CHAPITRE XIII 

 

BEDARIEUX SOUS LE PREMIER EMPIRE, LA RESTAURATION

ET LE REGNE DE  LOUIS-PHILIPPE (1804-1848)

 

 

Essor de l’industrie et du commerce. Adresse à Napoléon 1er au sujet de ses victoires (15 février 1806). Fête en l’honneur de la naissance du Roi de Rome (1er mai 1811). Délégation et envoi de volontaires de Bédarieux à Toulouse, Béziers, Agde, été de 1815. Troubles en 1815 et 1816. Incident violent entre le maire et Jourfier, commandant de la garde nationale (25 août 1816). Jourfier refuse d‘obéir puis démissionne. Conseil des prud’hommes. Rixes entre compagnons (17 août 1719). Adresse sur la mort du duc de Berry. Fête à l’occasion du baptême du duc de Bordeaux (30 avril 1821). Adresse à Charles X. Proclamation de Louis-Philippe 1er (18 août 1830). Troubles en août et octobre 1830. Réorganisation de la garde nationale. Officiers élus. Adresse à Louis-Philippe et sa fête (1er mai 1831). Fête des 3 journées de juillet (7 août 1831). Arrivée d’officiers polonais proscrits (27 mars 1832). Préparatifs contre le choléra. Les loups aux environs, mars et avril 1833. Grèves en septembre 1833. La garde nationale, puis les pompiers, font preuve d’insubordination (1836 et 1842). Paroisse du faubourg. Caisse d’Epargne. Essor considérable de l’industrie, du commerce et de la ville de 1815 à 1848. Ponts, routes, rues, cimetière de Cassagnes, Nouvelle mairie (1er février 1821), Hospice, Collège, Casernes, Théâtre, éclairage. Accroissement énorme de la population.

 

 

vec le retour à un régime d’ordre la prospérité revint à Bédarieux. Si les mers n’étaient pas encore libres, le commerce pouvait se développer en Europe. Les manufactures de Bédarieux eurent vite retrouvé des débouchés pour leurs produits, tant à l’intérieur qu’au-delà des frontières continentales.

 

Une demande de réparations de chemins, présentée le 8 mai 1808 par le Conseil municipal, nous donne l’énumération des différentes industries existant dans la ville : trente fabriques ou manufactures de draps « de fort belle qualité », cinquante ateliers de tisserands de petites étoffes ou toiles, plusieurs fabricants de bas de poil d’Inde, neuf fabriques de chapeaux communs, deux de chapeaux fins, deux fabriques d’eau de vie, deux papeteries, une fonderie de cuivre, douze tanneries et une fabrique de savon, soit cent quatorze ateliers, usines ou manufactures.

 

L’agitation politique avait complètement disparu. L’ordre et le travail avaient remplacé le tumulte des rues et des réunions publiques et le chômage, conséquence forcée des périodes de troubles. Le Conseil municipal ne s’occupait plus que des intérêts administratifs de la cité.

 

En février 1805, la construction de trois échoppes, dans les encoignures situées au pied du clocher, fut décidée ; ces trois échoppes qui existent encore, étaient destinées à la location. En septembre 1805, le Conseil vota 2 000 fr. de subvention au directeur de l’établissement secondaire communal l’instruction. Cet établissement qui avait été créé en 1803 allait devenir le Collège municipal. Le 22 février 1806, le Conseil désigna des commissaires pour procéder à la délimitation du territoire de la commune en vue de la future confection du cadastre. Le 8 mai 1807, le Conseil prit une délibération approbative au sujet du rattachement à la commune du hameau de Nissergues, hameau qui avait fait jusqu’alors partie de la communauté de Villemagne. Ce rattachement avait été décidé par un arrêté du gouvernement, en date du 16 frimaire, an XIII (1804). La même année 1807, le Conseil demanda avec instance l’exécution de travaux à la route de Béziers, de Bédarieux au Col du Bouys, les charretiers étant obligés, par suite du mauvais état de ce chemin, de passer par le pont d’Hérépian. Une réfection du Pont-Vieux, trop étroit d’accès et dont les parapets étaient en ruine, fut aussi réclamée. Sur le même sujet, en novembre 1808, le Conseil demanda la remise en état du chemin de Lodève qui venait d’être fort dégradé par une inondation. Enfin en 1808 également, l’octroi de la ville, institué par un acte du 27 frimaire, an VIII, fut définitivement organisé.

 

Si le Conseil était fort occupé par la reprise de l’activité commerciale et industrielle de la ville, il n’oubliait pas d’envoyer de temps en temps une adresse laudative au maître des destinées de la France. Nous citerons une seule de ces adresses, celle adressée à l’Empereur, le 15 février 1806, au sujet de ses victoires. On verra « le prodigieux changement qui s’était opéré dans les idées et le langage » en si peu de temps.

 

« La grandeur des conquêtes dont Votre Majesté vient de rendre témoin ses ennemis les plus acharnés et la conduite généreuse qu’elle a daigné tenir envers eux après la défaite, ont tellement nourri et accru dans le cœur de vos sujets cette tendresse naturelle qui s’y trouve gravée depuis l’époque même de votre généralat, qu’il n’en est sans doute pas un qui ne partage avec nous les sentiments d’amour et de vénération que nous inspire Votre Auguste personne.

Toujours conquérant et toujours généreux après la victoire, vous avez sur, Sire, surpasser les plus grands capitaines. Si aucun d’eux n’a pu mieux mériter l’estime et l’amour de ses sujets, aucun d’eux n’a pu vous égaler et les belles actions de Votre Majesté nous reviennent en un si grand nombre que nous manquons de termes assez expressifs pour l’en féliciter.

Nous nous bornerons donc, Sire, à admirer Votre Majesté, dans un respectueux silence, à renouveler sans cesse nos vœux ardents pour la prospérité de ses jours et à lui protester avec soumission les sentiments d’amour, d’admiration et de respect avec lesquels nous sommes, Sire, de Votre Majesté, les très humbles, très obéissants et très fidèles sujets ».

 

Suivent les signatures des conseillers : G. Pastre maire, Théron, François Calvet, Durand, Astruc, E. Mouly, Gravier père, Basset aîné, Joseph Rouquet, Michel Cayrol, Jean Fabre, Barthélemy, Maurand et Jean-Gme Martel.

 

Un Conseil animé de pareils sentiments ne pouvait manquer de célébrer brillamment les fêtes prescrites par les autorités et dans une période aussi glorieuse, ces fêtes ne pouvaient être que nombreuses : anniversaires des dates mémorables de la vie de l’Empereur, proclamation de paix, proclamation de victoires, on n’avait que l’embarras du choix. Les fêtes célébrées à Bédarieux sous tous les régimes diffèrent de si peu que nous nous contenterons de donner le programme d’une fête impériale, celle qui eut lieu le 1er mai 1811, en l’honneur de la naissance du Roi de Rome.

 

La veille, la cérémonie fut annoncée par des sonneries de cloches et 101 coups de boîtes. Le 1er mai, dès l’aurore, mêmes salves, mêmes sonneries. A 7 heures du matin, cinquante hommes de la garde nationale exécutèrent une parade ; à  3 heures de l’après-midi, le maire, le Conseil et les fonctionnaires escortés par la garde nationale se rendirent d la mairie à l’Eglise pour entendre chanter un Te Deum ; à 4 heures, les danses des Treilles et du Chevalet furent exécutées ; à 6 heures du soir, sur la promenade ornée de guirlandes, le maire ouvrit le bal lui-même (place Cot aujourd’hui).

 

Le soir eut lieu une illumination générale ; un feu de joie fut allumé par le maire et un feu d’artifice tiré au jeu de paume.

 

Une seule partie du programme vivement préconisé par le préfet, ne peut être exécutée : faute de moyens budgétaires la ville ne put fournir une dot à une jeune fille pauvre pour la marier avec un ancien militaire.

 

On a vue que les dernières années de la Révolution avaient été marquées à Bédarieux par une lutte ardente entre le parti des modérés et celui des jacobins. Cette lutte qui avait pris fin dès le début de l’Empire allait reprendre à la chute de ce régime.

 

L’abdication de Napoléon 1er à Fontainebleau ne provoqua aucun mouvement en ville. La fin de l’année 1814 se passa dans le calme. Mais à la nouvelle du débarquement de l’Empereur et de sa marche triomphale sur Paris une vive agitation se manifesta. Tandis qu’une partie de la population ouvrière, qui avait conservé en elle-même les souvenirs révolutionnaires, faisait montre ouvertement de son antipathie pour les Bourbons, un parti important dans la ville ne craignit pas d’afficher ses sentiments royalistes.

 

Le 18 mars 1815, Jourfier, ancien capitaine de l’armée des Pyrénées-Orientales, fit le tour de ville, précédé d’un tambour. Il demandait de bons royalistes pour s’enroler sous ses ordres. Quarante hommes environ répondirent à cet appel et firent des préparatifs immédiats pour aller rejoindre la garde du duc d’Angoulême. Jourfier, prenant les devants, partit à cheval le soir même accompagné de son neveu, fils de Louis Jourfier, percepteur.

 

Les évènements se précipitèrent ; le 18 juin, Napoléon était écrasé à Waterloo et le 25, Bédarieux apprenait son abdication.

 

Le 28, Jourfier, sans perdre de temps organisa la garde nationale et le lendemain à la tête de cent vingt hommes, il se rendit à Béziers pour prêter mainforte au parti de la Restauration.

 

Un mois plus tard, accompagné de son neveu et de son frère, il était député par la ville,  Toulouse, pour offrir à Son Altesse Royale le duc d’Angoulême, les hommages des habitants de Bédarieux. Au même moment, à l’occasion du départ de Béziers des grenadiers de la garde nationale de Bédarieux, le compte de Neffiès, maire de la sous-préfecture, adressa ses remerciements aux chefs de ce détachement et à leurs frères d’armes et leur envoya une invitation pour la fête du 30 juillet.

 

Un second détachement des gardes volontaires royaux de Bédarieux avait été envoyé à Agde. Il quitta cette ville le 10 août 1815, emportant un certificat de parfaite conduite signé de l’adjoint Fournier aîné. Ce certificat se terminait par cette phrase : « les officiers et les soldats se sont acquis l’estime et la considération des administrateurs et des habitants ». Le 30 août les derniers volontaires étaient de retour à Bédarieux.

 

Des délégations assez nombreuses se rendirent le 8 novembre à Montpellier et le 10 du même mois à Béziers pour saluer encore le duc d’Angoulême (les renseignements, concernant les événement de 1815, qui viennent d’être cités, sont extraits d’une pièce qui appartient à Melle Fournier de Bédarieux. Cette pièce qui fait partie des papiers de famille comprend divers certificats et attestations).

 

En ville, le calme était loin de régner. Les mois de décembre 1815 et de janvier 1816 furent marqués par des troubles. Le 6 janvier 1816, pour la fête des Rois, Jourfier adressa un chaleureux discours à la garde nationale.

 

Jean Fabregat, qui avait prêté serment à l’Empire le 26 avril 1815 conserva ses fonctions de marie sous le gouvernement de Louis XVIII. Un mouvement séditieux assez grave s’étant produit en ville, dans la nuit du 22 au 23 juin 1816, le maire fit arrêter deux des meneurs, Azam, boucher et Noguier Pierre, tondeur et réquisitionna vingt-sept hommes de la garde nationale. Ce piquet, sous le commandement de Jourfier, capitaine des grenadiers, assura la surveillance des prisonniers qui devaient être conduits à Béziers et patrouilla en ville pour le maintien de l’ordre. Au sujet de ces troubles, le maréchal de camp, comte de Floirac, préfet de l’Hérault, fit publier le 3 juillet 1816, proclamation aux habitants de Bédarieux. Le comte de Floirac déclarait qu’il ne tolérerait pas de perturbateurs à Bédarieux, qu’il fallait oublier le passé et se remettre au travail, que la discipline était nécessaire et qu’il fallait réorganiser la garde nationale, qu’il ne voulait recevoir de dénonciation contre personne, qu’enfin si ces recommandations étaient suivies, le roi oublierait et pardonnerait tout. Le 11 août, le Conseil municipal prêta le serment officiel : « Je jure fidélité au roi, obéissance à la Charte Constitutionnelle et aux lois du royaume ».

 

Deux fêtes eurent lieu au cours de l’été 1816. La première fut célébrée le 27 juin, « jour anniversaire de la date où les fidèles sujets du roi secouèrent dans cette ville le joug du despote ». Le 26 juin le maire invita tous les habitants à arborer le drapeau blanc aux fenêtres et le soir des sonneries de cloches et des décharges de boîtes annoncèrent la solennité du lendemain. Le 27 eurent lieu plusieurs divertissements et des illuminations.

 

La deuxième fête, célébrée le 25 août, jour de la Saint-Louis, fête du roi, occasionna un incident des plus vifs entre le maire et Jourfier, commandant de la garde nationale. Un cortège officiel, composé des autorités, des fonctionnaires et de la garde nationale, devait faire le tour de ville escortant un buste du roi Louis XVIII porté par quatre conseillers municipaux.

 

A l’heure fixée, à quatre heures du soir, Jourfier rassembla ses hommes sur la promenade de Vèbre et dans le plus grand ordre, tambours en tête, il déboucha avec ses troupes dans la rue St-Alexandre. Le maire et les autorités étaient déjà sur la prote de l’Hôtel-de-Ville, au pied du clocher, s’apprêtant à prendre place dans le défilé, lorsqu’il se produisit un vrai coup de théâtre. Jourfier impassible fit défiler ses troupes devant la mairie, sans donner ordre de faire halte, et se dirigea vers la Grand’Rue. Il fit arrêter la colonne dans cette rue en face du cercle des « Amis du Roi » ; ce cercle appelé aussi « la chambre ardente » état franchement hostile au maire. Quatre gardes nationaux prirent dans ce local un buste du roi Louis XVIII et la colonne, dans le même ordre, revint vers l’Hôtel-de-Ville.

 

Cette fois le maire arrêta le défilé et une discussion des plus vives s’engagea entre lui et Jourfier. Il somma ce dernier, par ordre verbal, puis par ordre écrit, de faire déposer immédiatement le buste porté par les gardes et de faire prendre le buste de la mairie seul officiel. Insistance inutile. Abandonnant maire, autorités et fonctionnaires, Jourfier donna l’ordre à ses hommes de se remettre en marche et pendant plus d’une heure, le buste de son choix fut promené à travers la ville.

 

Les autorités craignant un conflit plus grave attendirent dans la mairie jusqu’à 6 heures du soir. Le maire, furieux de voir son autorité ainsi méconnue, n’eut d’autre ressource que de dresser procès-verbal contre ce commandant si peu subordonné. Jourfier s’attendant aux suites de sa manifestation devança la sanction prévue. Il démissionna le 25 septembre, sous le prétexte qu’il ne voulait pas rester avec un maire « aussi hautain et plein d’une morgue insoutenable ».

 

Le 8 septembre 1816, le préfet vint se rendre compte des effets produits par sa proclamation du 3 juillet. Il arriva par le faubourg et fut reçu par la garde nationale et les autorités. Il fut fort complimenté par ces dernières et le soir on illumina en son honneur.

 

Le 15 mars 1818 un Conseil de prud’hommes pour les fabriques de draps, fut installé à Bédarieux. Le 28 du même mois, Louis Lavit Devignes, chevalier de St-Louis, Jean Charles Lavit, marchand, et Prades Jacques, fabricant de draps, furent nommés conseillers municipaux par le Préfet et prêtèrent serment au Roi.

 

Le 17 août 1819, des rixes graves eurent lieu entre ouvriers, compagnons et gavots. Comme ces rixes étaient un danger permanent pour les autres citoyens, les groupes de plus de quatre personnes furent interdits dans les rues, il fut défendu de porter des bâtons ferrés, des compas et des poignards, de chanter des chansons de compagnons et d’employer en public à l’égard des citoyens, les qualificatifs de loups, chiens dévorants et autres insultes en usage chez les ouvriers à cette époque. Une garde urbaine, composée de cent notables de la ville, fut chargée d’assurer l’ordre.

 

Le 29 février 1820, le Conseil envoya au ri au sujet de l’assassinat du duc de Berry, l’adresse suivante : « Sire, ce n’est pas sans indignation que les habitants de la ville de Bédarieux ont pu entendre parler du poignard de Louvel. Ce monstre nous a ravi l’objet de nos plus chères espérances. Berry n’est plus et dans l’affliction dont sa mort nous accable le besoin d’épancher nos âmes nous fait dire et répéter :

Il n’est plus… ce digne fils de France qu sut mériter les plus tendres affections de notre bon Roi.

Il n’est plus… cet ami des pauvres, ce père des orphelins, ce soutien de l’humanité souffrante…

Il n’est plus cet illustre rejeton des lys dont les hautes et brillantes qualités nous présageaient un heureux avenir !

Permettez, Sire que nous venions déposer aux pieds du trône l’expression de nos justes regrets ; notre douleur est profonde et ne pouvant trouver une consolation en nous-mêmes nous devons la chercher dans la conservation de vos jours si précieux au bonheur de vos fidèles sujets.

Vivez donc, Sire, pour la salut de la France… ».

 

Cette adresse était signée de Martel Laprade maire, E. Mouly, Ganibenq, Barthélemy, Maurand, Durand, Michel Cayrol, Joseph Rouquet, Guillaume Caumette, etc…

 

Le 22 octobre 1820, une nouvelle adresse encore plus enthousiaste, fut adressée au roi à l’occasion de la naissance du duc de Bordeaux.

 

En 1822, le chirurgien Ganibenq fut félicité au sujet de son dévouement aux opérations de la vaccination. La vaccine était établie depuis 1810.

 

Le 30 avril 1821, eut lieu une grande fête à l’occasion du baptême du duc de Bordeaux. Huit cents francs de secours furent distribués aux pauvres et quatre cents francs furent attribués aux réjouissances. Le cortège habituel se rendit le matin à l’église. L’après-midi un mat de cocagne fut installé au bout de la rue de la Digue. Les journées du 2, 3, 4 et 5 avril furent « consacrées à la jubilation » : décharges de boîtes, feux de joie, illuminations, bals, danses des Treilles et du Chevalet, rien n’y manqua.

 

Le 18 mai 1824, la Chambre des notaires de Béziers ayant décidé de transférer à Camplong une des trois études de notaire existant à Bédarieux, le Conseil rédigea une vive protestation. Ce projet n’eut pas de suite.

 

Louis XVIII étant mort à la fin de l’été 1824, le Conseil municipal rédigea le 29 septembre l’adresse suivante au nouveau Roi Charles X : « Sire, le monarque sage et éclairé qui faisait le bonheur de la France et l’admiration de l’Europe a fini sa noble carrière et dans cette pénible circonstance le Conseil municipal de la ville de Bédarieux se fait un devoir de déposer aux pieds du trône l’hommage respectueux de son amour et de son dévouement.

Organe de nos concitoyens pourrions-nous laisser ignorer à Votre Majesté combien nous a été sensible la perte qui afflige son cœur. Tout espoir de consolation serait perdu pour nous si nous n’avions la certitude de revoir siéger sur le trône de Votre Majesté les hautes vertus qui ont distingués le Prince que nous pleurons.

Nous serons heureux, Sire, sous votre règne et sa durée sera des plus longues si le Ciel daigne écouter nos vœux… ».

 

Suivaient les signatures de Martel Laprade,Prades, Donnadieu, Martel, etc…

 

Le 19 décembre 1824, eut lieu la nomination d’un commissaire de police. Parmi les candidats figuraient : de Lautrec, ex-officier d’Infanterie, Donadille Jean, marchand toilier et Martel Joseph Guillaume propriétaire. De Lautrec, qui joua plus tard un certain rôle dans le Conseil municipal, obtint le poste sollicité.

 

En février 1827, commencèrent les opérations de l’expertise cadastrale dans la commune.

 

La Révolution de juillet 1830 qui renversa le trône de Charles X pour établir celui du roi plus libéral, Louis-Philippe 1er, n’occasionna pas à Bédarieux de troubles trop sérieux. La nouvelle des trois journées de lutte qui avaient eu lieu dans Paris, arriva vers la fin de juillet. Des rassemblements se formèrent dans les rues, des refrains patriotiques furent chantés, mais le calme régna durant les premiers jours. Aussi le maire, Martel Laprade, remercia ses concitoyens de la bonne harmonie qui n’avait cessé de régner entre eux, malgré la gravité des circonstances : « honneur et hommage, déclarait-il, à ces amis généreux… s’il y a quelques inconsidérés que je puisse leur infliger une correction paternelle… car vous savez qu’être votre père et votre ami sont les seuls titres dont j’ai toujours été enorgueilli de me parer ».

 

Le 18 août 1830, le maire, en présence des autorités, des fonctionnaires et des notables de la ville, au brut des cloches et des salves d’artillerie, lut la proclamation du nouveau Roi. Cette lecture fut accueillie par les cris répétés de « Vive Louis-Philippe 1er, roi des Français ! ».

 

Mais à la fin du mois d’août, une certaine agitation commença à se manifester dans la cité. Certains regrettaient l’Empire et la Royauté « légitime », d’autres eussent préféré voir la République succéder au Roi Charles X. Cette agitation ouverte ou latente dura jusqu’en 1851 et ne prit fin que dans une dernière et sanglante convulsion.

 

Les premiers troubles éclatèrent la nuit du 28 août 1830. Un nouvel appel eut lieu aux bons citoyens, les attroupements furent de nouveau défendus et il fut interdit d’insulter ceux qui arboraient la cocarde nationale tricolore. Les fonctionnaires reçurent l’ordre de porter cette cocarde. Le 30 août les désordres se renouvelèrent mais sans violences. Le maire se félicita de ce que les moyens persuasifs eussent seuls suffi pour les apaiser.

 

Le 17 septembre 1830, la tête du Conseil municipal fut changée, Martel Laprade, maire depuis de longues années, céda la place à Prades ; Théron Camille et Bonnet Jean furent nommés adjoints. A ce sujet il convient de faire remarquer que depuis le premier Empire et jusqu’aux premières années de la troisième République, le Conseil fut composé du maire et des adjoints nommés par le préfet et des conseillers élus par la population. Pour les délibérations importantes, le Conseil était complété par l’adjonction des vingt-trois plus forts contribuables de la commune ; c’est ce que l’on appelait le Conseil renforcé.

 

Le soir du 3 octobre 1830 un tumulte considérable se produisit. De nombreux citoyens parcoururent les rues de la ville en poussant des cris séditieux. Le 31 octobre et le 1er novembre, l’agitation se renouvela. Deux cents citoyens environ se réunirent sur la route de Béziers et firent des exercices militaires. Le maire dans une proclamation aux habitants recommanda encore le calme, défendit les rassemblements et ordonna la fermeture des cafés à 10 heures du soir.

 

Dans le courant du même mois d’octobre, la garde nationale fut encore réorganisée. Un bataillon de quatre compagnies fut formé.

 

Lapierre Jean fut élu commandant, Planques David adjudant-major et Fournier Casimir porte-drapeau. Les cadres des quatre compagnies étaient ainsi composés :

 

Grenadiers 1ère compagnie : capitaine, Donadille Jean ; lieutenant en 1er Giral Ludovic ; lieutenant en 2è, Sabatier André ; sous-lieutenant, Belugou Jean-David.

Grenadiers 2è compagnie : capitaine, Bonnes Michel ; lieutenant en 1er Cruveillé David ; lieutenant en 2è, Massot Pierre ; sous-lieutenant Abelous Pierre.

Voltigeurs 1ère compagnie : capitaine, Vidal Auguste ; lieutenant en 1er Prades Jean-Jacques ; lieutenant en 2è, Triadou Auguste ; sous-leitenant, Lutrand Jean-François.

Voltigeurs 2è compagnie : capitaine, Calvet Prosper ; lieutenant en 1er Abelous David ; lieutenant en 2è, Mouly Antoine ; sous-lieutenant, Baldy Antoine.

 

Peu après, le nombre des compagnies fut porté à cinq. Selon la coutume, le Conseil municipal rédigea pour le nouveau roi une adresse qui fut signée le 10 novembre.

 

« Sire, d’un cri d’admiration et de sympathie, nous répondîmes à la grande cité vengeresse de nos libertés immolées ; d’un cri de confiance et d’espoir, nous applaudîmes au soutien de nos libertés reconquises ; d’un cri de vénération et de dévouement nous saluons Louis Philippe 1er.

Depuis ces évènements miraculeux nos espérances se sont agrandies : votre loyauté noble et pure, votre cœur vraiment royal et digne de régner sur des hommes libres a fait aussi de nos espérances des réalités, des vérités.

C’est sans doute une royauté naissante que nous environnons de nos hommages ; mais surtout c’est autour d’un trône affermi sur des bases que rien n’ébranle, beaucoup mieux que par une date de plusieurs siècles, que nous nous pressons avec tant d’amour et d’accord.

En retour d’un avenir de gloire et de bonheur, nous déposons à vos pieds, Sire, les félicitations d’une population qui plus que tout autre a soif et besoin de repos, de calme, d’ordre et de stabilité…

Daignez, Sire, accueillir notre voix libre mais toute dévouée avec cette bienveillance si noblement partagée par une Reine que la France porte dans son cœur et par ces jeunes héritiers mûrs avant l’âge pour la liberté et pour la patrie ».

 

Le 1er mai 1831, fut célébrée la fête de Louis-Philippe « le roi Citoyen ». Programme habituel : sonnerie des cloches, boîtes, messe officielle à laquelle se rend le cortège des autorités, distribution aux pauvres, pavoisements avec drapeaux tricolores, illumination, etc… A 7 heures eut lieu la revue de la garde nationale. Jean Donadille fut proclamé commandant en remplacement de Lapierre. La tenue des troupes fut très brillante et le défilé eut lieu aux cris de : « Vive Philippe ! Vive la liberté ! Vive la charte ! ».

 

Le 18 juin, Laurès Barthélemy et Antoine Vidal d’Hérépian tuèrent à Labastide, sur les bords de l’Orb, une louve de 3 ans qui nourrissait. Cet exploit cygnétique dont procès-verbal fut rédigé à la mairie, fit l’objet de toutes les conversations à Bédarieux, durant plusieurs jours.

 

La fête commémorative des trois journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, fut reportée au 7 août. Le Conseil adressa à ce sujet à la population la proclamation suivante : « Les journées mémorables qui nous ont rendu la liberté et dégagé du joug de l’étranger, qui n’avait dû son triomphe passager qu’à la trahison et à la lassitude d’un despotisme couvert de toute la gloire militaire, vont être célébrées… La seconde (révolution) plus féconde en ses résultats a détruit l’œuvre de la coalition de tous les rois qui, sous le nom mensonger de Sainte-Alliance voulaient enchaîner tous les peuples.

La Belgique, la Pologne ont répondu à ce cri de liberté parti des rives de la Seine… Cette Pologne, si fière de sa nationalité et des souvenirs de ses Jagellons, de ses Sobieski, résiste à ce colosse du Nord qui, dans son orgueil, présomptueux croyait envahir l’Europe entière et la rejeter dans la barbarie où l’avaient plongée ses ancêtres du Moyen-Age.

Pour nous, Français, rendons grâces aux victimes de ces grandes journées, jetons des fleurs sur leurs tombes et en nous livrant à la joie que nous inspire leur triomphe, répétons le cri des Polonais : non, la France et la liberté ne périront point ! ».

 

Le 7 août, jour fixé pour la fête, le cortège habituel, précédé de quatre sous-officiers porteurs du buste du roi, se rendit sur la place Royale pour inaugurer la halle aux grains. La place fut baptisée encore une fois et prit le nom de place d’Orléans. Des chœurs de gardes nationaux, accompagnés par la musique, chantèrent la Marseillaise, la Parisienne et la Bédaricienne, œuvre composée pour la circonstance. Deux arbres de la liberté furent inaugurés : l’un sur la place d’Orléans, l’autre au faubourg du Pont. Au retour une revue fut passée sur la place d’armes (promenade de la mairie). Le soir sur la même place un grand banquet réunit la garde nationale et de nombreux citoyens. Un bal et une illumination terminèrent cette soirée. Le lendemain matin fut célébré un service funèbre « pour les morts glorieux » et dans l’après-midi un concours de tir à la cible pour la garde nationale fut organisé. Ginieis Pierre, garde à la 5è compagnie, gagna le 1erprix, un permis de chasse valable pour 10 ans.

 

Le 3 février 1832, des gens masqués ayant insulté et frappé des militaires, interdiction fut faite de se masque pour le reste du carnaval.

 

Le 27 mars, le maire, ayant reçu avis du préfet que des logements devaient être retenus en ville pour des officiers polonais proscrits, fit paraître l’appel suivant :

 

« Le maire ose espérer que les habitants de Bédarieux recevront ces illustres proscrits avec tous les égards que doivent inspirer leur infortune et les sacrifices immenses qu’ils ont fait pour la liberté de leur patrie ».

Ces proscrits touchaient de l’Etat une indemnité de logement.

 

Le 5 avril 1832, en raison des progrès faits par le choléra en France, les habitants furent réunis et une commission sanitaire fut nommée. Cette commission était composée de Miquel, curé, Salvetat, pasteur protestant, Calvet, Vernazobres, Lapierre, Martel, Flammen François et Fabregat Alexandre. La ville fut divisée en onze quartiers, surveillés chacun par quatre commissaires. Il fut prescrit d’enlever les fumiers, de nettoyer les écuries et les usines, de faire disparaître les poules, les lapins, les cochons d’Inde « appelés vulgairement pourrous ». Une proclamation fut adressée aux habitants pou les engager à obéir à ces prescriptions et à ouvrir une souscription pour couvrir divers frais. Trente lits avec leurs fournitures furent préparés à l’Hôpital. La ville échappa heureusement aux atteintes du terrible fléau.

 

En décembre 1832, une proclamation en l’honneur « de nos jeunes soldats » annonça aux habitants la prise d’Anvers par l’armée Française.

 

Les loups ayant reparu dans la région et notamment dans les bois de l’Estellier, du côté de Faugères, des battues furent organisées en mars et avril 1833. Maury tua un loup de 2 à 3 ans, Escalle une louve de 4 ans, Cazilhac abattit un autre loup et Alibert une autre louve.

 

La fête du roi fut célébrée le 5 mai 1833 et celle des trois journées les 3 et 4 août. Ces fêtes furent rehaussées par la présence d’un détachement du 47è d’infanterie qui avait été envoyé pour tenir garnison à Bédarieux.

 

En septembre, une agitation ouvrière se manifesta de nouveau en ville, des grèves éclatèrent. Une augmentation de salaires ayant été accordée, les ouvriers présentèrent de nouvelles exigences. Le maire fit paraître un appel au calme. Il conseilla aux grévistes de reprendre le travail pour ne pas tuer l’industrie de la cité. Il les engagea à ne pas écouter les perturbations, déclarant en même temps qu’il protégerait les peureux qui n’osaient pas reprendre le travail.

 

En juillet et août 1835, furent célébrés des services funèbres à l’Eglise et au Temple, à la mémoire des « Héros des trois journées de juillet 1830 » et des victimes de l’attentat dirigé à cette époque contre le roi, attentat dans lequel « la patrie avait perdu un maréchal de France illustré dans cent combats, des généraux qui s’étaient illustrés dans les guerres pour son indépendance et des gardes nationaux victimes de leur devoir ».

 

Le 23 septembre 1836, un inspecteur d’armes devant venir à Bédarieux pour vérifier l’armement de la garde nationale, ordre fut donné aux hommes de porter leurs fusils et leurs sabres à la mairie. Les gardes nationaux, craignant que cette mesure ne déguisât un désarmement, refusèrent tout d’abord d’obéir. Il fallut une proclamation du maire pour les rassurer.

 

Le 13 décembre 1836, l’Eglise de l’Hôpital de Faubourg fut érigée en paroisse. En mai 1837, une fête assez brillante eut lieu à l’occasion du mariage de Monseigneur le duc d’Orléans et le 10 septembre de la même année, Vidal fut nommé maire, Bonnes et Triadou adjoints.

 

Le 6 février 1838, la Caisse d’Epargne fut organisée. A la même époque les communes de Villemagne, des Aires et d’Hérépian demandèrent en vain à être rattachées au canton de Bédarieux.

 

Malgré tous les efforts des diverses municipalités, la masse de la population restait hostile au régime. On a vu plus haut les défiances de a garde nationale craignant d’être désarmée, les pompiers à leur tour firent preuve d’insubordination. Un service funèbre ayant été organisé au mois de juillet 1842, à l’occasion de la mort du duc d’Orléans, les officiers de pompiers ne se rendirent pas à l’appel, pas plus, d’ailleurs que le piquet désigné pour faire le service d’honneur. Le maire ayant envoyé cherche ce détachement, le nommé Chaumont, sergent-major de la compagnie, ordonna aux quelques sapeurs qui s’étaient rassemblés de rester au poste. Quelques hommes se rendirent individuellement à la cérémonie.

 

A la suite de cet incident, la compagnie des sapeurs pompiers fut réorganisée et augmentée. Le règlement nouveau la concernant parut le 11 octobre 1844. Ce nouveau corps devait comprendre un capitaine, un lieutenant, deux sous-lieutenants, un sergent-major, un sergent fourrier, six sergents, huit caporaux, deux tambours et cinquante sapeurs.

 

Le 2 mai 1846, le Conseil rédigea une adresse au roi Louis-Philippe, au sujet de l’attentat dont il avait failli être victime quelques jours auparavant. Cette adresse fut la dernière, la Révolution de 1848 allait emporter la Royauté libérale comme celle de 1830 avait emporté le trône de Charles X .

 

On a vu au commencement de ce chapitre, l’essor pris par l’industrie de la ville sous le premier Empire. Cette prospérité ne fut pas compromise par les évènements de 1815 et ne cessa de s’accroître jusqu’au milieu du XIXè siècle. A partir de l’année 1820, on trouve à chaque instant sur les registres municipaux des demandes de construction d’usines ou de fabriques : tanneries, fabriques de draps, de savon, de colle forte, de chandelles. A partir de 1834, on voit se construire les usines ou fabriques de : Prades, Sicard, Boubals, Barrié, Vernazobres, Bonnel, Abelous, Audrin, Donadille. Le commerce se développait parallèlement à l’industrie. Les fêtes en l’honneur des trois journées de juillet furent fréquemment remises aux premiers jours d’août, en raison de l’absence d’un grand nombre d’habitants qui se rendaient en juillet aux foires de Beaucaire. « Notre industrie, disait le maire en 1834, au sujet de ce renvoi, a pris, g^race à la confiance aux Institutions, un développement immense ». Pour favoriser le commerce, les voies de communications étaient augmentées ou réparées. Dès le mois de février 1819, le Conseil municipal demandait la construction de la route n° 8, du Pont de Bédarieux à la Croix de Domine quo Vadis (avenue de la gare actuelle) et de la rue St-Louis ; la construction de la route n° 7, d’Agde à Castres par Hérépian, fut demandée en mai 1824, en même temps que les réparations indispensables au chemin n° 10, de Béziers à Bédarieux. En 1845, le Conseil demanda encore l’établissement du pont sur la Mare (route n° 8) et émit le vœu que la voie ferrée en projet de Toulouse à Béziers passât par Castres.

 

La ville s’était agrandie, des voies nouvelles avaient été percées, des édifices publics construits. Les faubourgs du Château, de Trousseau et du Pont s’étaient fortement étendus. Du côté de la rue de la Digue on commençait à construire vers la plaine Cannac. En décembre 1837, le plan du nouveau quartier de la plaine fut définitivement établi.

 

Le 28 décembre 1817, la construction du chemin du nouveau cimetière de Cassagnes fut décidée ; le 20 février 1823, la promenade de la mairie et l’escalier descendant à la Grand’Rue furent commencés ; le projet d’installation d’une Promenade à Madènes, sur le terrain de l’ancien cimetière, fut arrêté le 5 mai 1837 ; l’enquête pour la construction du nouveau pont sur l’Orb fut décidée le 27 août 1840 et votée le 9 ai 1845 ; le nouveau cimetière de Cassagnes fut organisé en 1838 et le prolongement de la rue St-Alexandre vers Madènes commencé en 1841 ; l’élargissement de la Place aux Herbes fut voté le 10 août 1842 et la construction d’un nouveau pont sur Vèbre sur le chemin du Cimetière le8 août 1844 ; enfin le 9 mai 1845, on décida en principe l’adduction des eaux de la source de Douzes pour l’alimentation de la ville.

 

Une délibération du 15 mai 1818 arrêta la construction d’une nouvelle mairie, à l’extrémité de la Grand’Rue, au pied de la montagne. Les travaux furent donnés en adjudication le 31 octobre 1820, à François-Louis Fabre, maçon. La pose de la première pierre eut lieu le 1er février 1821, en présence de Martel Laprade, maire, de Pastre et de Sicard, adjoints, de Lebon, juge de paix, de Vernazobre, président de prud’hommes, de Blanc, architecte, de Sugnau, brigadier de gendarmerie, de trois gendarmes et plusieurs notables de la ville. La première pierre fut posée au coin nord-ouest de l’édifice, à l’angle de la façade et de la Promenade. A côté de cette pierre fut placée une auge et dans cette auge, une bouteille en verre noir renfermant : les armoiries de France et les armoiries de Bédarieux, un procès-verbal contenant avec a date de la cérémonie, les noms des assistants, et cinq pièces d’argent, une de 5 francs au millésime de 1816, une de 2 francs au millésime de 1819, une de 1 franc au millésime de 1816, une de 50 centimes au millésime de 1819 et une de 25 centimes au millésime de 1817. La mairie fut définitivement installée le 9 septembre 1822.

 

L’Hospice Saint-Louis, qui avait été réparé, était géré vers 1825, par les Sœurs de Saint-André ; il comptait six lits et un seul employé.

 

Le collège définitivement établi depuis 1810 possédait, en 1822, cinq professeurs et quarante-huit élèves. Ces chiffres augmentèrent rapidement : plusieurs chaires furent successivement créées et les élèves vinrent plus nombreux d’année en année.

 

A diverses reprises, des détachements de troupes de ligne étant venus tenir garnison à Bédarieux, le Conseil municipal fut obligé de louer une maison pour servir de caserne. Les immeubles actuels de l’Hôtel du Nord et de la gendarmerie furent successivement loués dans ce but.

 

Vers 1840, un Théâtre fut installé à Bédarieux au nouveau quartier de la Plaine. Les représentations furent fort suivies mais amenèrent quelquefois des désordres (à partir de 1840, la renommée de l’industrie des draps à Bédarieux attira dans cette ville un grand nombre de jeunes gens des localités voisines : Béziers, Clermont, Pézénas, etc… Ces jeunes gens venaient pour s’initier au commerce de la draperie. A raison de cette affluence de jeunesse, le carnaval était toujours des plus brillants et des plus animés). Un arrêté, concernant spécialement le théâtre, fut pris par le maire le 28 mars 1844.

 

L’éclairage de la ville n’avait pas été oublié par la municipalité. L’installation de 30 reverbères ou lanternes à pétrole avait été décidée le 23 janvier 1821 ; ces reverbères furent mis en place le 23 septembre suivant et quelques années plus tard, leur nombre fut porté à 60. Enfin, le 19 novembre 1844, la ville signa le premier traité d’éclairage au gaz.

 

Les emplacements des foires et marchés avaient également préoccupé la municipalité ; la place aux Herbes avait été agrandie, une halle aux grains avait été édifiée sur la place de la République actuelle, le marché au bétail avait été transféré sur les bords de Vèbre et le champ de foire de la Grand’Rue à la Promenade de la Mairie.

 

Organisation de la garde nationale, de la compagnie de pompiers, des Conseils des prud’hommes, de la Caisse d’Epargne, du Collège, des écoles, installation de l’eau et de l’éclairage, construction de monuments publics, ouverture de nouvelles voies, agrandissement de la ville, tels sont les principaux travaux des municipalités qui se sont succédées à Bédarieux de 1815 à 1848.

 

Cette œuvre considérable fit naturellement grossir le chiffre total du budget, mais sans trop grever cependant les contribuables. L’augmentation incessante de la population urbaine apportait chaque année des ressources nouvelles. Le chiffre de cette population, qui n’était que de 4 000 âmes environ au début du siècle, passa successivement à 5 402 en 1820, à 8 293 en 1836, à 9 012 en 1841, à 9 505 en 1846 et à 9 935 en 1851 (dénombrements officiels de la population). En cinquante ans, la population avait plus que doublé. Ce dernier chiffre de 9 935 habitants ne devait jamais être dépassé. Il se maintint jusqu’en 1855 environ, grâce à la construction des voies ferrées, mais soit par suite de la répercussion sur l’industrie des troubles de 1851, soit pour toute autre cause, il ne devait cesser de décroître à partir de cette époque et jusqu’à la fin du XIXè siècle.

 

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