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Sur les anciens monuments de la Ville : Eglise St-Alexandre, Maison de la rue Droite,
Pont-Vieux. A leur manière les maçons écrivent l’histoire. Les monuments
qu’ils élèvent et que les siècles respectent font connaître à la
postérité le degré de civilisation et on pourrait ajouter l’état
d’âme de ceux qui les firent édifier. Villas romaines, forteresses féodales,
cathédrales gothiques, demeures princières de la Renaissance, révèlent
les nécessités sociales ou religieuses des époques qui leur sont
contemporaines, la puissance de ceux qui les élevèrent, le goût, le
style et les connaissances artistiques de ceux qui en furent les
constructeurs et les décorateurs. On chercherait vainement de tels
documents historiques dans Bédarieux. Sur trois points de la ville
seulement on retrouve de menus vestiges des constructions du passé :
la partie ouest de l’église Saint-Alexandre, une vieille maison de la
rue Droite et le Pont-Vieux. On a vu au cours de cet ouvrage que sur l’emplacement de St-Alexandre a
préexisté une très ancienne église dont l’origine, remonte au
moins au XIIè siècle. Ce temple primitif fut réédifié vers 140 et
ruiné un siècle plus tard pendant les guerres de religion (une
ordonnance du 2 décembre 1563 ordonne que les catholiques se serviront
de la maison consulaire jusqu’à ce que les habitants réformés aient
rebâti l’église paroissiale qu’ils ont ruinée et que la cloche
qui était sur le clocher ne servira que pour les catholiques). Sur la
façade Ouest de l’église actuelle, du côté de la place aux Herbes,
subsistent quelques fragments de la construction du XVè siècle. Deux contreforts rectangulaires distants de quatre mètres environ et
ayant deux mètres de côté, s’élèvent en saillie contre le mur de
l’église, du sol à la toiture. Entre eux se trouvait l’ancienne
porte. Les grosses pierres de taille non recrépies qui forment la maçonnerie
de ces contreforts et le machicoulis qui les joint à dix-huit mètres
de hauteur environ, indiquent bien l’âge reculé de cette partie de
l’édifice. Aujourd’hui l’ancienne porte, murée et recouverte par
un crépissage, donne dans l’intérieur d’un immeuble construit au
XIXè siècle et appuyé sur la muraille de l’église. Ce n’est
qu’au XIXè siècle que cette entrée fut supprimée et remplacée par
celle qui donne sur la rue St-Alexandre. De l’emplacement de l’ancienne porte du XVè siècle et de l’aspect
de cette partie de l’édifice, il est permis de supposer que l’axe
de la vieille église était perpendiculaire à celui du monument actuel
et que le chœur, opposé à l’entrée, était placé à l’Est, du côté
de la rue St-Alexandre. Hypothèse d’autant plus admissible que généralement,
dans les sanctuaires anciens, le maître autel était tourné vers
l’Orient. On a vue au chapitre VI de cette histoire que l’église actuelle a été
reconstruite presqu’en entier et sur un nouveau plan à la fin du XVIIè
siècle. Sa vue est masquée par des habitations qui lui sont contigües ;
le clocher et les deux protes sont seuls visibles. Le style
architectural de ces deux entrées et de la nef intérieure est sans
caractère ; les peintures murales de la nef et des chapelles
n’ont rien qui mérite d’être signalé au point de vue artistique. De l’examen des lieux on peut conclure que la surface de l’église
actuelle est bien plus considérable que celle de l’ancienne église.
Le côté nord de cette dernière ne devait pas dépasser l’axe des
deux chapelles qui existent aujourd’hui ou le milieu de la porte de la
rue St-Alexandre. Le clocher n’existait pas encore (le clocher,
commencé en 1707, ne fut complètement terminé qu’en 1742, comme le
prouve la plaque apposée sur la façade Est de l’édifice, du côté
de la rue St-Alexandre : « le clocher, les quais et les réparations
de la ville ont été faites l’année 1742, étaient consuls : Sr
Jean-Baptiste l’élissier, bourgeois ; Paul Belugou et Jacques
Pagès »). Ce fait admis, on pourrait se demander si, contrairement à l’opinion
établie et adoptée par l’auteur dans cet ouvrage, l’ancienne
citadelle ou château de Bédarieux n’était pas située sur
l’emplacement du chœur et du clocher de l’église actuelle. Dans
beaucoup de villes ou de bourgades anciennes on voit en effet le château
et l’église placés côte à côte. De plus, dans les vieux compoix,
on peut remarquer que le nom de la rue de Balon (rue Saint-Alexandre)
est suivi fréquemment de la mention : anciens fossés de la ville.
Dans la première hypothèse, le château situé au-dessus de la rue
Tourbelle et de l’avenue Cot, aurait été par conséquent placé hors
de l’agglomération. Enfin, jusqu’au XVIIIè siècle, on a appelé
faubourg du Château le quartier qui se trouve entre St-Alexandre et la
Tourbelle. De ces diverses considérations, que nous présentons au
lecteur sans nous décider à conclure, on pourrait conjecturer que la
citadelle se trouvait, non pas sur la pente du Puech du four, mais sur
l’emplacement du clocher actuel et que la muraille et le fossé de la
ville occupaient la rue St-Alexandre. Cette disposition des lieux
expliquerait pourquoi le quartier extérieur, placé entre les remparts
e tla Tourbelle et vis-à-vis la citadelle, portait le nom de faubourg
du Château. Le Château de Bédarieux, fortement dégradé en 1563, au moment où les
protestants s’emparèrent de la ville, fut complètement démoli par
ordre de Louis XIII après le siège de 1622. On trouve dans la rue Droite, à peu de distance de la rue Traversière
une très vieille maison qui paraît dater du XIVè ou du XVè siècle.
La façade construite en pierres de taille est percée de quelques fenêtres
à croisillons et d’une porte basse. Cette porte, surmontée de grossières
sculptures, donne accès dans un vestibule bas et sombre qui conduit
lui-même à un large escalier en pierre. L’intérieur de
l’immeuble, en mauvais état, n’a rien de particulièrement curieux. En vertu de ce principe que le tableau doit correspondre au cadre,
l’imagination populaire a fait de cette maison qui présente quelques
curiosités au point de vue architectural, l’ancien Hôtel-de-Ville.
Cet édifice était en effet situé autrefois entre la rue Droite et la
rue de Ratié (rue Maison de Ville). Une délibération du Conseil de la
Communauté, du 15 décembre 1707, donne la preuve que l’ancien Hôtel-de-Ville
fut complètement détruit en 1622 ; « On a fait faire une
salle d’archives sur la voûte de la sacristie, la maison de ville
ayant été abattue et ruinée à la prise de la ville en 1622 ». La maison qui nous occupe devrait être, très probablement, la propriété
de quelque riche famille de Bédarieux, peut-être de la famille Abbes
(le compoix de 1660 signale, en effet, à l’extrémité de la rue
Droite et de la rue de Ratié, plusieurs maisons appartenant à Abbes,
gros propriétaire foncier). D’après ce que nous avons vu au second chapitre de cet ouvrage, la
construction du Pont-Vieux doit remonter à la fin du XIVè ou au
commencement du XVè siècle. Très souvent endommagé par les crues de
l’Orb et, par suite, objet de fréquentes réparations, le vieux pont
fut en partie ruiné par l’inondation du mois d’octobre 1745.
Reconstruit après cette époque, il a été presque transformé au
cours du XIXè siècle. Si les derniers travaux ont favorisé les
besoins modernes d’une circulation très active, ils ont fait perdre
à l’ouvrage une partie de son ancien cachet. Le Pont-Vieux, construit en dos d’âne, repose sur trois piles qui possèdent
chacune deux éperons en maçonnerie, un vers l’amont et un vers
l’aval. La partie supérieure de ces éperons servait de refuge aux piétons
en cas d’encombrement de la voie. Celle-ci était plus étroite que la
voie charretière actuelle, puisqu’il faut déduire de la largeur de
cette dernière l’épaisseur des parapets en pierre qui existaient
autrefois. Les trottoirs que l’on voit aujourd’hui ont été ajoutés
extérieurement pour laisser aux véhicules toute la largeur de la
route. Malgré ses étroites dimensions, le vieux pont suffisait aux nécessités
commerciales d’une époque où les transports se faisaient à dos de bêtes
de somme. Cette faible largeur de la voie ne commença à présenter des
inconvénients pour la circulation qu’à partir du XVIIIè siècle. Défendu par une tête de pont, puis par un faubourg entouré de
murailles sur la rive droite, l’ouvrage était fermé sur la rive
gauche, du côté de la ville, par une porte crênelée, appelée porte
du Pont. Au début on n’accédait à cette prote que par un large
escalier à marches peu élevées qui donnait à l’entrée des Rues
basses. Par suite des innombrables réparations dont il a été l’objet, le Pont-Vieux ne présente aujourd’hui que des parties de construction relativement moderne.
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