lutte des plus vives s’engagea. Jourfie essaya de délivrer Senaux
de l’étreinte de ses agresseurs et un corps à corps violent eut
lieu. Les soldats Aïmes et Viguier furent blessés. Senaux qui avait réussi
à saisir le fusil du caporal Guillaume Bompaire, donnait à celui-ci de
grands coups de pied dans les jambes en criant à tue-tête : -
Jean-foutre,
tu ne me mènera pas ! La lutte pouvait tourner au tragique. Le lieutenant Boudet, craignant
d’avoir agi avec trop de vivacité, calma l’ardeur de ses hommes et
dit alors à Senaux et à Jourfier qui rajustaient leur tenue : -
Citoyens,
je vais me retirer si vous consentez à vous rendre demain à la commune
devant le tribunal qui jugera votre conduite. Noguier craignant que cette affaire n’eût pour lui des suites fâcheuses
décida Senaux et Jourfier à accepter cette transaction (le procès-verbal
de cette affaire figure aux Archives Communales). Le tribunal fit son enquête, prit connaissance du procès-verbal rédigé
par le lieutenant Boudet et rendit le jugement suivant : Senaux eut
deux jours de prison close, Jourfier fut invité à être plus
circonspect à l’avenir dans ses actes et le lieutenant Boudet,
convaincu de s’être conduit un peu vivement dans l’exercice de ses
fonctions, fut traduit pour être réprimandé devant le Conseil
militaire bourgeois. Le 20 mai 1790, un bureau de poste fut installé pour le première fois
dans la ville de Bédarieux. L’Assemblée Nationale ayant travaillé en juin et juillet à la réorganisation
du clergé, des troubles ayant un caractère religieux, éclatèrent en
ville à plusieurs reprises. Dans la région tous les couvents et
abbayes étaient supprimés. Citons parmi ceux-ci : le couvent des
capucins de Bédarieux, l’abbaye de Villemagne (Ordre de Citeaux,
revenu 2 700 livres) et l’abbaye de Joncels (Ordre des Prémontrés,
revenu 4 000 livres). Dans les déclarations des revenus, la cure de Bédarieux
figure pour le chiffre de 759 livres, net. L’enthousiasme provoqué par le nouvelle de la fête de la Fédération,
célébrée à Paris le 14 juillet 1790, détourna durant quelques jours
l’opinion publique de Bédarieux des affaires religieuses, mais la fin
de l’année 1790 fut remplie par des conflits de tous genres soulevés
dans le pays par l’application des nouvelles lois sur le clergé. Dans
cette région où les guerres de religion avaient duré près de deux siècles
et où les Protestants étaient en nombre, des lois semblables ne
pouvaient manquer de provoquer des troubles. L’obligation aux prêtres de se soumettre au serment d’être fidèles
« à la Nation, à la loi et au Roi » fut jugée par les uns
comme excellente, par les autres comme intolérable. Certains prêtres se soumirent, d’autres refusèrent de prêter serment
et furent appelés réfractaires par opposition aux premiers nommés
constitutionnels. La population de Bédarieux et de ses alentours était
en majorité favorable à ces derniers. En 1791, les habitants de
Boussagues promenèrent sur un âne, dans les rues du village, au milieu
des chansons et des quolibets, leur curé qui refusait de prêter
serment. Par contre, la région de St-Gervais offrait asile aux prêtres
réfractaires. Les catholiques de Bédarieux pendant la durée de la Révolution
se rendirent souvent à St-Gervais pour remplir leur devoirs religieux.
Sous le Directoire, on appelait cette région la Petite Vendée. Les premiers mois de l’année 1791 s’écoulèrent d’une façon
relativement calme pour la ville de Bédarieux. La population, toujours
dans l’attente des nouvelles de Paris, subissait directement
l’impulsion donnée par les évènements qui se déroulaient dans la
capitale ; Paris devenait de plus en plus le « cerveau de la
France ». A la nouvelle de la fuite du Roi, puis de son
arrestation à varennes, le 21 juin, Bédarieux s’agita ; des
rassemblements eurent lieu dans les rues et le Conseil ne maintint
qu’avec peine le calme dans la ville. Lorsqu’à la fin de juillet on
apprit qu’au Champ de Mars, à Paris, Lafayette avait fait tirer la
Garde Nationale sur le peuple, au nom de la loi martiale, la population
manifesta diversement ses opinions. Déjà on distinguait d’une part
les partisans de l’ordre et d’autre part les partisans des idées
toujours plus révolutionnaires ; les partisans de la Plaine et
ceux de la Montagne. Ces derniers prenaient l’avantage tous les jours. Le 5 août 1791 eurent lieu, au milieu d’un calme relatif, les élections
des nouveaux députés. L’Assemblée Constituante avait fini ses
travaux et allait céder la place au 1er octobre à l’Assemblée
qui devait prendre bientôt le nom de Législative. L’hiver de 1791-1792 s’écoula à Bédarieux au milieu d’un malaise
général. L’industrie et le commerce étaient presque complètement
arrêtés. L’Europe se coalisait et préparait la guerre sur toutes
nos frontières. Dans ces conditions les exportations à l’étranger
ne pouvaient plus avoir lieu. Des quantités d’ouvriers étaient sans
travail et passaient leur temps à manifester violemment dans les rues.
Des les rues basses se tenaient des réunions rappelant les clubs
populaires de Paris. Les finances communales étaient épuisées. Toutes
les réformes venant coup sur coup et brisant les cadres intérieurs de
la vieille France, avaient rejeté les Français hors de leurs
situations, de leurs habitudes anciennes et personne ne s’était
encore fait au nouvel ordre de choses. L’émigration des familles nobles commençait à prendre de grandes
proportions, provoquant en retour de mesures sévères. Par suite de
l’absence de noblesse, Bédarieux ne perdit encore aucun de ses
habitants. Néanmoins la surveillance des cités et les perquisitions
eurent lieu dans la ville. La rigueur de l’hiver 1791-1792 augmenta
encore les souffrances de la population qui commençait à manquer de
grains par suite des mauvaises récoltes précédentes. De nouvelles élections municipales eurent lieu, portant le pouvoir des
conseillers à idées encore plus avancées. Jacques Cère fut élu
maire le 24 juin 1792. La guerre avait été déclarée à l’Autriche le 20 avril premières
rencontres furent pour nos armées une série de défaites. Le 8 juin
l’assemblée législative ayant prescrit la formation sous Paris
d’un camp de 20 000 hommes, Bédarieux fit partir le 29 juin, quatre
volontaires, qui, selon l’expression des registres municipaux,
« volaient au secours de la Patrie ». Sur un ordre venu du département, le maire fit saisir « zettes et
écrits antipatriotiques capables de troubler le public et attaquant
notre sublime constitution ». La liste des journaux à saisir désignait :
L’Amy du Roy, le Consolo ou Journal des honnêtes gens, La
Correspondance des Amys du Roy, Le Gardien de la Constitution, le
Journal Général de France. Cette saisie commença le 29 juin. En
juillet, une seconde liste de journaux interdits vint s’ajouter à la
première : L’Indicateur, La Gazette Universelle, Le Modérateur,
L’Ami du Peuple, Le Postillon de la Guerre, Le Premier arrivé, Le
Rocambole des Journaux, Le Spectateur, Les Actes des Apôtres, Le Loisir
d’un curé destitué, Le Chant du Coq, L’Argus patriotique, Le
Journal des Impartiaux, Les Sabbats Jacobiles. Dès les premiers jours du mois de juillet 1792, Bédarieux commença de
grands préparatifs pour célébrer d’une façon solennelle la fête
du 14, dite fête de la Fédération. Le détachement de la garde
nationale se rendit à Béziers pour prendre part dans cette ville à la
célébration de la même fête. Le 14 au matin, Bédarieux se réveilla aux sonneries des cloches et au
bruit des « décharges d’artillerie ». Le clou de la fête
devait être la plantation d’un arbre de la liberté sur l’Hort de
la Communauté, devenue Place de la République. Jean Triadou, le
citoyen portant le bonnet de la liberté, s’avança au pied de
l’arbre et prononça le discours suivant : « Le monument
que nous venons d’élever sur cette place est en même temps le trophée
de la Liberté et le Symbole du courage et de l’union des Français. Les emblêmes qui le décorent sont des plus énergiques. Le sommet de
cet arbre majestueux nous représente tous nos droits et la couronne qui
l’entoure nous décrit tous nos devoirs. Voyez ce bonnet magnifique
s’élevant dans les nues et nous montrant la liberté foulant aux
pieds les tirans. Voyez ces atributs augustes : la pique peint la force et le courage,
le drapeau tricolor annonce la victoire et l’oriflamme amériquain qui
lui est adossé désigne l’union de tous les peuples libres. Ces étendarts
citoyens, nous présagent encore la paix universelle, l’aliance de
tous les peuples, le bonheur de tous les humains. Voyez les fruits qui
le décorent. Nous pouvons maintenant choisir entre la mort ou la misère
et la liberté et le bonheur. Citoyens, notre choix est déjà fait sans
doute mais pour recueillir ces doux fruits nous ne devons point oublier
que cet arbre allégorique n’est pas moins l’image de la paix que de
la liberté. Périssent donc à jamais la licence et les troubles, périssent les
discordes et les inimitiés, le Français, maintenant, est un peuple de
frères et la concorde et la fraternité forment sa gloire et son
bonheur. Citoyens et amis que cet arbre à jamais nous réunisse et nous
ralie, que son ombre sacrée honore de sa salutaire influence tous les
amis de l’ordre et de la paix ; et que la plus douce harmonie se
mêle toujours aux transports de l’allégresse et de la joie ! »
(Archives communales – délibérations – Année 1792 – discours
reproduit in-extenso, d’après le procès-verbal de la fête). A ces derniers mots la garde nationale salua d’une décharge générale
l’arbre de la Liberté et le cortège rentra dans le même ordre à la
maison commune. Le soir un souper fraternel réunit un grand nombre de
citoyens sur la place de la Liberté et les convives « se livrèrent
jusqu’à une heure avancée de la nuit à toute la cordialité
possible ». Au mois de juillet 1792, la situation intérieure de la France était de
plus en plus troublée, les révolutionnaires gagnaient tous les jours
du terrain et s’emparaient partout du pouvoir. La situation extérieure
était également des plus graves : dans l’Est les Prussiens
avaient déjà passé la frontière et à Paris, on avait proclamé la
Patrie en danger. La garde nationale de Bédarieux était tenue constamment en haleine. La
garde de jour était composée de dix hommes et celle de nuit de vingt
hommes. Des patrouilles avaient lieu toutes les deux heures. Une prison
était aménagée au second étage du clocher, au pied duquel se
trouvait la mairie. Un comité de surveillance, siégeant même la nuit, fut créé par le
Conseil général et la garde de Bédarieux fut renforcée le 20
juillet, par l’arrivée de quatre-vingt chasseurs d’infanterie légère,
régiment ci-devant Provence, commandés par le capitaine Boucher. Les premiers ordres de ce capitaine furent de faire arrêter et conduire
à la commune toute personne rencontrée en ville « revêtue du
signe de rébellion », c’est-à-dire ne portant pas la cocarde
nationale. Quelques jours plus tard, il fit condamner un nommé Pégurier,
serrurier, qui avait tenu dans une taverne « des propos capables
de blesser la délicatesse et la gloire des chasseurs d’infanterie légère
en garnison à Bédarieux ». L’indiscipline montrée par ces
chasseurs, tant à Bédarieux que dans d’autres localités de l’Hérault,
amena leur licenciement qui eut lieu à Montpellier le 2 novembre 1792
(Procès-verbaux des séances de l’Assemblée administrative de l’Hérault
pendant la Révolution). Les nobles et les prêtres réfractaires commençaient à être recherchés
et arrêtés. Un procès-verbal signale l’arrestation du « curé
non jureur » Imart, trouvé en ville habillé en civil :
« lévite en drap de Silésie arbricot, veste et culotte en
nanquin vert rayé, bas blancs, col blanc, cheveux en queue et chapeau
à la joquet avec cocarde nationale ». Les prêtres réfractaires
se cachaient pour exercer leur ministère. Pendant une partie de la Révolution,
deux d’entre eux, dirent habituellement la messe dans les caves de la
maison Rivez, place aux Fruits. Le 20 juillet 1792, la population, appelée par des roulements de
tambour, accourut aux divers carrefours de la ville. Les commissaires
civils, escortés d’un piquet de la garde nationale, lisaient la déclaration
de la Patrie en danger et demandaient de « braves gardes nationaux »
volontaires, pour la formation des bataillons de marche du district. L’élection des gradés du canton devait avoir lieu le 24 juillet. Le 4 août un deuxième appel aux volontaires eut lieu à la sortie de la
messe devant des détachements de troupes. La garde nationale fut encore réorganisée le 8 août. Huit compagnies
furent formées : chacune comptait 88 hommes environ et était
recrutée par quartier : 1ère compagnie – lettre F – Rues du Puits, Seguy et
Roujeac ; 2ème compagnie – lettre G – Rues du Moulin à huile, de
la Rampe et faubourg Trousso ; 3ème compagnie – lettre C – Rues du Temple, de la Digue
et promenade de la Mairie ; 4ème compagnie – lettre D – Rues des Aires, de Fer et du
Vignal ; 5ème compagnie – lettre H – Faubourg du Pont ; 6ème compagnie – lettre A – Métairies et moulins des
Douzes de Vèbre et Château ; 7ème compagnie – lettre E – Rues Neuve (Grand’Rue),
Ratier et Droite ; 8ème compagnie – lettre B – Rues du quartier neuf (St-Alexandre),
du Cimetière, de l’Hôpital-Ancien et quartier de l’Eglise. Les élections des officiers se firent le même jour. Le 23 et le 27 août, les opérations électorales pour les élections
des députés à la Convention eurent lieu à l’Eglise St-Alexandre.
L’Hérault envoya à cette assemblée : Bonnier d’Alco, Cambon,
de Cambacérès, Fabre et Rouyer. Au début du mois de septembre 1792, la situation de la France empirait
encore. Verdun était tombé au pouvoir des Prussiens et Paris répondait
aux menaces de l’étranger par des arrestations en masse de tous les
suspects, des fouilles domiciliaires et des décrets révolutionnaires.
Bédarieux suivait l’exemple, chaque jour avaient lieu des
arrestations ou des visites domiciliaires. Le 11 septembre le citoyen
Flammen, ex-greffier de la communauté reçut la visite d’une
patrouille commandée par un commissaire civil (la maison Flammen était
située sur les rues Neuve, rue Pépine, et rue du Balon ; maison où
se trouve actuellement le Comptoir d’Escompte – compoix de 1788). Un
dépôt d’armes et de poudre avait été signalé chez lui par le
sergent Belle-Joyeuse des chasseurs d’infanterie légère. La perquisition ne donna aucun résultat. Aux massacres qui eurent lieu le 2 septembre, dans les prisons de Paris, un Bédaricien nommé Jean Guilleminet, trouva la mort. Jean Antoine Guilleminet était né à Bédarieux le 4 janvier 1738, il était fils de Michel et de Françoise Sénèque et filleul de Jean Fabregat marchand et de Marie Alengry. Il avait été, dès l’âge de 19 ans, clerc et maître ès-arts à l’abbaye de Joncels. Parti pour Paris en 1777, il était devenu plus tard prêtre à St-Roch et c’est là qu’il avait été arrêté le 10 août 1792 pour avoir refusé de prêter serment. Il fut massacré à la prison des Carmes.
|