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DANS
LA TOURMENTE REVOLUTIONNAIRE
(22
SEPTEMBRE 1792 – 31 MAI 1795) Serment des
fonctionnaires (7 octobre 1792). Fête de la conquête de la Savoir (6
novembre 1792). Désordres dans les campagnes. Tirage au sort pour la
levée en masse. La réunion tenue dans ce but dans St-Alexandre est levée
au milieu du tumulte (23 mars 1793). Troubles. Nouvelle réunion le 24,
nouveaux troubles. L’accusateur public du département et le délégué
du district viennent rechercher les suspects (29 mars – 18 avril
1793). Réquisitions et impositions forcées. Appel au peuple pour la
levée en masse. Fête civique du 14 juillet 1793. Recherche des déserteurs.
Proclamation de Brieussel. Hérépian attaqué par les brigands (24
septembre 1793). Troubles dans l’Aveyron. Arrestation de l’Anglais
Fox. Démission de Bounhiol, ci-devant curé. Les rues changent de noms.
Fête de la Raison (décembre 1793) ; Fête pour la prise de
Toulon. Plantation d’un arbre de la Liberté avec racines (février
1794). Motifs de demandes de secours pour indigents. Certificats de
civisme. Réquisitions de toute sorte d’objets. Bédariciens détenus
dans les prisons de Béziers ou de montpellier. Adresse au district. Fête
de l’Etre suprême et autres. Eté de 1794. Prisonniers espagnols logés
chez le condamné à mort Phalippou. Le Décadi. Fête de « la
juste punition du dernier roi des Français » (21 janvier 1795).
Vente des biens des condamnés et des émigrés. La municipalité du 15
brumaire An III. (La plus grande partie des renseignements qui ont servi
à rédiger les chapitres qui vont suivre ont été, comme les précédents,
extraits des registres des Délibérations et des Arrêtés du Conseil
Municipal. Mais à partir de l’époque à laquelle nos sommes arrivés,
ces registres ne sont plus archivés. Ils font partie du service courant
de la mairie. Il a paru inutile à l’auteur de continuer à mentionner
par des renvois au bas des pages, les registres d’où sont extraits
ces renseignements).
Il n’est pas fait mention, dans les archives de la commune, de cérémonie
célébrée à l’occasion de la proclamation de la République. Il est
dit seulement que le 7 octobre, les fonctionnaires (employé des
Domaines, juges, gendarmes, directeur des postes, instituteurs et curé
constitutionnel) prêtèrent le serment de « rester fidèles à la
nation, de maintenir la liberté et de mourir à leur poste ». Une fête eut lieu à Bédarieux, le 6 novembre, à l’occasion de la
conquête de la Savoie par les armées françaises. Le matin de la fête,
à midi et le soir, des salves d’artillerie furent tirées. La
population, accompagnant selon l’habitude le cortège officiel, se
rendit sur la place de la liberté pour chanter l’hymne des
Marseillais. L’ordre public était des plus troublés, en ville comme dans les
environs. Les hameaux et les fermes isolées dans la campagne étaient
fréquemment pillés et incendiés. Les routes n’étaient pas sûres.
Le 30 décembre 1792, l’assemblée administrative de l’Hérault
autorisa les commissaires civils pour courir sus aux brigands qui dévastaient
les campagnes (procès-verbaux de l’Assemblée administrative de l’Hérault
– 1790/93). Les archives ne signalent aucun événement important à Bédarieux
durant les deux premiers mois de l’année 1793. A ce moment, l’Angleterre
et la plupart des Etats de l’Europe se coalisaient contre la France,
la Vendée se soulevait, les armées étrangères menaçaient le pays et
aux Pyrénées notamment 50 000 Espagnols entraient en Roussillon. La
Convention ordonna une levée en masse de 300 000 hommes. Le 23 mars 1793, le Conseil général de Bédarieux convoqua tous les
citoyens à l’Eglise St-Alexandre afin de procéder au tirage au sort
des 40 volontaires qui devaient répondre à l’appel de la levée.
Cette opération ne se fit pas sans troubles. Si tous les citoyens
supportaient de jouer au soldat loin des frontières en remplissant
leurs devoirs de gardes nationaux, beaucoup d’entre eux ne
paraissaient pas tenir énormément à entendre de très « la
trompette guerrière sonner l’heure des combats ». Dès que l’église St-Alexandre fut à peu près remplie, une grande
agitation se manifesta. Plusieurs citoyens enlevèrent la cocarde
nationale et déclarèrent hautement leur volonté de refuser de partir.
Les cris et les chants divers rendirent impossible toute opération
pendant un long moment. Les commissaires civils se demandaient déjà
s’ils n’étaient pas en face d’une rébellion lorsqu’un grand
tumulte s’éleva à la porte de la rue de la Planque. La sentinelle
ayant voulu faire observer à trois citoyens qu’ils ne portaient pas
de cocardes, ceux-ci se jetèrent sur le garde et le maltraitèrent
fort. L’église fut évacuée dans la plus grande agitation. De
nombreux citoyens ayant arraché leurs cocardes et saisi des couteaux et
d’autres armes, se précipitèrent dans les rues et malmenèrent
plusieurs habitants. La garde nationale restant fidèle à sa consigne
envoya immédiatement plusieurs patrouilles qui ramenèrent l’ordre
dans la ville et qui procédèrent à diverses arrestations. Une de ces
patrouilles arrêta plusieurs « séditieux » dans la maison
de Rolland, rue Droite. La séance fut reprise le lendemain, au milieu d’un calme relatif. Les
40 volontaires, les « Défenseurs de la Patrie » comme on
les appelait, furent tirés au sort, mais vers la fin de l’opération
les troubles recommencèrent. Il restait 4 billets dans l’urne et il
n’y avait plus que deux citoyens pour les tirer. Cris et tapage ;
la plupart des volontaires déjà désignés voulaient absolument
annuler les opérations. On passa outre et la séance fut levée au
milieu d’une agitation qui se continua par des rixes et des bagarres
durant plusieurs jours. La situation parut si troublée au Conseil général
qu’il demanda au district des troupes de ligne pour rétablir
l’ordre. Il est à remarquer que beaucoup de volontaires aisés étaient
parmi les plus bruyants des manifestants et qu’ils se firent
remplacer. Plus la situation extérieure devenait grave, plus les lois intérieures
devenaient terribles. Nous étions battus dans le Nord et sur les Pyrénées,
tous les ports étaient bloqués ; la Convention répondait à ces
défaites par l’institution du Comité de Salut Public et du Tribunal
révolutionnaire, par des lois sur les prêtres et les émigrés,
par la loi des suspects, par la loi du maximum ; les armes, les
munitions, les subsistances étaient partout réquisitionnées ; on
imposait à tous les citoyens le port d’un certificat de civisme. Le 29 mars 1793, l’accusateur public du département arriva à Bédarieux
pour surveiller l’exécution des lois. Il logea à l’auberge du
Cheval Blanc et réquisitionna pour sa garde un piquet de cinquante
hommes. Le 11 avril, fut organisé en ville un Comité permanent de surveillance,
vrai comté révolutionnaire. Il fut défendu aux habitants de tenir des
propos contre la tranquillité publique, aux hôteliers de recevoir des
clients après neuf heures du soir. Le 18 avril, fut organisé en ville
un Comité permanent de surveillance, vrai comité révolutionnaire. Il
fut défendu aux habitants de tenir des propos contre la tranquillité
publique, aux hôteliers de recevoir des clients après neuf heures du
soir. Le 18 avril Lautrec, délégué du district, arriva à Bédarieux
et requit immédiatement dix hommes pour faire des visites domiciliaires
et rechercher les suspects. Le comité décida d’imposer de suite aux
six plus forts contribuables l’obligation de prêter une somme de 1
800 livres pour servir la haute paye aux volontaires. Quelques jours
plus tard, on choisit douze autres contribuables pour exiger d’eux la
somme de 3 259 livres. Le 16 juillet 1793, le comité ayant appris que des contre-révolutionnaires
s’agitaient du coté des montagnes de Murat, expédia dans cette
direction, en passant par le Poujol, le citoyen Julien. Ce commissaire
devait aller aussi loin que possible pour se rendre compte de la gravité
du mouvement. L’appel au peuple pour la levée en masse, décrété par la Convention
le 27 juin, fut reçu à Bédarieux le 19 juillet et lu au bruit des
cloches et aux cris de « Vive la République ! » devant
la population assemblée et un piquet de la garde nationale. Une
proclamation fut adressée à cette garde au sujet des victoires remportées
sur la frontière nord et au sujet de la prise de Lyon. Le comité
exhorta la milice à faire son devoir : « Citoyens, lorsque
vous apprenez les glorieux exploits de vos frères d’armes, votre
courage s’enflamme au récit de leurs triomphes et vous désireriez
alors de partager leurs gloires et leurs périls… ». Le 28 juillet eurent lieu des visites domiciliaires pour rechercher le blé ;
la disette de grains se faisait terriblement sentir. La fête civique du 14 juillet 1793 qui avait été renvoyée, eut lieu
le samedi 10 août. Elle fut annoncée de 8 à 9 heures du soir par les
cloches et des décharges de boettes. Le 10 au matin et à divers
intervalles dans la journée, sonneries et décharges continuèrent ;
les boutiques furent fermées et sur les recommandations du comité la
plupart des habitants placèrent sur leurs portes cette inscription :
« Vive la République, une et indivisible ! ». Le cortège habituel partit de la commune pour se rendre sur la place de
la liberté. Les fonctionnaires, les assesseurs, la garde et la
gendarmerie nationale, et une foule de citoyens et de citoyennes
faisaient partie du cortège. Deux jeunes citoyens et deux jeunes
citoyennes « représentant l’innocence de nos premiers pères »
portaient depuis la mairie l’acte constitutionnel ; arrivés sur
la place ils déposèrent cet acte sur un autel patriotique qui avait été
élevé au pied de l’arbre de la Liberté. A midi précis,
l’assistance entière renouvela son acceptation de la Constitution républicaine
et jura de plus ‘en présence de l’Etre suprême, haine aux tyrans,
aux anarchistes et aux fédéralistes ». Le aire prononça alors un discours qui fut suivi de chants patriotiques
et la fête se termina par une vaste farandole exécutée au son de la
Carmagnole. Le soir à 9 heures, illumination générale. Le même cortège, suivit
le même itinéraire et se rendit encore sur la place de la Liberté,
pour assister à un feu de joie monstre dans lequel furent brûlés avec
tous les titres de la féodalité que l’on pût découvrir, les
drapeaux rouges de la loi martiale. En septembre, il fallut encore tirer au sort quatre cavaliers volontaires ;
à la première convocation personne ne se rendit à l’Eglise. Le même
mois, l’instituteur et l’institutrice, connus tous deux pour leur
« incivisme » virent leur traitement supprimé. Les déserteurs
étaient activement recherchés ; aussi le maréchal des logis de
gendarmerie fut-il sévèrement puni pour avoir laissé échapper, au
lieu dit « lou Castan de Faugères », trois déserteurs
qu’il conduisait à Béziers et qui, ayant pris la traverse avec son
autorisation, ne reparurent plus. Le 15 septembre 1793, on fit lecture à la population, dans l’Eglise
St-Alexandre, de la proclamation de Brieussel, représentant du peuple
à l’armée des Pyrénées-Orientales ; cette proclamation
concernait la levée en masse. Cette fois l’enthousiasme fut plus
considérable. Après le discours des commissaires, adjurant les
citoyens de « se lever en masse pour aller exterminer les
satellites des tyrans », l’assistance entonna l’hymne des
Marseillais. On décida que les quarante-deux volontaires formant la
première classe des citoyens, partiraient le mercredi suivant et que de
nouvelles visites domiciliaires seraient faites, pour découvrir des
armes. Le 22 septembre le comité, en corps, publia les noms des diverses
victoires remportées par les armées. Le 24 on apprit subitement que le village d’Hérépian étai attaqué
par des brigands. Le comité réquisitionna immédiatement tous les
hommes en état de marcher. Ces hommes furent armés avec quelques
fusils qui restaient, des pistolets, des piques, des fourches, munis de
deux jours de vivres et dirigés sur Hérépian. Quand ils arrivèrent,
les brigands avaient disparu. On réquisitionna durant ce même mois : les sabres, les fourches,
les harnais, les chevaux, 100 setiers de blé, 50 setiers de seigle,
jusqu’à une cloche qui fut envoyée au district pour être fondue ;
on fit repartir tous les militaires en congé et rechercher plus
vivement encore les déserteurs. Le Comité prit, de plus, divers arrêtés
pour « républicaniser l’esprit public » ; les
citoyens qui ne se conformaient pas à ces arrêtés étaient immédiatement
déclarés suspects. Parmi ces diverses mesures, le comité décida, le
24 octobre, l’adoption par toute la commune du nouveau calendrier républicain. A la fin du mois d’octobre 1793, les populations de l’Aveyron s’étant
soulevées sur différents points de ce département, plusieurs colonnes
mobiles, sous le commandement du général Marbot, furent organisées
dans l’Hérault et dirigées sur Rodez. Bédarieux fournit un certain
nombre d’hommes pour la formation de ces colonnes. En novembre, sur l’ordre du Département prescrivant l’arrestation de
tous les sujets anglais, le comité fit arrêter et envoyer à
Montpellier, un anglais nommé Fox, qui habitait Bédarieux avec sa
famille depuis une époque antérieure à la Révolution (le compoix de
1788 signale au faubourg du Pont deux maisons appartenant au sieur Fox
ou Fauc Simon). A la fin de l’année 1793, devant la disette menaçante et l’attitude
la population, le comité demanda d’urgence des grains au district, ne
répondant pas de la tranquillité de la ville s’il n’était pas
fait droit à sa demande. Bounhiol, ci-devant curé de la ville, donna à cette époque sa démission
et envoya au département ses lettres de prêtrise (procès-verbaux de
l’Assemblée administrative de l’Hérault) ; le Conseil livra
l’église à la Société populaire. Peu après les noms de toutes les rues et places de la ville furent changés.
Nous avons cru intéressant de citer les nouvelles appellations, bien
qu’entre toutes, une seule, celle de la rue de l’Unité, se soit
maintenue. Le château prit le nom de la Montagne ; la rue Cère
s’appela rue Beaurepaire ; la rue de l’Hôpital, rue de la
Bienfaisance ; la rue Rives, rue Lepelletier ; la rue Vergély,
rue de la Surveillance ; la rue Cruveillier, rue des Piques ;
la rue du Jeu de Ballon, rue Rousseau ; la rue Grande, rue de la
Liberté ; la place de l’Hort de la communauté, place de la
Liberté ; la rue Souyris, rue de la Vertu ; la rue des Aires,
rue de la Vérité ; la rue Belugou et les petites rues voisines,
rue des Sans-Culottides ; la rue de Fer, rue Simonneau ; la
rue du Vignal, rue Marat ; la rue Maison de Ville, rue de la
Constitution ; la rue Droite, rue des Droits de l’Homme ; la
rue du Puits, rue de la Fontaine ; la rue Seguy, rue de l’Unité ;
la rue Roujeac, rue de la Fraternité ; la rue Revel, rue de l’Egalité ;
la rue Moulin à huile, rue Beauvais ; la rue du Rempart, rue de la
Raison ; le plan du four vieux, plan de la Réunion ;
l’ancien cimetière actuellement promenade (plateau Cot), place de la
Révolution ; le faubourg Trousseau, faubourg Républicain ;
le Barry, faubourg de la Régénération ; la rue de la Digue, rue
Nationale et la Perspective, Promenade des beaux jours. (Archives
communales, année 1793). En nivose (décembre 1793) fut célébrée à Bédarieux la fête de la
Raison. La veille les cloches avaient annoncé la solennité. Le matin
de la cérémonie toutes les boutiques de la ville furent fermées. A 9
heures, selon l’habitude, le cortège composé des commissaires
civils, des juges, de la Société populaire et de la garde nationale,
partit de la commune escorté d’un grand nombre de citoyens et
citoyennes et se rendit en chantant des airs patriotiques à la « ci-devant
Eglise St-Alexandre, devenue Temple de la Raison ». Après un
discours de l’ex-curé Bounhiol, des hymnes appropriées à la fête
furent entonnés par l’assistance. A 3 heures de l’après-midi, une nouvelle réunion eut lieu dans
St-Alexandre. Le peuple écouta la lecture des lois les plus récentes,
quelques discours et on chanta encore divers hymnes à la Liberté. Le soir, sur la place de la Liberté, eut lieu un vaste feu de joie dans
lequel on brûla tout ce que l’on put trouver « des restes de
l’aristocratie et du fanatisme ». Quelques jours plus tard nouvelle fête en l’honneur de la prise de
Toulon sur les Anglais. A 11 heures du matin, le traditionnel cortège
se rendit sur la place de la Liberté pour chanter l’hymne des
Marseillais et de là au Temple de la Raison pour y entendre encore des
hymnes patriotiques. Pendant le même mois de décembre 1793, le comité décida d’émettre
le rôle de l’emprunt forcé et de réunir aux Horts les deux cimetières
des catholiques et des protestants. Il fit placer sur la porte d’entrée
du cimetière cette inscription : « la Mort est un sommeil ». En février 1794, eut lieu sur la place de la Liberté la plantation
d’un arbre de la Liberté avec racines. Le cortège habituel se rendit
sur cette place au son des cloches et des tambours. Le maire prononça
un discours énergique qui se terminait par ces mots : « cet
arbre de la liberté venant à croître et à s’élever comme elle,
fera le bonheur de nos petits neveux ! ». Des
applaudissements, des cris de : « Vive la République ! »,
« A bas les Rois ! », « Périssent les tyrans ! »,
saluèrent la fin de ce discours, après quoi on chanta divers hymnes
patriotiques qui furent répétés au retour sur la place du Marché. Le comité, sous l’impulsion des ordres reçus du district et du département,
continuait à « républicaniser l’esprit public ». Ne
figuraient sur la liste des indigents que ceux qui déclaraient avoir eu
à se plaindre et à souffrir des ennemis de la révolution. On relève,
par exemple, sur la liste de ces indigents des motifs de demande de
secours tels que ceux-ci : « a reçu de mauvais traitements
pour son civisme. – Ne reçoit plus de travail des ennemis de la Révolution.
– A reçu des infamies des aristocrates. – Vexé par les
aristocrates ». Tous les citoyens étaient tenus de demander un certificat de civisme qui
n’était accordé qu’après enquête sur les opinions et la conduite
du postulant. Les étrangers devaient posséder un certificat de résidence
et les habitants de la ville ne pas s’absenter sans congé. On réquisitionnait tous les travailleurs de terre, moyennant 40 sous par
jour, pour travailler les propriétés de ceux qui manquaient de bras et
pour éviter ainsi la continuation, en 1794, de la disette de grains qui
affamait le pays. Les travailleurs qui ne répondaient pas aux réquisitions,
recevaient trois jours de prison à la première infraction et étaient
déclarés suspects à la deuxième. Tous les chevaux et mulets sans exception étaient pris pour le service
des armées. Dans le même but on réquisitionnait les fers, les cuirs,
les grains, le cuivre, les fourrages, l’huile, l’orge, les cordes,
les chaudrons. Presque chaque jour des visites domiciliaires avaient
lieu pour rechercher ces matières ou objets. Le séquestre était mis sur les biens de tous les détenus. Parmi les
habitants de Bédarieux détenus à cette époque dans les prisons de Béziers
et de Montpellier, comme suspects ou ennemis de la Révolution, on
trouve les noms de : Fox, suejt anglais, de Basset, de Lasteules,
Dudemaine de Marseille, Flammen, Roger, Réveilhe, Raunier, Vabre,
Pastourel, Rivez, Alzieu, Vidal. Dans les prisons, les détenus riches
étaient obligés de nourrir à leurs frais les détenus pauvres. Sur la liste des étrangers ou des ci-devant nobles, ayant domicile à Bédarieux,
on trouve encore les noms de Seymandi « ex-général de la République »
(Jean-Pierre Aron de Seymandi, chevalier, Vicomte de St-Gervais) et de
De Lavit, commissaire des guerres à l’armée d’Italie ; ces
deux noms sont suivis de la mention : bons principes. Le comité fit démolir en germinal (mars 1794) le monument construit en
1745 en l’honneur de l’Intendant. Le Nain à l’extrémité de la
Perspective. Ce monument avait à ses yeux, par ses emblêmes et ses
inscriptions, le tort de porter « les signes de la féodalité ». En floréal, le conseil général prit une délibération en faveur de
l’administration du district de Béziers qui était en butte à
diverses attaques. Le conseiller rapporteur disait : « Républicains, tandis que
nos armées triomphent au nord et au midi des despotes coalisés ;
tandis que le glaive de la loi tranche avec justice la tête aux infâmes
conjurés, l’intrigue l’audacieuse intrigue ose encore s’agiter
pour troubler l’intérieur de la France en persécutant les corps
constitués. L’administration du district de Béziers est en butte aux
noires menées de quelques factieux, jalous et malfaisans. Je demande
que le Conseil pour lui rendre justice déclare qu’elle a sa confiance ».
Cette motion approuvée fut expédiée à l’administration du
district. Le 9 prairial (mai 1794) eut lieu à St-Alexandre la fête en l’honneur
de l’Etre Suprême. Le programme fut sensiblement le même que celui
de la fête de la Raison. On plaça au frontispice de la ci-devant
Eglise, l’inscription suivante : « Temple de la Raison. –
Le peuple Français reconnaît l’Etre Suprême et l’immortalité de
l’âme ». A l’occasion de ces diverses cérémonies, le comité
nomma le citoyen Lafon, chef des amateurs allant faire de la musique au
Temple de l’Eternel les décadi et jours de fête. A la même époque tous les objets contenus dans l’église et ayant
quelque valeur furent envoyés à Béziers ; quant aux chapelles du
« Temple dédié à l’Eternel » une décision du comité
les transforma en magasins à grains. Le 25 prairial (juin) le Conseil désigna pour être envoyés à l’Ecole
de Mars ou Ecole militaire, Augustin Siméon et le fils Boudet. Le 9 messidor (28 juin 1794) toutes les bêtes de somme qui restaient
dans la commune furent réquisitionnées pour aller chercher des grains
à Béziers. Le même jour on décida d’agrandir l’atelier de
fabrication du salpêtre et d’augmenter le nombre des ouvriers attachés
à ce travail, afin « d’arracher en plus grande quantité du
sein de la terre ce sel qui doit nous faire vaincre nos ennemis ». Plusieurs fêtes furent célébrées au cours de l’été de 1794 ;
fête en messidor (juillet) au sujet de la prise de Charleroi et des
autres victoires de la République, fête au 14 juillet pour
l’anniversaire de la fête de la Fédération, fête en septembre pour
célébrer les cinq jours des Sans Culottides. La guerre contre les Espagnols continuant en Roussillon, avec des
alternatives de revers et de succès, Bédarieux fournissait toujours à
cette armée des hommes, des munitions et des subsistances. A la fin de
l’année 1794, les réquisitions continuèrent pour la fourniture des
chevaux, des mulets, des poêles, des souliers, des bougies. On logea
dans la maison du citoyen Phalippou, condamné à mort le 19 vendémiaire
(octobre), trente prisonniers Espagnols amenés de l’armée du
Roussillon (la maison de ce Phalippou donnait à la fois sur la rue
Tourbelle, la rue du Cimetière et la rue Phalippou actuelle, rue Cère
à cette époque – compoix de 1788). Les déserteurs étaient toujours
activement surveillés, ce qui n’empêcha pas trois d’entre eux :
Bompaire, Barthélemy et Bousquet de s’évader de la prison de la
ville où ils étaient enfermés. En frimaire (novembre) on décida de célébrer chaque semaine le jour du
décadi. Ce jour-là à 2 heures, un piquet de quarante hommes de la
garde nationale allait prendre les autorités à la maison commune et
les conduisait au Temple de l’Eternel pour entendre les discours et
les hymnes. Le 2 pluviose, an III (21 janvier 1795), le Conseil fit également célébrer
une fête commémorative « de la juste punition du dernier roi des
Français ». Au début de l’année 1795, eut lieu la vente des biens des condamnés
et des émigrés ; le Conseil demanda à cette occasion de pouvoir
utiliser le presbytère comme maison commune. Cette même année Jacques
Cère était maire et Belugou cadet agent national. L’arrêté du district du 15 brumaire an III avait nommé en même
temps que Jacques Cère, les officiers municipaux suivants : Audrin,
fabricant de draps, Amans Cère, tanneur, Cruveiller, boucher, Douriech,
droguiste, Louis Nègre, droguiste, Lapierre aîné, droguiste, Joseph
et Jacques Martel, fabricants de draps ; Jean-François Montagnol
avait été nommé juge de paix et Gabriac, secrétaire ; parmi les
notables désignés on peut citer encore : Vernazobres, Vergély,
Belugou, Galzy, Combescure, Cambon, Escalle, Théron, etc… En germinal (mars-avril 1795) les noms de plusieurs rues furent encore
changés : la rue Beaurepaire devint rue de la Paix (rue Phalipou).
– La rue Lepelletier, rue de l’Economie (rue Savonneire). – La rue
Rousseau, rue des Nouvelles (rue St-Alexandre). – La rue Simonneau,
rue du bonheur (rue de Fer). – La rue de Beauvais, rue de la Victoire
(rue du moulin à huile). La période révolutionnaire la plus ardente touchait à sa fin. Après le 1er prairial et le 13 vendémiaire, la Convention définitivement victorieuse des faubourgs de Paris restait seule maîtresse du pouvoir.
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