Sur les Bédariciens emprisonnés,émigrés
ou poursuivis pendant la Révolution.
Des recherches auxquelles nous nous sommes livrés, il résulte qu’un
seul Bédaricien, le nommé Phalipou, fut condamné à mort. La plupart des notables et ceux dont les familles avaient joué un rôle
politique dans l’histoire de la ville, sous l’ancien régime, furent
déclarés suspects, puis successivement arrêtés. De Basset, de Vidal de Lasteules, anciens consuls, furent emprisonnés,
le premier à Montpellier et le second à Béziers. Flammen, l’ancien
greffier de la communauté, fut également conduit à Béziers. Fox, un
Anglais qui résidait à Bédarieux avec sa famille depuis près de dix
ans, Dudemaine, originaire de Marseille, Abbes, Rivez, Alzieu, Vidal, Réveilhe,
Raunier, Vabre, Pastourel, tous notables ou anciens conseillers
politiques, allèrent, l’un après l’autre, grossir le nombre des détenus. S’il n’a pas été possible de retrouver la liste complète des
personnes marquantes de la ville qui furent emprisonnées, rien ou
presque rien ne rappelle les noms des personnes de condition plus humble
qui furent dans le même cas. Des documents, qui existent aux archives
communales et que nous allons citer plus loin, nous font connaître un
seul nom, celui de Jacques Cros, cultivateur. Il est probable que bien
d’autres habitants subirent le sort de ce dernier. On a vu qu’il y avait très peu de familles nobles à Bédarieux. Le
nombre des émigrés fut, par suite, peu considérable. La liste des émigrés
porte les noms de trois ecclésiastiques : Astruc, ex-curé de la
paroisse, Donnadieu et Ferret Henri, ex-bénédictins de Bédarieux.
Plusieurs personnes, qui avaient disparu de la ville, figurèrent aussi
sur cette liste (par exemple, Jean-Baptiste Senaux, dont nous parlerons
plus loin). En germinal an II (22 février 1794), le séquestre fut mis
sur les biens meublés et immeubles des détenus et des émigrés et les
scellés apposés sur leurs maisons. Au cours de l’an III, ces biens
furent vendus en grande partie. On trouve, au bureau de l’enregistrement de Bédarieux, la vente des
immeubles du condamné à mort Phalipou. Ce Phalipou avait été jugé,
le 19 vendémiaire an III, par le tribunal criminel de l’Hérault avec
plusieurs Bédariciens compromis dans son affaire. Il était
vraisemblablement accusé de menées contre-révolutionnaires. Les biens des anciens barons de Boussagues, dont les descendants avaient
émigré, furent vendus comme biens nationaux. Une partie des mines de
Camplong et de Graissessac, les bois de l’Estellier et des Arenasses,
furent adjugés à certains acquéreurs ou devinrent propriété
nationale. Plusieurs Bédariciens détenus purent rentrer, plus tard, en possession
de leurs biens. D’autres entreprirent des démarches actives et immédiates
pour faire lever le séquestre ou empêcher la vente ; les deux
documents que nous allons citer en sont une preuve. Extrait du registre des séances publiques du Conseil du district de Béziers
du seize vendémiaire, an III : « Vu la pétition de Jacques Cros, cultivateur et Jeanne Mas, son
épouze, domiciliés à Bédarieux ; l’arrêté du département
de l’Hérault du 7 vendémiaire courant ; vu aussi la déclaration
de la municipalité de Bédarieux qui porte que les revenus du pétitionnaire
n’excèdent pas la somme de trois cents livres ; Ouï l’agent national suppléant, Le Conseil du district… arrête que la municipalité de Bédarieux fera
lever le séquestre apposé sur les biens du pétitionnaire, à charge
par ce dernier de payer tous les frais. FABRE et COUDERC, signés » (Archives communales, pièce séparée) Extrait du même registre en date du 8 ventose, an III : « Vu la pétition du citoyen Jean-Baptiste Senaux, de la commune de
Bedarieux, ensemble deux certificats de résidence, l’un délivré par
la municipalité de Murat, district de La Caune le 19 pluviose dernier
et l’autre par la municipalité de Boussagues le 16 nivose précédent,
comme aussi une délibération du Conseil général de la commune de Bédarieux
du 15 pluviose de l’an second ; Ouï l’agent national, Le Directoire du district, avant faire droit sur la demande du pétitionnaire
tendant à être rayé de la liste des émigrés, arrête que… le pétitionnaire
rapportera, dans huitaine, des attestations des municipalités de Murat
et de Boussagues, lesquelles énonceront que lesdits certificats de résidence
lui ont été réellement délivrés… surseoit à l’exécution de
son arrêté du 3 courant ; arrête, en outre, que la municipalité
de Bédarieux donnera des renseignements pour savoir si le dit Senaux
n’est pas compris dans le jugement qui fut rendu par le tribunal
criminel du département de l’Hérault contre Philippou, de Bédarieux. Pour expédition : REV-LACROIX, PELETANT, signés. » (Archives
communales, pièce séparée) Nous terminerons cette note par la liste des personnes nobles qui étaient
propriétaires ou qui habitaient Bédarieux en 1789, au début de la Révolution
(liste tirée du Compoix de 1788, archives communales, vol. C.C.10) : Messire Jean-Pierre Aron de Seymandy, chevalier, vicomte de Saint-Gervais,
maître de camp d’infanterie, lieutenant de la compagnie des Cent
Suisses de la Garde du Roy, chevalier de l’ordre royal et militaire de
Saint-Louis ; Dame Magdelaine Suzanne de Lavit, veuve de noble Charles-Etienne de
Lavit, ancien capitaine d’infanterie, chevalier de l’ordre royal et
militaire de Saint-Louis ; Dame Anne Daigoin, épouse de noble André-Charles de Lavit ; Noble François-Henry de Vidal de Latreille, seigneur de Las Theules, Le
Caire et autres places ; Noble David-André de Basset ; Messire d’Abbes de Courbezou ; Messire d’Abbes de Cabrerolles ; Messire Pierre-André Desvignes de Lavit ; Messire Michel de Le Moine, seigneur de Margon ; Messire Guillaume d’Abbes du Cayrou.
|