|
Sur
les impôts et les règlements de l’industrie avant la Révolution.
Au chapitre VIII de cet ouvrage, nous avons très sommairement parlé des
impôts sous l’ancien régime ; aussi avons-nous omis de signaler
deux taxes sur l’industrie qui intéressaient tout particulièrement
la ville manufacturière de Bédarieux : le Dixième et le Vingtième
industriel. Le rôle de ces taxes était établi, chaque année, par les
consuls. Les réclamations étaient jugées par une Commission siégeant
à Montpellier et composée de l’Evêque et de divers notables. Cette
commission fixait, tous les ans, le montant de la taxe d’industrie
pour chaque communauté.
Un exploit de l’huissier Rabaut, conservé aux archives communales,
nous apprend qu’en 1760, Jean Durand, négociant de Bédarieux, a
adressé une réclamation aux commissaires contre la taxe du vingtième
qui lui a été imposée par les consuls. Le réclamant expose qu’en dépit
de la réduction à 40 livres qui lui a été accordée par les
seigneurs commissaires en 1758 et 1759, les consuls l’ont encore taxé
abusivement à 72 livres pour 1760. Il reproche aux magistrats communaux
d’avoir « contre le suppliant un esprit d’animosité et de
jalousie » ; il accuse, chose plus grave, les consuls et
leurs parents de s’être diminués eux-mêmes ; il déclare,
enfin, qu’il n’est pas de « vexation plus outrée » et
que « l’entreprise est trop hardie pour ne pas être réprimée ».
La suite de l’exploit fait connaître que le réclamant a produit une déclaration
du revenu qu’il retire de son industrie et que les commissaires ont
accueilli favorablement sa demande. C’est cette décision des
commissaires qui est signifiée aux consuls par l’acte que nous venons
d’analyser.
Un autre document, également conservé aux archives communales montre de
quelle façon étaient répartis les fonds alloués par l’Etat aux
communautés ayant subi des pertes, par suite de grêle,
d’inondations, de sécheresse, etc… C’est une lettre du sieur
Boucar, syndic du diocèse de Béziers, en date du 26 juin 1786 :
« M. l’Intendant ayant fait, Messieurs, la répartition du fonds
des indemnités que Sa Majesté a accordé à la Province pour la dédommager
des pertes faites sur les récoltes de l’année dernière, MM. les
Commissaires ordinaires ont réparti la quotité accordée au Diocèse,
et votre communauté est comprise dans l’état qui a été arrêté
pour la somme de deux cent trois livres.
Cette somme doit être mise en moins imposé la présente année, en
conformité de l’ordonnance de M. l’Intendant qui autorise cet état.
Au moyen de ce moins-imposé et en rapportant un certificat des Consuls
et Départeurs de votre Communauté ou du Greffier que le moins imposé
a été fait exactement, il en sera tenu compte au Collecteur par le
Receveur du Diocèse en exercice, sur le premier terme des impositions
et subsidiairement sur les autres.
Vous êtes instruits, depuis longtemps, que ni le Collecteur, ni le
Receveur ne peuvent prendre aucun droit de levures sur le montant des
indemnités dont la compensation se fait par concurrence avec le montant
de la taille… »
Les taxes sur l’industrie et les droits de maîtrise et de jurande
furent remplacés par la contribution des patentes en 1791.
Sous l’ancien régime, de très nombreux tisserands, domiciliés dans
les environs, travaillaient pour les manufacturiers de Bédarieux. Le
Poujol, Hérépian, Les Aires, Villemagne, Faugères, Soumartre,
Boussagues comptaient de nombreux habitants occupés de cette façon.
Ces artisans apportaient leur ouvrage à Bédarieux le lundi de chaque
semaine.
Nous avons dit, au chapitre IX, que les ordonnances concernant la
fabrication des draps réglementaient, d’une façon très sévère,
cette fabrication et que les gardes-jurés exerçaient une rigoureuse
surveillance sur les marchandises qui sortaient des ateliers de la
ville. Amendes au profit des pauvres et saisies de draps suivaient la
constatation des délits. A ce sujet, nous citerons quelques affaires
parmi toutes celles qui sont mentionnées dans les registres des
archives communales.
Le 10 décembre 1721, le consul Louis Pous, à la requête de Triadou et
de Fabregat, gardes-jurés des manufactures, et en leur compagnie, se
transporta sur la route de Bédarieux à Lunas. Sur la muraille bordant
un champ, gardes et consul trouvèrent un drap étendu pour sécher. Ils
constatèrent que ce drap de mauvaise qualité défendues par les règlements
généraux du Roi, ne portait ni marque du lieu où il avait été
fabriqué, ni le nom du fabricant, ni la qualité du drap, ni le numéro
de la pièce. Ils saisirent ce drap et, un peu plus loin, sur le mur de
séparation des propriétés Fabre et Seymandi, ils en trouvèrent un
autre présentant les mêmes défauts. Le consul Pous pliait ce drap
pour l’emporter lorsque survint la femme Fabre, accompagnée de deux
pareurs. Cette femme, furieuse à la vue des magistrats municipaux, se
jeta sur le consul, lui arracha de force le drap qu’il tenait à la
main et le couvrit d’injures. Le procès verbal dit qu’elle « maltraita
le consul de paroles atroces ». heureusement pour elle, la femme
Fabre était dans un état intéressant ; aussi le consul « s’abstint
de toute violence », abandonna sa saisie et se contenta de
verbaliser.
Le 7 janvier 1724, les garde-jurés Triadou Alba et Bompaire saisirent
deux pièces de drap marquées au nom de Baduel. Ces pièces n’avaient
pas la largeur requise et ne portaient pas le plomb de la fabrique.
Baduel, qui était récidiviste, fut condamnée à voir la tête et les
lisières de ces draps déchirées publiquement ; il fut frappé de
25 livres d’amende et huit pans de drap furent confisqués pour les
pauvres.
Le 15 septembre 1724, le tondeur Jean Campagne fut condamné à dix
livres d’amende pour avoir apprêté à moins d’un demi-pan une pièce
de drap.
En 1755, le prévôt des tisserands condamna le sieur Reynès à abattre
le troisième métier qu’il avait dans sa maison, parce qu’il le
faisait marcher avec l’aide de compagnons. Reynès fut, cependant,
autorisé à conserver ce métier, à l’unique condition que ses
enfants, seuls, lui viendraient en aide pour le faire fonctionner.
En 1767, Pierre Martel fils, assisté du premier consul de Lasteules,
saisit de la laine à la métairie de Palagret. Défense fut faite aux
ouvriers de vendre ou de receler de la laine.
Retour
table des matières
|